Géopolitique

Paris et Berlin proposent à l'UE un outil de riposte commerciale activable en urgence

La France et l'Allemagne proposent à l'UE un instrument commercial déclenchable rapidement contre les pays qui nuisent à ses intérêts, sur le modèle de la Section 301 américaine. Pékin promet de répondre « résolument ».

Rédacteur en chef, France Épargne
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Conteneurs et portique sur un quai de port européen, alors que Paris et Berlin proposent à l'UE un outil de riposte commerciale

La France et l'Allemagne ont proposé lundi 5 octobre 2026 que l'Union européenne se dote d'un nouvel instrument commercial capable d'être déclenché rapidement contre les pays qui portent atteinte à ses intérêts économiques. Selon une dépêche de Reuters datée de Bruxelles et Berlin, des responsables allemands estiment que l'Union a besoin d'un outil aussi puissant que les droits de douane américains de la Section 301 ou que les restrictions chinoises sur les exportations de minerais critiques. La mesure ne viserait aucun pays en particulier.

Le quotidien économique allemand Handelsblatt avait décrit lundi matin un outil tourné vers la Chine comme vers les États-Unis. La proposition marque un rapprochement entre Paris, partisan de longue date d'une défense commerciale plus ferme, et Berlin, longtemps prudent en raison de l'exposition de son industrie au marché chinois.

Un document commun destiné à Ursula von der Leyen

Le texte a été préparé pendant l'été. Dans sa lettre mensuelle publiée le 27 septembre, l'analyste Noah Barkin, spécialiste des relations entre l'Europe et la Chine, rapportait que Paris et Berlin finalisaient un document commun. Des responsables européens attendaient qu'Emmanuel Macron et Friedrich Merz le valident avant de l'adresser à Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. Les deux dirigeants avaient promis ce travail lors de leur rencontre de juillet.

« L'instrument que nous demandons nous permettrait de couper la Chine du marché européen en 24 heures. »

Un responsable européen cité par Noah Barkin, fin septembre 2026

Ce responsable précisait que la construction technique de l'outil reviendrait à la Commission. Selon Noah Barkin, un nouvel instrument ne serait pas prêt avant 2027 au plus tôt.

Le seuil de vote de l'instrument anticoercition en ligne de mire

L'Union dispose déjà d'un instrument anticoercition, créé par le règlement (UE) 2023/2675 du 22 novembre 2023 et entré en vigueur le 27 décembre 2023. Il permet à l'Union de répondre à un pays tiers qui exerce une pression économique sur elle ou sur un État membre. D'après Noah Barkin, il n'a jamais servi depuis sa création, car son déclenchement exige une majorité qualifiée d'États membres favorables.

Paris et Berlin souhaitent inverser cette règle. Une mesure proposée s'appliquerait sauf si une majorité qualifiée d'États membres s'y oppose. Ce vote à majorité qualifiée inversée réduirait la capacité d'un pays tiers à diviser les 27 en combinant menaces économiques et promesses d'investissement. Une refonte de l'instrument existant prendrait moins de temps que la création d'un outil entièrement nouveau.

La Section 301 américaine comme modèle

La Section 301 du Trade Act américain de 1974 autorise le représentant américain au Commerce à enquêter sur les pratiques commerciales jugées déloyales d'un pays étranger et à imposer des droits de douane en représailles. Washington s'en sert contre la Chine depuis 2018. Pékin, de son côté, soumet depuis 2025 les exportations de plusieurs terres rares à des licences, ce qui a perturbé les chaînes d'approvisionnement de l'industrie automobile européenne.

Pékin promet de répondre « résolument »

Le ministère chinois du Commerce a réagi le 29 septembre, après les premières informations sur le projet. Il a qualifié l'outil envisagé de mesure « protectionniste et unilatéraliste » et promis de répondre « résolument » à toute mesure discriminatoire visant des entreprises ou des produits chinois, selon le South China Morning Post.

« Si l'UE engage le dialogue et la consultation avec la Chine tout en multipliant les démonstrations de force à son encontre, cela nuira gravement à la confiance mutuelle », a ajouté le ministère dans son communiqué, cité par le quotidien de Hong Kong. Pékin et Bruxelles préparent un deuxième cycle de négociations commerciales en octobre.

Le Global Times, quotidien contrôlé par l'État chinois, a cité trois outils de riposte possibles : des enquêtes antidiscrimination, des enquêtes sur la sécurité des chaînes industrielles et d'approvisionnement, et des enquêtes sur l'effet des subventions étrangères.

Un déficit commercial avec la Chine en hausse de 12,2 % sur sept mois

Les données mensuelles d'Eurostat mesurent la pression. Entre janvier et juillet 2026, l'Union a importé pour 352,2 milliards d'euros de biens en provenance de Chine (hors Hong Kong) et y a exporté pour 114,2 milliards. Le déficit atteint 238,1 milliards d'euros, contre 212,2 milliards sur la même période de 2025. Sur un an, les importations progressent de 7,1 % et les exportations européennes reculent de 2,2 %.

Les entreprises cotées exposées à des représailles

Pour l'épargnant investi en actions européennes, au travers d'un PEA, d'unités de compte en assurance vie ou de fonds indiciels, le risque principal porte sur les groupes qui réalisent une part notable de leurs ventes en Chine, dans l'automobile, le luxe ou les spiritueux. L'Union a déjà connu ce schéma de représailles ciblées. En janvier 2024, quelques mois après l'ouverture de l'enquête européenne sur les subventions aux véhicules électriques chinois, Pékin avait lancé une enquête antidumping sur le brandy importé de l'Union.

L'accueil des autres capitales

Le document doit maintenant parvenir à la Commission, seule habilitée à proposer un règlement. Toute modification de l'instrument anticoercition exigerait l'accord du Parlement européen et du Conseil. En mai 2026, la France et quatre autres États membres avaient réclamé des armes commerciales plus dures face à la Chine. L'Allemagne s'était alors montrée réticente, selon Politico et Euronews. Le ralliement de Berlin change l'équilibre au sein du Conseil, où la position de l'Espagne, qui avait pris ses distances avec cet appel en mai, sera suivie de près.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.