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Art Basel Paris écourtée de deux jours : la foire ferme avant la mobilisation du 24 octobre

Art Basel Paris a fermé le 23 octobre à 19 heures et annulé ses journées publiques du week-end à cause de la mobilisation du 24 octobre. Les grandes galeries avaient vendu l'essentiel, dont deux œuvres à 10 millions de dollars, lors des avant-premières.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Le Grand Palais à Paris, portes closes sous la pluie d'automne, après la fermeture anticipée de la foire Art Basel Paris

Art Basel Paris, la foire internationale d'art moderne et contemporain installée au Grand Palais, a fermé ses portes le vendredi 23 octobre 2026 à 19 heures, deux jours avant la date prévue. Les organisateurs ont annulé les journées publiques du samedi 24 et du dimanche 25 octobre en raison de la journée nationale de mobilisation pour le pouvoir d'achat organisée ce samedi. Le gouvernement a recensé 410 000 manifestants en France. La CGT en revendique près de 800 000.

La cinquième édition réunissait 211 exposants venus de 41 pays et territoires. Les grandes galeries avaient conclu l'essentiel de leurs ventes lors des avant-premières réservées aux collectionneurs, entre le 20 et le 22 octobre. Les enseignes plus modestes, dont une partie des galeries françaises, comptaient sur le public du week-end. Art Basel n'a publié aucun chiffre sur les ventes manquées ni sur le remboursement des billets.

Le calendrier de la cinquième édition

La foire devait ouvrir au public du 23 au 25 octobre, après une avant-première sur invitation le 20 octobre, deux journées de prévisualisation (les journées réservées aux collectionneurs et aux professionnels invités) les 21 et 22 octobre et un vernissage public le 22 octobre. La fermeture anticipée a ramené les journées publiques ordinaires à une seule, le vendredi. Le billet journée coûtait 47 euros. L'édition 2025 avait accueilli 73 000 visiteurs.

La direction a annoncé sa décision le jeudi 22 octobre dans un courrier adressé à ses invités et cosigné par Karim Crippa, qui dirige pour la première fois Art Basel Paris. « Au vu des manifestations potentielles dans Paris ce week-end et afin de protéger nos visiteurs, exposants, partenaires et personnels ainsi que les œuvres, Art Basel Paris conclura son édition 2026 vendredi à 19h00 », ont écrit les organisateurs.

« La décision n'a pas été prise à la légère et la sécurité de tous ceux qui sont associés à la foire reste notre principale priorité. »

Direction d'Art Basel Paris, message du 22 octobre 2026

Les organisateurs ont annoncé qu'ils contacteraient les détenteurs de billets pour le samedi et le dimanche. Le 23 octobre, Art Basel n'avait communiqué ni les modalités de remboursement des visiteurs ni les conséquences commerciales pour les exposants. Le Louvre, le musée d'Orsay et l'Orangerie remboursent automatiquement les billets horodatés achetés sur leurs billetteries officielles pour ce samedi.

Quelles ventes ont été conclues avant la fermeture ?

Les galeries ont annoncé plusieurs transactions supérieures à un million de dollars dès les deux premiers jours. Hauser & Wirth a cédé Rokokotisch (Table rococo, 1965) de Gerhard Richter et Der Hirte (Le Berger, 1965) de Georg Baselitz pour environ 10 millions de dollars chacune. David Zwirner a vendu une autre peinture de Richter pour 8,5 millions de dollars. White Cube a placé deux toiles de Julie Mehretu pour environ 7,9 millions chacune.

  • Pace : La Chaise (1964) de Jean Dubuffet, pour plus de 5 millions de dollars, et From Line No. 79061 (1979) de Lee Ufan, pour 2 millions.
  • David Zwirner : quatre tableaux de Robert Ryman, dont un à 4 millions de dollars.
  • Thaddaeus Ropac : un Concetto spaziale (1953) de Lucio Fontana, pour 1,8 million d'euros.
  • Hauser & Wirth : Woman with Designer Shirt (2026) de George Condo, pour 2,95 millions de dollars.

L'œuvre la plus chère de la foire ne figurait pas parmi les ventes annoncées. Pace Di Donna Schrader Galleries proposait un nu couché d'Amedeo Modigliani peint en 1917, Nu étendu (Lolotte), au-delà de 100 millions de dollars. Aucune vente de ce tableau n'avait été annoncée le mercredi 21 octobre au soir.

Les marchands ont reconnu quelques défections de collectionneurs après les violences du 17 octobre à Paris. « Malgré les inquiétudes liées aux manifestations, et même si certains ont décidé de ne pas venir à Paris, nous avons déjà le sentiment que c'est la foire la plus internationale de l'année », a déclaré le galeriste Thaddaeus Ropac au soir de l'avant-première. Marc Payot, président de Hauser & Wirth, a tenu la même ligne : « Il y en a peut-être quelques-uns qui ne sont pas venus ou qui ont eu peur à cause des émeutes, mais cela ne change pas grand-chose. »

Les galeries françaises et le public du week-end

Le week-end attire des collectionneurs de province et des pays voisins, qui achètent des artistes émergents à des prix plus accessibles. Sur le stand de Michel Rein, les sculptures de Sila Candansayar se vendaient entre 10 000 et 15 000 euros. Plus de 60 exposants de cette édition disposent d'un espace en France. Certaines grandes galeries ont commencé à emballer leurs pièces les plus chères dès le jeudi soir. Le vendredi, plusieurs stands étaient en partie vides.

Le galeriste parisien Michel Rein est chargé d'une nouvelle commission consacrée aux jeunes galeries au sein du Comité professionnel des galeries d'art (CPGA), l'organisation qui représente les galeries françaises. « Ce qui arrive est une catastrophe pour l'image de la France, mais au-delà, je pense en particulier à mes jeunes confrères, qui comptent beaucoup sur cette clientèle du week-end, et pour qui participer à la foire coûte cher », a-t-il expliqué. Sa galerie a vendu l'ensemble des sculptures et peintures d'Edgar Sarin présentées sur son stand.

Le galeriste Hervé Loevenbruck attendait des acheteurs étrangers pendant le week-end. « Nous avions deux rendez-vous importants ce week-end avec des gens qui habitent d'autres pays, dont une fondation, et qui travaillent en semaine », a-t-il déploré. La galerie Templon annonce entre 15 et 18 ventes, dont une toile de Gérard Garouste à plus de 200 000 euros. Christophe Gaillard estime à environ 20 % la part de ses ventes réalisées auprès d'acheteurs français.

Musées, monuments et foires fermés à Paris ce samedi

La fermeture d'Art Basel Paris a précédé une série d'annonces dans les institutions culturelles de la capitale. Le Louvre, le musée d'Orsay, l'Orangerie, le musée Picasso, la Fondation Louis Vuitton, la Bourse de Commerce et la Bibliothèque nationale de France ont fermé le samedi 24 octobre. L'Opéra national de Paris a annulé toutes ses représentations de la journée au Palais Garnier et à l'Opéra Bastille. Le château de Versailles a fermé à midi.

Les foires satellites ont suivi le même mouvement. Moderne Art Fair, installée place de la Concorde, a fermé dès le vendredi soir. AKAA, au Carreau du Temple, a fermé le samedi. Le Grand Palais est resté entièrement fermé samedi.

La préfecture de police a imposé un nouveau parcours au cortège parisien. Le défilé est parti à 14 heures de la porte d'Italie pour rejoindre la porte de Vincennes par les boulevards des Maréchaux. Le tribunal administratif de Paris a rejeté samedi les recours déposés contre ce tracé. Un arrêté préfectoral interdit les rassemblements non déclarés dans plusieurs périmètres de la capitale, du vendredi 23 octobre à 20 heures au lundi 26 octobre à 6 heures.

Le marché français de l'art en chiffres

Les ventes d'art en France ont atteint 4,5 milliards de dollars en 2025, en hausse de 9 % sur un an après deux années de contraction. Le pays représente 8 % du marché mondial. Il se classe au quatrième rang mondial et au premier rang de l'Union européenne, dont il pèse plus de la moitié en valeur.

Depuis la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, David Zwirner, Gagosian, White Cube et Hauser & Wirth ont ouvert une adresse à Paris. « Nous sommes extrêmement contents de ces premiers chiffres », a commenté pendant les avant-premières Vincenzo de Bellis, directeur artistique et directeur mondial des foires d'Art Basel.

La lecture des prix annoncés pour un collectionneur

Les montants cités pendant une foire sont des prix déclarés : les galeries communiquent elles-mêmes un prix de vente ou une fourchette, sans publication du contrat ni de la remise accordée à l'acheteur. Ces transactions relèvent du premier marché (la première vente d'une œuvre sortie de l'atelier) ou du second marché (la revente d'une œuvre déjà détenue par un collectionneur). Elles n'entrent pas dans les bases publiques de résultats, qui recensent les adjudications des maisons de ventes aux enchères.

Pour un épargnant qui détient des œuvres ou des parts de fonds d'art, les montants publiés à Paris concernent des artistes établis comme Richter, Baselitz ou Dubuffet. Pour un artiste émergent, les résultats des ventes aux enchères, publiés lot par lot, donnent une référence de prix vérifiable.

Les échéances à surveiller

  • Les modalités de remboursement des billets du samedi et du dimanche : les organisateurs ont promis de contacter chaque acheteur.
  • Un éventuel bilan chiffré de l'édition 2026, qu'Art Basel n'a pas publié à ce stade.
  • La réouverture des musées et monuments parisiens, prévue dès le dimanche 25 octobre pour la Conciergerie et la Sainte-Chapelle.
  • La levée des mesures de police à Paris, fixée au lundi 26 octobre à 6 heures.

Sources

  • Art Basel, « Art Basel unveils exhibitors for its 2026 Paris show », 28 mai 2026, artbasel.com
  • The Art Newspaper, « Art Basel Paris to close early due to protests », 22 octobre 2026, theartnewspaper.com
  • franceinfo Culture avec AFP, « Manifestations en France : Art Basel Paris écourtée de deux jours », 22 octobre 2026, franceinfo.fr
  • WWD, « Art Basel Paris Cuts Short 2026 Edition Due to Threat of Violent Protests », 22 octobre 2026, wwd.com
  • Le Journal des Arts, « Art Basel Paris ferme deux jours plus tôt par crainte des manifestations », 22 octobre 2026, lejournaldesarts.fr
  • ARTnews, « What's Selling at Art Basel Paris? Reported Sales Top Out at $10 M. for a Richter and a Baselitz », 21 octobre 2026, artnews.com
  • The Art Newspaper France, « Art Basel Paris : les ventes au rendez-vous malgré les tensions », 21 octobre 2026, artnewspaper.fr
  • The Art Newspaper France, « À Art Basel Paris, les galeries françaises entre satisfaction et déception », 23 octobre 2026, artnewspaper.fr
  • La Clé Publique, « Louvre, Orsay, Picasso fermés samedi : Art Basel écourtée », 23 octobre 2026, laclepublique.fr
  • Arts in the City, « Semaine de l'art à Paris : ce qui ferme, heure par heure », mis à jour le 24 octobre 2026, arts-in-the-city.com
  • France 24, « Mobilisation du 24 octobre en direct », 24 octobre 2026, france24.com

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.