Complémentaire santé des jeunes : le non-recours résiste au gel des tarifs 2026
La loi de financement de la Sécurité sociale gèle les cotisations des complémentaires en 2026, mais les jeunes adultes restent les plus exposés au défaut de couverture. La DREES et l'Union étudiante confirment un renoncement aux soins persistant.
Le gel des cotisations des complémentaires santé inscrit dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 devait protéger tous les assurés. Chez les jeunes adultes, la question de la couverture se pose pourtant en amont du prix : une partie d'entre eux n'a tout simplement pas de complémentaire. Les données publiées par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) et par les organisations étudiantes dessinent un profil de population plus fragile que la moyenne face au reste à charge.
Un gel des tarifs voté, mais des jeunes déjà en marge du système
L'article 13 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 interdit aux organismes complémentaires d'augmenter leurs cotisations au-delà du montant applicable en 2025. La mesure vise à neutraliser l'effet, pour les assurés, d'une nouvelle taxe d'environ un milliard d'euros pesant sur les contrats santé. Le dispositif fait l'objet de contestations, plusieurs fédérations le jugeant inopérant, et l'UFC-Que Choisir a relevé des hausses appliquées malgré tout dès janvier.
Pour une large fraction des 18-30 ans, ce débat sur les tarifs reste théorique. Selon les données SRCV 2023 exploitées par la DREES dans son dossier de recherche publié en 2026, 3,4 % de la population française hors Mayotte n'est pas couverte par une complémentaire santé. La proportion grimpe à 5 % chez les 25-34 ans, qui figurent parmi les tranches d'âge les moins bien couvertes. La DREES relève que ces jeunes adultes, en moyenne plus modestes, cumulent une couverture d'entreprise encore incomplète et un recours limité aux contrats individuels.
Les faits clés sur la couverture des 18-30 ans
- 5 % des 25-34 ans sont sans complémentaire santé, contre 3,4 % pour l'ensemble de la population, selon la DREES (données 2023).
- Chez les 25-34 ans non couverts, le motif financier est moins souvent cité que la moyenne (22 % contre 34 %), mais 26 % déclarent être en cours d'adhésion, contre 12 % pour l'ensemble.
- Le prix moyen d'une complémentaire pour un assuré de 25 ans s'établit autour de 37 € par mois en 2026, selon une étude Meilleurtaux diffusée en décembre 2025.
- Ce tarif varie de 35,23 € par mois dans la Creuse à 41,72 € dans les Bouches-du-Rhône.
- La Complémentaire santé solidaire (C2S) avec participation coûte 8 € par mois, soit 96 € par an, pour les assurés de 29 ans et moins.
Le renoncement aux soins, révélateur d'une précarité étudiante
La couverture n'est pas qu'une ligne budgétaire. Dans son enquête sur les conditions de vie publiée le 6 janvier 2026, l'Union étudiante rapporte que 28 % des étudiants déclarent avoir déjà renoncé à se soigner faute de moyens. Le sondage, mené auprès de 5 282 étudiants entre le 1er septembre et le 20 décembre 2025, décrit aussi une santé mentale dégradée : 90 % des répondants disent avoir traversé des périodes de détresse psychologique, souvent liées à leurs difficultés financières.
Ce renoncement se nourrit du non-recours à des dispositifs existants. La C2S ouvre droit à une couverture gratuite ou à faible coût, mais son taux de non-recours reste élevé. Un étudiant peut la solliciter à titre individuel dès lors qu'il ne vit plus sous le toit de ses parents, n'est plus rattaché à leur déclaration fiscale et ne perçoit pas de pension alimentaire déductible, ou lorsqu'il touche l'allocation annuelle spécifique versée par le CROUS. À 21 ans, une personne seule disposant de 600 € de revenus mensuels relève de la C2S gratuite, selon l'exemple officiel du portail dédié.
Analyse : un paradoxe de prix et d'accès
Les jeunes adultes paient, en valeur absolue, les cotisations les plus faibles du marché. La modulation des primes selon l'âge, autorisée pour les contrats individuels, place mécaniquement les moins de 30 ans en bas de l'échelle tarifaire. Le gel voté pour 2026 leur profite donc moins qu'aux tranches d'âge où les cotisations sont élevées et progressent vite.
Le point de bascule se situe ailleurs : à la sortie du statut étudiant et du rattachement au contrat familial. Le passage à une couverture individuelle intervient au moment où les revenus sont encore instables, ce qui explique la part importante de jeunes déclarés en cours d'adhésion plutôt que réellement dépourvus de couverture. Pour cette population, l'enjeu tient autant à l'accompagnement dans les démarches qu'au niveau du tarif. Comparer les garanties et choisir une mutuelle jeune calibrée sur des besoins de santé réels permet d'éviter aussi bien la surcouverture que le renoncement pur et simple.
Perspectives d'experts et lectures divergentes
Du côté des complémentaires, la Mutualité française, présidée par Éric Chenut, met en avant la hausse continue des dépenses de santé et les transferts de charges de l'Assurance maladie vers les organismes complémentaires pour justifier une pression tarifaire durable. Olivier Moustacakis, directeur général du comparateur Assurland, résume la mécanique : chaque taxe ou transfert de charge finit par se retrouver dans les primes.
Les associations de consommateurs adoptent une lecture différente. L'UFC-Que Choisir, s'appuyant sur des témoignages recueillis entre le 23 janvier et le 20 mars 2026, a chiffré à 106,21 € la hausse moyenne des cotisations sur l'année pour l'ensemble des contrats, et invite les assurés concernés à contester les augmentations au regard du gel légal. Pour les jeunes, dont les cotisations restent basses, le débat pèse moins sur le porte-monnaie que sur la décision même de souscrire.
Ce qu'il faut surveiller
Trois échéances méritent l'attention des jeunes assurés et de leurs familles. D'abord, l'issue des recours engagés contre le gel des tarifs, qui déterminera la marge de manœuvre des complémentaires en 2027, année où la nouvelle taxe pourrait produire ses premiers effets sur les primes. Ensuite, l'évolution du non-recours à la C2S, que les pouvoirs publics cherchent à réduire par des procédures simplifiées. Enfin, la trajectoire du reste à charge, sensible pour une population qui arbitre souvent entre soins et autres dépenses contraintes.
Pour un jeune adulte, la période de transition entre le contrat familial, la couverture étudiante et le premier contrat individuel constitue la fenêtre de risque principale. Vérifier son éligibilité à la C2S, comparer les formules et ajuster les garanties à ses besoins réels demeurent les leviers les plus concrets pour rester couvert sans surpayer.
Sources
- DREES, dossier sur la couverture complémentaire santé, données SRCV 2023, 2026.
- Union étudiante, enquête sur les conditions de vie étudiante, janvier 2026.
- Portail de la Complémentaire santé solidaire, service-public.
- Public Sénat, dossier sur les cotisations des complémentaires santé, 2026.
- UFC-Que Choisir, étude sur les hausses de cotisations 2026.
- Meilleurtaux, étude tarifaire mutuelle par département, décembre 2025.
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