Le SaaS israélien valide sa mue en plateforme d'agents IA
monday.com, le spécialiste israélien du logiciel de gestion du travail coté au Nasdaq sous le ticker MNDY, a publié lundi 11 mai 2026 des résultats trimestriels au dessus des attentes. Le chiffre d'affaires du premier trimestre 2026 ressort à 351,3 millions de dollars, en hausse de 24,5 % sur un an, contre un consensus de 339,1 millions. Le bénéfice par action ajusté atteint 1,15 dollar, soit 23,4 % au dessus du consensus à 0,93 dollar. L'action, qui plafonnait autour de 72 dollars à la clôture précédente, a bondi de 20,9 % pour s'établir à 87,28 dollars.
La séquence vient prolonger l'annonce du 6 mai dernier : monday.com a abandonné son positionnement historique de plateforme de gestion du travail pour se relancer en AI Work Platform, c'est à dire une plateforme conçue dès la racine pour faire coexister salariés humains et agents d'intelligence artificielle. La société a simultanément annoncé un nouveau modèle tarifaire à deux étages, baptisé seats plus credits, et l'acquisition d'OneAI, jeune pousse israélienne spécialisée dans les agents vocaux. Le montant n'a pas été divulgué.
Les chiffres clés du trimestre
- Chiffre d'affaires : 351,3 millions de dollars, en hausse de 24,5 % sur un an, contre 282,3 millions au premier trimestre 2025.
- Résultat opérationnel non GAAP : 49,0 millions de dollars, marge de 14 %, contre 38,06 millions attendus par le consensus.
- Résultat opérationnel GAAP : 19,8 millions de dollars, marge de 6 %, contre 9,8 millions un an plus tôt.
- Flux de trésorerie d'exploitation : 104,7 millions de dollars. Cash flow libre ajusté de 102,8 millions, soit 29,3 % du chiffre d'affaires.
- Clients à plus de 500 000 dollars de revenus annuels récurrents : 99, soit 74 % de plus qu'au premier trimestre 2025.
- Clients à plus de 50 000 dollars : 4 547, en croissance de 32 % sur un an.
- Net Dollar Retention global : 110 %. Il monte à 116 % pour les clients à plus de 50 000 dollars de revenus annuels récurrents.
- Carnet de commandes restant à exécuter : 880 millions de dollars, en progression de 33 % sur un an.
- Rachats d'actions au trimestre : 552,6 millions de dollars sur 7,3 millions de titres.
Le directeur financier Eliran Glazer a résumé la performance : « Le premier trimestre a été solide sur chacune des dimensions financières, le chiffre d'affaires, les marges et la trésorerie dépassant tous nos attentes ». La société a relevé son objectif annuel à 1,466 à 1,474 milliard de dollars, contre 1,46 milliard auparavant, soit une croissance attendue de 19 à 20 % pour 2026.
Le pivot vers les agents IA, un pari de modèle
L'annonce stratégique du 6 mai dépasse largement la simple mise à jour produit. Pendant douze ans, monday.com s'est imposé comme un outil de cartographie des tâches, en concurrence avec Asana, Smartsheet, Atlassian et ClickUp. La société compte 250 000 clients dans le monde et a clôturé l'exercice 2025 à 1,232 milliard de dollars de chiffre d'affaires, en hausse de 27 %.
« Pendant plus d'une décennie, nous avons aidé les équipes à gérer le travail. Désormais, nous sommes dans le métier qui consiste à le faire », a déclaré Roy Mann, cofondateur et co directeur général.
Concrètement, monday.com a intégré au cœur de sa plateforme des agents IA configurables sans compétence technique. Selon la documentation publiée par l'entreprise, ces agents prennent en charge la rédaction de campagnes marketing, la qualification de prospects commerciaux, le tri des tickets de support, la génération de rapports, l'exécution de flux de projet et même la validation budgétaire, le tout sous supervision humaine et dans le cadre des règles de sécurité préexistantes.
L'écosystème s'ouvre par ailleurs aux modèles externes via des connecteurs en un clic : Claude d'Anthropic, ChatGPT d'OpenAI, Copilot de Microsoft et Gemini de Google. monday.com construit également une couche d'abstraction baptisée AI Platform Gateway, qui doit permettre aux clients de basculer d'un grand modèle de langage à un autre sans réécrire leurs flux de travail.
Seats plus credits : repenser la facturation logicielle
L'innovation la plus structurante concerne la tarification. Le modèle seats plus credits combine un abonnement par utilisateur, qui demeure la base économique du logiciel d'entreprise, avec une consommation de crédits proportionnelle à l'usage des agents IA. Chaque action déclenchée par un agent débite un compteur, à la manière des modèles facturés à la résolution chez Intercom ou à l'appel API chez OpenAI.
Cette bascule s'inscrit dans une tendance lourde. Selon Gartner, 40 % des applications d'entreprise embarqueront des agents IA spécialisés avant la fin 2026, contre moins de 5 % en 2025. À l'horizon 2035, le cabinet estime que les revenus de logiciels d'entreprise dérivés de l'IA agentique pourraient atteindre 450 milliards de dollars, soit environ 30 % du marché, contre 2 % en 2025. Gartner anticipe que 40 % au moins des dépenses en logiciels d'entreprise basculeront d'ici 2030 vers une tarification à l'usage, à l'agent ou au résultat.
Une lecture plus nuancée du marché actions
Le bond de 20,9 % ne doit pas masquer un parcours boursier difficile. Sur les douze mois précédant la publication, l'action MNDY avait reculé de 74 %, plombée par le ralentissement de la croissance organique et par la crainte que les agents IA généralistes remplacent à terme les outils de gestion du travail eux mêmes. Selon Investing Pro, monday.com avait enregistré 21 révisions baissières de bénéfice par action contre une seule révision haussière sur les 90 derniers jours précédant la publication.
Avant les résultats, Barclays maintenait une recommandation Overweight avec un objectif de cours abaissé de 115 à 95 dollars le 21 avril 2026. L'objectif moyen des analystes s'établissait à 122,64 dollars, avec une fourchette haute à 130 dollars.
La publication change la donne sur trois plans. D'abord, la qualité de la croissance : la base de clients à plus de 500 000 dollars de revenus annuels récurrents progresse de 74 % en glissement annuel, signe d'une remontée en gamme effective. Ensuite, la profitabilité : 102,8 millions de dollars de cash flow libre ajusté en un trimestre, soit une marge de 29,3 %, place monday.com dans la catégorie des éditeurs SaaS rentables, et non plus des sociétés en quête de point d'équilibre. Enfin, la conviction stratégique : assumer la cannibalisation de son propre modèle par les agents IA, plutôt que la subir, fait du virage du 6 mai un pari de long terme.
Concurrence : Asana et Smartsheet contre attaquent
Les concurrents directs de monday.com ne sont pas restés inactifs. Asana a déployé ses AI Teammates, des agents adossés à son Work Graph propriétaire, censés comprendre les objectifs, projets et dépendances d'une équipe dès l'activation. Chaque action d'agent reste auditable.
Smartsheet a présenté lors de son événement ENGAGE en novembre 2025 une architecture baptisée Intelligent Work Management, construite sur un Smartsheet Knowledge Graph qui donne aux modèles IA un accès contextuel à l'historique projet, au vocabulaire interne et aux flux propres à chaque entreprise. Les Smart Agents de Smartsheet surveillent en continu l'avancement des projets et lèvent des alertes sans sollicitation préalable.
L'enjeu compétitif dépasse le périmètre du logiciel de gestion. Selon une analyse Deloitte citée par monday.com, les entreprises ont étendu l'accès à l'IA de 50 % entre 2024 et 2026, mais seules 25 % d'entre elles ont fait passer en production 40 % ou plus de leurs expérimentations. C'est précisément ce dernier kilomètre que les éditeurs SaaS tentent de couvrir, en intégrant les agents IA dans les outils que les salariés utilisent déjà au quotidien.
Ce que cela change pour les épargnants français
1. La thèse SaaS reste valable, à condition d'intégrer l'IA
Les fonds technologiques mondiaux et les unités de compte thématiques d'assurance vie restent largement exposés aux éditeurs logiciels américains, israéliens et européens. Le cas monday.com confirme que les éditeurs capables de bâtir leur propre couche d'agents IA et de modifier leur modèle économique conservent un pouvoir de fixation des prix. À l'inverse, les éditeurs purement contemplatifs face à l'IA voient leur multiple de valorisation s'éroder, comme l'a illustré l'évolution de l'action MNDY sur 2025.
2. Le SaaS rentable redevient une catégorie en soi
Avec 14 % de marge opérationnelle non GAAP et 29 % de marge de cash flow libre, monday.com s'inscrit dans le club des SaaS qui financent leur croissance et leurs rachats d'actions sans recours au marché. Les fonds quality growth, soumis à la double exigence de rentabilité et de croissance, retrouvent des cibles d'investissement après deux années de purge boursière.
3. La tarification à l'usage interroge la prévisibilité des revenus
Le modèle seats plus credits introduit une part variable dans le revenu, à l'image du modèle de l'éditeur Snowflake. Cette structure peut accroître la volatilité trimestrielle des résultats, dans un sens comme dans l'autre. Les investisseurs habitués aux revenus récurrents lissés du SaaS classique devront affiner leur lecture des publications, en distinguant la croissance des sièges payants de la croissance de la consommation IA.
Ce qu'il faut surveiller
- Adoption du modèle seats plus credits : la part de revenu issu de la consommation de crédits sera le juge de paix du nouveau modèle. monday.com n'a pas encore publié cette ventilation.
- Intégration d'OneAI : les capacités d'agent vocal seront cruciales pour les usages de support client et de prospection commerciale automatisée.
- Progression des clients à plus de 500 000 dollars : la dynamique haut de gamme valide la stratégie de remontée en valeur. La poursuite d'un rythme de 70 % et plus serait significative.
- Réponse concurrentielle d'Asana, Smartsheet et Atlassian : les prochains trimestres montreront si la mue de monday.com inspire des virages similaires chez ses concurrents directs.
- Évolution du carnet de commandes RPO : la croissance à 33 % constitue un indicateur avancé de la croissance de revenus sur douze mois.
Conclusion
La publication trimestrielle de monday.com confirme qu'un éditeur SaaS peut transformer une menace existentielle, l'arrivée des agents IA, en relais de croissance. La progression de 20,9 % de l'action lundi récompense moins un trimestre exceptionnel qu'un pari assumé sur le futur du logiciel d'entreprise. Pour les épargnants français exposés à la technologie via leurs fonds en unités de compte ou leurs comptes titres, le cas MNDY rappelle que la rupture provoquée par l'IA générative est en train de redessiner la hiérarchie boursière du SaaS mondial, et que l'écart entre les éditeurs qui assument le changement et ceux qui le subissent ne fera que s'élargir au cours des prochains trimestres.
Sources
- monday.com, communiqué officiel, « monday.com Announces First Quarter 2026 Results », 11 mai 2026
- StockStory, « monday.com (NASDAQ:MNDY) Posts Better Than Expected Sales In Q1 CY2026, Stock Jumps 20.9% », 11 mai 2026
- StockTitan, « monday.com Q1 2026 revenue rises 24% to $351M », 11 mai 2026
- Investing.com, « Monday.Com earnings beat by $0.20, revenue topped estimates », 11 mai 2026
- TipRanks, « monday.com Posts Record Q1 2026 Results and Launches AI Work Platform », 11 mai 2026
- SiliconAngle, « Monday.com relaunches as an AI work platform with native agents », 6 mai 2026
- BusinessWire, « monday.com Goes All In on AI: From Work Management Platform to AI Work Platform », 6 mai 2026
- UC Today, « monday.com vs Asana vs Smartsheet: Which AI Strategy Will Win Enterprise in 2026? », mai 2026
- Gartner, « 40% of Enterprise Apps Will Feature Task Specific AI Agents by 2026 », août 2025
- Monetizely, « The 2026 Guide to SaaS, AI, and Agentic Pricing Models », 2026
- Deloitte, « SaaS meets AI agents », Technology Media and Telecom Predictions 2026
- MarketBeat, « monday.com (MNDY) Q1 2026 Earnings Report », 11 mai 2026