Marchés publics

La Bulgarie lève 2,25 milliards d'euros en trois tranches obligataires pour financer son déficit

Sofia a placé 2,25 milliards d'euros d'obligations à échéance 2031, 2034 et 2044, sa deuxième émission internationale depuis l'entrée dans l'euro. La prime longue monte à 160 points de base, trois jours après le relèvement de perspective de Fitch.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Trois colonnes de verre de hauteurs croissantes devant des montagnes, image des trois tranches de la dette bulgare par maturité

La Bulgarie a placé mardi 29 septembre 2026 pour 2,25 milliards d'euros d'obligations en euros, réparties en trois tranches, afin de couvrir son déficit budgétaire. Selon l'agence Bloomberg, qui cite les conditions finales communiquées par une personne proche de l'opération, il s'agit de la deuxième émission du pays sur les marchés internationaux depuis son entrée dans la zone euro le 1er janvier 2026.

Trois maturités, trois niveaux de prime

Le Trésor bulgare a rouvert sa ligne à échéance 2031 pour 1 milliard d'euros, avec un écart de 60 points de base au dessus du taux de swap moyen (mid swaps), la référence de marché des émetteurs souverains européens. Il a complété l'opération par 750 millions d'euros de titres à échéance 2034, à 95 points de base, et par 500 millions d'euros de titres à échéance 2044, à 160 points de base.

  • Échéance 2031 : 1 milliard d'euros, mid swaps + 60 points de base
  • Échéance 2034 : 750 millions d'euros, mid swaps + 95 points de base
  • Échéance 2044 : 500 millions d'euros, mid swaps + 160 points de base

Le ministère des Finances n'avait pas encore commenté l'opération mardi en fin d'après midi. Selon le site Eurocom, qui relaie la radio publique BNR, l'information officielle est traditionnellement publiée le lendemain de la transaction. Le montant des ordres et les rendements finaux n'ont donc pas encore été publiés.

Une deuxième sortie après celle de juillet

Sofia avait inauguré ses émissions de pays membre de la zone euro le 7 juillet. Le ministère des Finances avait alors rouvert trois souches existantes pour 2,5 milliards d'euros au total : 1 milliard sur l'échéance 2032, 1 milliard sur l'échéance 2038 et 500 millions sur l'échéance 2045. Les ordres avaient dépassé 9,5 milliards d'euros, ce qui avait permis de réduire l'écart initialement proposé de 30 points de base sur les deux premières lignes et de 25 points sur la troisième.

Les primes finales de juillet s'établissaient à 60 points de base sur l'échéance 2032, 115 sur l'échéance 2038 et 140 sur l'échéance 2045. La comparaison avec l'opération du jour fait apparaître un coût plus élevé sur la partie longue : la tranche 2044 ressort à 160 points de base, soit 20 points de plus que la ligne 2045 placée il y a moins de trois mois, pour une maturité plus courte d'un an.

Un budget voté avec un déficit élevé

L'Assemblée nationale bulgare a adopté la loi de finances 2026 en seconde lecture le 24 juillet, par 125 voix contre 84, rapporte l'agence de presse BTA. Le texte prévoit un déficit de 5,7 % et autorise jusqu'à 10,1 milliards d'euros d'emprunts nouveaux sur l'année, dont un maximum de 3,261 milliards au titre de l'instrument européen SAFE (Security Action for Europe) destiné à l'industrie de défense. La dette publique est plafonnée à 37,7 milliards d'euros, soit 30,1 % du PIB, et la réserve budgétaire doit atteindre au moins 2,6 milliards d'euros en fin d'année.

Avant cette adoption, le pays fonctionnait sous une loi de prorogation budgétaire. L'émission de juillet entrait dans la limite de 3,8 milliards d'euros d'endettement nouveau fixée par ce texte transitoire, avait précisé le ministère.

Le marché intérieur reste la première source de financement. Lundi 28 septembre, le ministère a placé 150 millions d'euros de titres à cinq ans (échéance 28 janvier 2031, coupon de 2,75 %) avec un rendement moyen pondéré de 4,02 % et un taux de couverture de 1,16. L'écart avec les emprunts fédéraux allemands de même maturité ressortait à 67 points de base. Il s'agissait de la douzième adjudication domestique de l'année, portant le total levé localement à 4,255 milliards d'euros, selon la BTA.

En additionnant ces adjudications et les deux émissions internationales, la Bulgarie a levé environ 9 milliards d'euros de dette nouvelle en 2026, pour un plafond annuel de 10,1 milliards qui inclut les éventuels prêts SAFE.

Ce qu'en disent les agences de notation

L'opération intervient trois jours après une décision de Fitch Ratings, annoncée samedi 26 septembre par le ministère des Finances. L'agence a confirmé la note BBB+ de la Bulgarie et relevé sa perspective de stable à positive. Elle justifie ce relèvement par la « réduction de l'incertitude politique après les élections législatives d'avril », qui ont produit un gouvernement disposant seul d'une majorité, une première depuis plus de vingt ans selon la BTA.

« Cela offre l'occasion de progresser sur les réformes structurelles, ce qui pourrait soutenir la croissance potentielle, élever le niveau de richesse et améliorer la gouvernance, en s'appuyant sur l'adhésion de la Bulgarie à la zone euro le 1er janvier 2026. »

Fitch Ratings, cité par The Sofia Globe

L'agence prévoit un déficit public de 4,5 % du PIB en 2026, inférieur à la cible gouvernementale de 5,4 %, et une dette portée à 31,7 % du PIB, contre 30,5 % dans sa précédente évaluation de mars. Ce ratio reste parmi les plus bas de l'Union européenne. Fitch souligne toutefois une politique budgétaire accommodante en 2026 et 2027, et rappelle que le pays fait l'objet d'une procédure pour déficit excessif quelques mois seulement après son adhésion à l'euro.

Les signaux de surchauffe figurent aussi dans l'analyse : inflation moyenne attendue à 4,9 % cette année, déficit courant prévu à 7,4 % du PIB et coûts salariaux unitaires en hausse cumulée de 36,4 % sur les trois années allant jusqu'à 2025. S&P Global Ratings avait déjà relevé sa perspective à positive en mai, tandis que Moody's maintient une note Baa1 assortie d'une perspective stable.

Un débat politique intérieur toujours vif

Le niveau d'endettement nouveau alimente l'opposition. Au soir du vote du budget, l'ancienne ministre des Finances Temenuzhka Petkova (GERB) a qualifié le texte de budget « scandaleux », dénonçant des dépenses excessives, un déficit record et 10,1 milliards d'euros de dette nouvelle. Le ministre des Finances Galab Donev a répondu que la principale qualité de ce budget était de mettre au jour des engagements accumulés et de présenter l'état réel des finances publiques, selon la BTA.

Le budget prévoit aussi des mesures de redressement : baisse de 10 % des dépenses de personnel à compter du 1er septembre pour une partie de l'administration, hausse de 30 % des vignettes routières et relèvement des accises sur le tabac depuis le 1er août.

Quels enseignements pour les épargnants ?

Pour un investisseur français, la Bulgarie illustre la hiérarchie des primes au sein même de la zone euro. Un pays faiblement endetté mais noté dans la catégorie BBB paie encore environ 4 % à cinq ans sur son marché intérieur, et une prime croissante avec la durée sur les marchés internationaux. Les fonds obligataires souverains de la zone euro, et dans une moindre mesure les fonds en euros des contrats d'assurance vie, sont exposés à ces écarts de crédit entre États membres.

Les prochaines étapes à surveiller sont la publication officielle du ministère des Finances, avec le volume d'ordres et les rendements finaux, puis les revues de Moody's et de S&P, dont une éventuelle amélioration réduirait le coût des futures émissions.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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