TotalEnergies fait plus que doubler son bénéfice ajusté grâce au raffinage
TotalEnergies a dégagé 9,1 milliards de dollars de résultat net ajusté au troisième trimestre 2026, contre 3,98 milliards un an plus tôt, porté par des marges de raffinage record. Le groupe maintient son acompte à 0,90 euro et envisage de majorer le solde du dividende en février.
TotalEnergies a publié jeudi 29 octobre un résultat net ajusté (bénéfice hors effets de stocks, éléments non récurrents et variations de juste valeur) de 9,1 milliards de dollars pour le troisième trimestre 2026, contre 3,98 milliards un an plus tôt. Le résultat net part du groupe atteint 8,26 milliards, contre 3,68 milliards au troisième trimestre 2025. Les marges de raffinage européennes, près de quatre fois plus élevées qu'il y a un an, expliquent l'essentiel de la hausse. L'action a clôturé à 84,60 euros (+1,20 %), au lendemain du rejet à l'Assemblée nationale de trois amendements qui visaient à taxer les superprofits des groupes pétroliers et gaziers.
Un bénéfice ajusté en hausse de 129 % sur un an
Le résultat net ajusté progresse de 51 % par rapport au deuxième trimestre (6,03 milliards) et de 129 % sur un an. Par action, il s'élève à 4,03 dollars, soit 3,50 euros au taux de change moyen du trimestre (1,1505 dollar pour un euro). Le consensus des analystes s'établissait à 8,73 milliards.
La marge brute d'autofinancement (CFFO, flux de trésorerie d'exploitation hors variation du besoin en fonds de roulement) atteint 12,3 milliards, en hausse de 25 % sur le trimestre. Sur neuf mois, le résultat net ajusté cumulé s'élève à 20,5 milliards, contre 11,75 milliards un an plus tôt (+75 %). La dette nette passe de 19,7 à 13,8 milliards en trois mois. Le ratio d'endettement (dette nette rapportée à la somme des capitaux propres et de la dette nette) recule à 9,1 % fin septembre, contre 13,1 % fin juin.
Le résultat net comptable intègre 1,9 milliard de dépréciations. Elles portent sur l'éolien en mer et sur la participation du groupe dans Hanwha TotalEnergies Petrochemical.
Le raffinage européen, premier contributeur à la hausse
La branche Raffinage et Chimie dégage un résultat opérationnel net ajusté de 3,6 milliards de dollars, contre 687 millions au troisième trimestre 2025. L'indicateur de marge de raffinage du groupe en Europe (ERM, European Refining Margin Marker, calculé sur un panier de pétroles bruts et de produits représentatif de ses raffineries) ressort en moyenne à 33,2 dollars par baril. Il était de 13,5 dollars au deuxième trimestre et de 8,4 dollars un an plus tôt. Les raffineries du groupe ont traité 1,555 million de barils par jour, en hausse de 9 % sur le trimestre. En France, les volumes traités remontent à 426 000 barils par jour, contre 354 000 au deuxième trimestre.
Le prix du brut contribue peu à cette progression. Le Brent a coté en moyenne 97 dollars le baril entre juillet et septembre, contre 103,8 dollars au deuxième trimestre. Le résultat de l'Exploration et Production recule de 2 % sur le trimestre, à 3,16 milliards. Le gaz naturel liquéfié (GNL, gaz refroidi à l'état liquide pour être transporté par navire) progresse en revanche : son résultat opérationnel net ajusté atteint 1,9 milliard, 2,3 fois celui du deuxième trimestre. Le prix moyen de vente du GNL du groupe gagne 20 %, à 12,28 dollars par million de BTU (British thermal unit, unité de mesure de l'énergie du gaz). Le prix de référence du gaz européen (TTF) est passé en moyenne de 15,6 à 21,5 dollars par million de BTU d'un trimestre à l'autre.
La production d'hydrocarbures atteint 2,474 millions de barils équivalent pétrole par jour, en baisse de 1 % sur un an. Le conflit au Moyen-Orient en retranche environ 5 %.
« À situation exceptionnelle, chiffres exceptionnels. »
Ahmed Ben Salem, analyste pétrole et gaz chez Oddo BHF
Patrice Geoffron, économiste à l'université Paris Dauphine PSL, explique : « TotalEnergies bénéficie de la crise grâce à son intégration : elle peut capter de la valeur au raffinage, dans le négoce (trading), dans le GNL et dans la distribution. »
Shell, qui publiait le même jour, affiche une progression comparable. Le groupe britannique a dégagé un résultat net de 12,06 milliards de dollars au troisième trimestre, contre 5,32 milliards un an plus tôt. Il lance un programme de rachat d'actions de 5 milliards.
Dividende de 0,90 euro et rachats de 2,5 milliards par trimestre
Le conseil d'administration a fixé le troisième acompte sur dividende de l'exercice 2026 à 0,90 euro par action. Le montant est identique aux deux premiers acomptes de l'année et supérieur de 5,9 % à ceux versés au titre de 2025. Le détachement aura lieu le 31 mars 2027 et le paiement le 2 avril 2027 sur Euronext Paris.
Le conseil a autorisé des rachats d'actions destinées à être annulées pour 2,5 milliards au quatrième trimestre 2026, puis pour le même montant au premier trimestre 2027. Entre juillet et septembre, le groupe a racheté 17,5 millions de ses propres titres pour 1,5 milliard. Sur neuf mois, les rachats atteignent 43,8 millions d'actions pour 3,74 milliards.
Lors de la conférence téléphonique avec les analystes, Patrick Pouyanné a porté sa prévision de marge brute d'autofinancement pour 2026 à plus de 42 milliards, voire 43 milliards. Le groupe s'est engagé à reverser 40 % de ce montant à ses actionnaires. Avec 43 milliards, le PDG chiffre à 400 ou 500 millions de dollars l'écart entre cet engagement et les 8 milliards de rachats et 8,6 milliards de dividendes prévus. Le conseil envisage de combler cet écart en février 2027, lorsqu'il fixera le solde du dividende, par une majoration de l'ordre de 0,20 dollar par action versée avec ce solde.
Que retenir pour un actionnaire particulier ?
Les trois acomptes de 0,90 euro déjà fixés au titre de 2026 représentent 2,70 euros par action. Le solde sera arrêté en février 2027. Au cours de clôture de jeudi, l'action se situe à 1 % de son plus haut sur un an (85,51 euros). Son plus bas sur la même période est de 52,40 euros.
Pour un actionnaire qui détient ses titres dans un PEA (plan d'épargne en actions), les dividendes encaissés restent dans le plan. Les gains retirés après la cinquième année du plan sont exonérés d'impôt sur le revenu, hors prélèvements sociaux.
Le groupe publie la sensibilité de ses résultats aux prix de marché. Une variation de 10 dollars par baril du prix moyen des liquides modifie le résultat opérationnel net ajusté annuel de 2,3 milliards. Une variation de 1 dollar de la marge de raffinage européenne le modifie de 0,3 milliard. Ces estimations reposent sur un Brent compris entre 60 et 70 dollars. Le contrat Brent le plus proche cotait 114,65 dollars jeudi soir.
Plus de 80 % des salariés français du groupe sont actionnaires. Le conseil a autorisé une nouvelle augmentation de capital qui leur est réservée, avec une décote de 20 % sur le prix de l'action et une action gratuite par action souscrite, dans la limite de dix.
La taxation des superprofits rejetée la veille à l'Assemblée
Mercredi 28 octobre, lors de l'examen en première lecture du projet de loi de finances pour 2027, l'Assemblée nationale a rejeté trois amendements déposés par Eva Sas et le groupe Écologiste et Social. Le premier instaurait dès 2027 une contribution pérenne de 33 % sur le chiffre d'affaires additionnel réalisé en France par les entreprises pétrolières et gazières, lorsque le Brent et leur rentabilité dépassent certains seuils : 115 députés ont voté contre, 66 pour. Le deuxième s'inspirait du modèle de la contribution temporaire de solidarité (CTS), prélèvement européen appliqué en France aux seuls résultats de 2022 : 115 voix contre, 65 pour. Le troisième limitait la contribution de 33 % aux exercices 2026 et 2027 : 108 voix contre, 65 pour.
Plusieurs associations, dont 350.org, Action Justice Climat Paris et Attac France, ont réagi jeudi : « Alors que les député·es ont rejeté hier les amendements visant à taxer les profits fossiles dans le budget 2027, TotalEnergies affiche aujourd'hui des bénéfices indécents. »
Maud Bregeon, ministre de l'Énergie et porte-parole du gouvernement, a salué sur BFMTV et RMC « la chance d'avoir un grand major pétrolier dans une crise telle que celle que l'on traverse ». Elle a ajouté : « Je crois qu'on aurait tort de sombrer dans le Total bashing. » Patrick Pouyanné répète de son côté qu'en cas de surtaxation des bénéfices du groupe, « le plafond va s'arrêter ».
Prix à la pompe : le plafonnement du groupe et le déstockage de l'État
TotalEnergies plafonne le gazole à 2,25 euros le litre et l'essence à 1,99 euro dans ses 3 300 stations françaises. Le groupe chiffre le coût de cette mesure à environ 500 millions d'euros. Jeudi soir, le gazole coûtait en moyenne 2,39 euros le litre sur les 9 819 stations du fichier officiel des prix des carburants. Le SP95 E10 coûtait 2,12 euros.
Un arrêté publié jeudi au Journal officiel impose aux distributeurs d'afficher de façon visible la baisse du prix du gazole liée à la cession de stocks stratégiques de l'État. Le ministère de l'Économie autorise les distributeurs à répercuter cette baisse dès le 1er novembre. Maud Bregeon demande à TotalEnergies de « répercuter encore une fois à la baisse l'avantage de la libération des barils » et de « poursuivre son plafonnement autant que nécessaire, tant que cette crise perdure ».
Les prochaines échéances
- Quatrième trimestre 2026 : le groupe anticipe un prix moyen de vente du GNL supérieur à 14 dollars par million de BTU. Il prévoit des volumes raffinés comparables à ceux du troisième trimestre, malgré un arrêt de 20 jours de la plateforme de Normandie.
- Investissements : TotalEnergies confirme environ 15 milliards de dollars d'investissements nets sur l'année 2026, dont 11,2 milliards réalisés sur neuf mois.
- Marges de raffinage en 2027 : « Je pense que la marge de raffinage en Europe va rester assez bonne durant la première moitié de 2027 », a déclaré Patrick Pouyanné, qui invoque des stocks bas. Pour le second semestre 2027, le dirigeant ne fixe aucune hypothèse.
- Février 2027 : le conseil arrêtera le solde du dividende 2026 et l'éventuelle majoration liée à l'engagement de 40 %.
- 31 mars 2027 : détachement du troisième acompte de 0,90 euro, payé le 2 avril.
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Sources
- TotalEnergies, « Résultats du troisième trimestre 2026 », communiqué de presse, 29 octobre 2026, totalenergies.com
- TotalEnergies, « TotalEnergies décide la distribution d'un troisième acompte sur dividende de 0,90 €/action au titre de l'exercice 2026 », communiqué Business Wire, 29 octobre 2026, Business Wire via TradingView
- TotalEnergies, « TotalEnergies renforce le partage de la valeur avec ses salariés et le soutien à leur pouvoir d'achat d'énergies », communiqué Business Wire, 27 octobre 2026, Business Wire via TradingView
- TotalEnergies, conférence téléphonique sur les résultats du troisième trimestre 2026, transcription, 29 octobre 2026, Benzinga
- Shell plc, « 3rd Quarter 2026 and Nine Months Unaudited Results », rapport financier intermédiaire (formulaire 6-K), 29 octobre 2026, sec.gov
- Assemblée nationale, scrutins publics n° 9169, 9170 et 9171 sur les amendements n° 933, 40 et 39 au projet de loi de finances pour 2027, 28 octobre 2026, assemblee-nationale.fr
- Assemblée nationale, amendement n° 933 de Mme Eva Sas au projet de loi de finances pour 2027, rejeté le 28 octobre 2026, assemblee-nationale.fr
- Assemblée nationale, amendements n° 40 et 39 de Mme Eva Sas au projet de loi de finances pour 2027, rejetés le 28 octobre 2026, assemblee-nationale.fr
- Ministère de l'Économie, « Prix des carburants en France, flux instantané v2 », données ouvertes consultées le 29 octobre 2026, data.economie.gouv.fr
- AFP, « TotalEnergies publie un bénéfice net record, porté par l'envolée des prix des hydrocarbures », 29 octobre 2026, TradingView
- AFP, « TotalEnergies, Shell, Repsol : résultats exceptionnels portés par la flambée des hydrocarbures », 29 octobre 2026, TradingView
- AFP, « Prix du gazole : le gouvernement espère un effet immédiat du déstockage des réserves stratégiques », 29 octobre 2026, TradingView
- AFP, « "À situation exceptionnelle, chiffres exceptionnels" : TotalEnergies présente ses résultats trimestriels », 28 octobre 2026, TradingView
- Dow Jones Newswires, « TotalEnergies Profit Surges on High Energy Prices », 29 octobre 2026, TradingView
- Cours de TotalEnergies, du CAC 40 et du Brent, séance du 29 octobre 2026, CNBC
- Service Public, « Plan d'épargne en actions (PEA) », fiche pratique, service-public.fr