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Nvidia entre sur le marché des processeurs PC avec sa puce N1X et défie Intel

Au Computex 2026, Nvidia a dévoilé le N1X, son premier processeur pour PC Windows, conçu avec Microsoft et MediaTek. Cette puce Arm bouscule un marché dominé depuis quarante ans par Intel et AMD, dont les actions ont décroché.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de circuits électroniques et de flux de données symbolisant l'entrée de Nvidia sur le marché des processeurs pour ordinateurs personnels

Le marché des processeurs pour ordinateurs personnels vient de connaître sa plus forte secousse depuis des années. Lundi 1er juin 2026, à l'ouverture du salon Computex de Taïwan, le directeur général de Nvidia, Jensen Huang, a présenté le N1X, premier processeur central du groupe destiné aux PC Windows. La puce, conçue avec Microsoft et le fondeur taïwanais MediaTek, fait son entrée dans une arène longtemps verrouillée par Intel, Advanced Micro Devices (AMD), Qualcomm et Apple.

Nvidia s'est imposé comme la première capitalisation boursière mondiale grâce à sa domination sur les puces destinées à l'intelligence artificielle dans les centres de données. Le groupe transpose désormais ce savoir-faire vers le processeur qui anime les ordinateurs grand public, un segment que Jensen Huang chiffre à terme à 200 milliards de dollars.

Une puce Arm qui ravive la bataille des architectures

Le N1X repose sur l'architecture Arm, alternative jugée plus économe en énergie que l'architecture x86 défendue par Intel et AMD depuis les années 1970. Selon Nvidia, la puce associe deux composants phares : un processeur graphique Blackwell et un processeur central Arm conçu sur mesure par MediaTek, le tout assorti de 128 gigaoctets de mémoire unifiée. Le porte-parole du groupe évoque une solution « bien plus capable, plus performante et plus efficiente » que les puces x86 traditionnelles.

D'après les spécifications relayées par la presse spécialisée, la version haut de gamme du N1X embarque vingt cœurs Arm et une partie graphique dérivée de l'architecture Blackwell, gravée sur le procédé 3 nanomètres de Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC), aujourd'hui disponible uniquement à Taïwan. Nvidia annonce une puissance graphique « grossièrement équivalente » à celle de sa carte mobile RTX 5070, réservée pour l'instant aux créateurs, aux développeurs et aux joueurs.

« Cette réinvention de l'ordinateur est aussi importante que la transformation du téléphone en ce que nous appelons aujourd'hui le smartphone. Microsoft et Nvidia vont réinventer le PC. C'est la première gamme entièrement repensée depuis quarante ans. »

Jensen Huang, directeur général de Nvidia

Les faits clés de l'annonce

La puce sera intégrée à un module baptisé RTX Spark, attendu à l'automne sur une nouvelle gamme de PC Windows signés Microsoft, Dell, HP, ASUS, Lenovo et MSI. Nvidia prévoit de lancer dans un premier temps plus de trente ordinateurs portables et une dizaine d'ordinateurs de bureau équipés du processeur. Les premiers portables afficheront une épaisseur de 14 millimètres et un positionnement premium, avec une diffusion plus large anticipée début 2027.

L'argument central de Nvidia tient à l'intelligence artificielle dite agentique : ces assistants logiciels capables d'exécuter des tâches de façon autonome tourneraient directement sur la machine, sans dépendre du cloud. Le groupe affirme travailler sur ce projet avec Microsoft « depuis de très nombreuses années ». Reuters avait révélé dès 2023 l'existence de ce chantier, mené dans le cadre des efforts de Microsoft pour développer un écosystème Windows sur architecture Arm.

Intel et AMD sous pression en Bourse

L'annonce a provoqué des mouvements contrastés sur les marchés. Lors des échanges qui ont suivi la présentation, les titres des fabricants de puces x86 ont reculé. Selon les données rapportées par la presse financière, l'action Intel a cédé de l'ordre de 5 % à 6 %, tandis qu'AMD perdait environ 5 %. Qualcomm, dont les puces Snapdragon visent déjà le segment des PC sous Arm, a chuté d'environ 7 % avant l'ouverture de Wall Street.

Le titre Microsoft, partenaire de conception, a progressé de plus de 5 %. L'action Nvidia a connu des variations plus modestes, oscillant entre une légère hausse avant l'ouverture et un repli en séance, signe que les investisseurs attendent des preuves de performance avant la commercialisation. Le groupe a indiqué qu'il publierait davantage de mesures de performance à l'approche de la sortie, prévue à l'automne.

Le contexte concurrentiel s'est tendu ces derniers mois. Apple fabrique déjà ses propres processeurs Arm et a lancé en mars une gamme de MacBook équipés de sa puce M5. Arm a dévoilé le même mois son premier processeur central conçu en interne, et AMD travaillerait également à une puce PC sous architecture Arm. Le même jour, Intel a riposté en présentant à Taïwan ses nouveaux processeurs Xeon 6+ pour centres de données.

Perspectives d'analystes

Pour certains observateurs, l'arrivée de Nvidia pourrait paradoxalement profiter à Qualcomm en validant la viabilité commerciale des architectures alternatives et en attirant davantage de développeurs vers l'écosystème Windows sur Arm. L'analyste Carolina Milanesi souligne que l'élargissement du marché pourrait bénéficier à l'ensemble des acteurs non x86.

Du côté des cibles de cours, plusieurs maisons restent confiantes sur Nvidia. Goldman Sachs maintient une recommandation à l'achat avec un objectif de 250 dollars, tandis que Tigress Financial a relevé son objectif de 360 à 425 dollars, qualifiant le groupe de « moteur d'infrastructure central de l'ère des usines d'intelligence artificielle ». Ces avis portent toutefois sur la dynamique d'ensemble du groupe, dominée par les centres de données, et non sur le seul segment PC.

Un second front dans les centres de données

Au-delà du grand public, Jensen Huang a annoncé que le processeur Vera, destiné aux centres de données, était entré en production de série. Le dirigeant évoque des millions d'unités fabriquées pour « un marché qui n'existait pas auparavant », avec une disponibilité prévue à l'automne. Parmi les premiers clients figurent Anthropic, OpenAI, xAI (filiale de SpaceX), Dell, Oracle et CoreWeave.

Selon Ian Buck, vice-président de Nvidia chargé du calcul haute performance, Vera produirait des jetons de données 1,8 fois plus vite que les puces x86 actuelles. « Les processeurs rapides sont devenus essentiels pour maintenir l'usine d'intelligence artificielle en mouvement », a-t-il déclaré. Nvidia avait prévenu dès février que le processeur central devenait « le goulot d'étranglement » face à la montée des charges de travail liées à l'IA agentique.

Ce qu'il faut surveiller

Pour l'épargnant exposé aux valeurs technologiques, plusieurs jalons méritent attention. La commercialisation de l'automne fournira les premières mesures de performance réelles, seul juge de la promesse de Nvidia face aux puces Apple et Snapdragon. La capacité de l'écosystème logiciel Windows sur Arm à convaincre éditeurs et entreprises constituera un autre indicateur clé, car la compatibilité applicative reste le point faible historique de cette architecture.

La réaction d'Intel, dont le chiffre d'affaires annuel restait stable autour de 53 milliards de dollars sur l'exercice 2025, sera scrutée de près. Le pionnier du x86 défend désormais sa position sur deux fronts simultanés : les PC grand public et les centres de données. Pour les portefeuilles diversifiés, cette recomposition du paysage des semi-conducteurs illustre la rapidité avec laquelle l'intelligence artificielle redistribue les positions acquises.

Conclusion

L'entrée de Nvidia dans les processeurs PC marque une étape symbolique : le leader de l'IA s'attaque au cœur historique d'Intel et d'AMD, sur un marché de 200 milliards de dollars qu'il entend redéfinir. Les premiers verdicts boursiers traduisent l'inquiétude des fabricants x86 et l'enthousiasme prudent des marchés. Reste à transformer l'annonce en produits performants, à un moment où l'architecture Arm grignote méthodiquement le terrain de ses rivales.

Tags :

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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