Glencore accuse Radiant World de fausses factures, le négociant réclame 2 milliards
Glencore affirme détenir la preuve que le négociant de minerai de fer Radiant World a envoyé des factures et des courriels falsifiés à des banques. Radiant World et Sapphire Minmetals ont riposté en assignant le groupe suisse à Singapour pour 2 milliards de dollars.
Glencore a publié mardi 15 septembre, depuis son siège de Baar en Suisse, un communiqué qui fait basculer une affaire de financement du commerce dans le registre de l'accusation ouverte. Le groupe affirme détenir la preuve que le négociant de minerai de fer Radiant World et des sociétés liées ont adressé à plusieurs établissements financiers des factures et des contrats falsifiés, ainsi que des courriels fabriqués qu'ils présentaient comme émanant de salariés de Glencore.
Une quarantaine de minutes plus tard, Rakesh Sethi, président de Sapphire Minmetals, annonçait à Bloomberg que son groupe et Radiant World venaient d'assigner Glencore devant le tribunal de Singapour. Montant réclamé : 2 milliards de dollars. Les deux négociants se retrouvent donc simultanément accusés de fraude documentaire par leur principal partenaire commercial et demandeurs contre lui.
L'action Glencore a terminé la séance londonienne à 576 pence, en repli de 2,54 %, pour une capitalisation de 69,4 milliards de livres. Le communiqué étant arrivé peu avant la clôture, et le secteur minier ayant reculé le même jour (Antofagasta a cédé 2,37 %, Anglo American 0,69 %), cette baisse ne peut pas être attribuée au seul dossier Radiant World.
Glencore confirme des factures et des courriels falsifiés
Le texte publié par Glencore est bref et frontal. « Glencore a confirmé des preuves que ces sociétés ont envoyé des factures et des contrats falsifiés ainsi que des courriels fabriqués, dont elles prétendaient frauduleusement qu'ils provenaient de personnels de Glencore, à un certain nombre d'établissements financiers », écrit le groupe.
Le négociant suisse indique conduire une revue de ses activités passées avec Radiant World, Sapphire Minmetals et les sociétés associées. Il précise avoir cessé toute relation d'affaires avec elles et être sorti de l'ensemble de ses engagements. Sur les demandes adverses, la formule est sans nuance : « Ces demandes sont dénuées de fondement et nous les contesterons vigoureusement. » Glencore ajoute avoir subi des pertes et avoir été exposé à des risques du fait des agissements du groupe Radiant World, et annonce qu'il prendra « les mesures appropriées ».
Sur le plan comptable, Glencore renvoie à ses résultats semestriels : l'exposition aux deux négociants reste inférieure à son seuil de matérialité de 500 millions de dollars, et « en tenant compte des provisions déjà comptabilisées, nous sommes très en dessous de ce seuil ». Bloomberg avait chiffré fin août cette provision à environ 480 millions, un montant qui couvrait alors la totalité de l'exposition nette résiduelle.
Radiant World et Sapphire Minmetals réclament 2 milliards de dollars
La contre-attaque est venue par la voix de Rakesh Sethi. « Nous avons déposé devant le tribunal de Singapour contre Glencore pour 2 milliards de dollars », a déclaré par téléphone à Bloomberg News le président de Sapphire Minmetals, précisant que les deux sociétés unissaient leurs forces pour cette demande et refusant d'en dire davantage. Les deux négociants chiffrent collectivement à plus de 2 milliards les pertes qu'ils imputent aux agissements de Glencore.
Le chiffre a progressé au fil de l'été. Le Financial Times évoquait fin août une menace d'action à 1,4 milliard de dollars. Selon un courrier de Radiant World à Glencore cité par le quotidien britannique, dont les montants ont été confirmés par Bloomberg, Radiant World devrait 951 millions de dollars à Glencore, tandis que Glencore devrait 471 millions à Radiant World.
Le périmètre du litige fait lui même débat. Glencore considère Sapphire Minmetals comme faisant partie du même ensemble que Radiant World. Le président de Sapphire l'a publiquement contesté, soutenant que les deux sociétés sont distinctes. Les deux entités sont juridiquement séparées mais étroitement liées.
Mizuho dit avoir reçu une fausse confirmation de paiement
Le récit le plus précis du mécanisme reproché vient d'un document judiciaire déposé par Mizuho et consulté par Global Trade Review. La banque japonaise avait acheté en juin cinq créances à Radiant World, portant sur des ventes de minerai de fer, pour une exposition de 95,5 millions de dollars. Elle s'attendait à être payée par Glencore.
Le 31 juillet, Bloomberg révélait que Vitol, Cargill et Glencore avaient cessé de travailler avec Radiant World. Dans la foulée, selon la banque, Radiant World a mis Mizuho en copie d'un courriel adressé à Glencore demandant confirmation du paiement des créances, puis a transmis à Mizuho une prétendue réponse de Glencore confirmant le règlement. Intriguée que Glencore n'ait pas mis la banque en copie de sa réponse, Mizuho a contacté directement le négociant suisse pour le remercier de ce courriel.
Glencore a répondu qu'il n'avait jamais reçu le message de Radiant World et n'avait aucune trace des créances concernées. Dans les échanges suivants avec la banque, le groupe a indiqué que son analyse concluait que les courriels « avaient été générés frauduleusement ». Mizuho a demandé le placement de l'entité singapourienne de Radiant World sous administration judiciaire. Après une audience en urgence le 28 août, la Cour suprême de Singapour a interdit à la société de céder ses actifs autrement que de bonne foi dans le cours normal de ses affaires, de transférer des actions ou d'adopter une résolution de liquidation.
Intesa Sanpaolo a provisionné 200 millions d'euros
La liste des créanciers déborde largement le cas japonais. Les documents versés par Mizuho montrent que Deutsche Bank, Intesa Sanpaolo, KBC, Rio Tinto et Glencore sont également parties à sa demande. Deutsche Bank et la belge KBC avaient gelé certains comptes singapouriens du négociant. Reuters recensait début août une vingtaine de créanciers ayant enregistré des créances sur les actifs de Radiant World.
Le chiffre le plus parlant pour un épargnant européen est italien. Intesa Sanpaolo a indiqué en août avoir passé des provisions sur une exposition de 200 millions d'euros à Radiant World, tout en assurant que son résultat 2026 n'en serait pas affecté. À cette facture bancaire s'ajoutent les demandes de la plateforme de financement de factures Incomlend, qui réclame un peu plus de 34 millions après avoir avancé 31,7 millions de dollars en mai 2026 contre deux factures que Glencore lui a ensuite présentées comme déjà réglées, et celle du fonds LAM Trade Finance Group II, géré par Point Bonita Capital pour le compte de Jefferies, qui a obtenu de la Haute Cour de Londres un gel mondial d'avoirs de 499 millions de dollars.
Un négociant de 12 milliards de dollars perd ses équipes
Radiant World pesait, selon Bloomberg, environ 12 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel et traitait à son apogée près de 5 % du commerce mondial de minerai de fer. Son fondateur et actionnaire majoritaire, Pinkesh Nahar, 45 ans, se bat désormais pour la survie de l'entreprise.
Mardi également, Bloomberg rapportait une nouvelle vague de départs. Radiant World a perdu près de la moitié de ses négociants de minerai de fer en Chine et à Singapour, avec des départs supplémentaires à Londres et à Genève, tandis que Sapphire Minmetals réduisait ses effectifs en Chine et à Singapour. Certains salariés ont été licenciés, d'autres ont démissionné. Rakesh Sethi a confirmé mettre en pause toute nouvelle activité de négoce : « Je n'ai pas l'intention de faire de nouvelles affaires tant que je n'ai pas réglé ces choses. »
Radiant World a toujours nié tout manquement. Dans un communiqué du 31 juillet répondant à des « spéculations médiatiques », la société jugeait les accusations « inexactes et non étayées » et affirmait conduire ses activités « selon les standards commerciaux et juridiques les plus élevés ». Rio Tinto et Vale ont retiré le négociant de leurs listes de fournisseurs agréés, et la police de Singapour a confirmé enquêter, aux côtés du département de la Justice américain et de la CFTC.
L'assurance crédit et les fonds de créances de nouveau exposés
Pour un épargnant français, l'intérêt de ce dossier tient moins à Glencore qu'à la chaîne d'intermédiaires qui a financé ces cargaisons. Deux assureurs crédit majeurs, Zurich et Allianz Trade, ont confirmé à la presse spécialisée avoir couvert des opérations liées à Radiant World, selon Insurance Business. C'est la deuxième fois en un an que la formulation des polices d'assurance crédit est mise à l'épreuve par un effondrement de financement de matières premières, après le cas de l'équipementier automobile américain First Brands.
Le maillon faible désigné par tous les plaignants est le même : la facture. Le financement de créances commerciales repose sur un document dont l'authenticité est présumée et rarement vérifiée auprès du débiteur final. Ces créances alimentent des fonds de dette privée et des supports de trésorerie que les assureurs vie proposent en unités de compte. Un épargnant détenteur d'un contrat multisupport peut donc être exposé à ce type d'actif sans jamais lire le nom du négociant sous jacent.
La leçon opérationnelle est vérifiable dans un relevé de contrat : regarder si des supports de dette privée, de financement du commerce ou de créances court terme figurent dans l'allocation, et sous quelle proportion. Ces fonds affichent une volatilité faible jusqu'au jour où un débiteur conteste une facture.
Deux audiences d'ici la fin septembre
Le calendrier judiciaire va fournir les prochains éléments tangibles. L'audience suivante sur la demande d'administration judiciaire déposée par Mizuho est fixée au 23 septembre. L'affaire Incomlend, enregistrée à Singapour le 24 août sous la qualification de « délit de tromperie et entente par des moyens illicites », doit être examinée le 29 septembre.
Trois questions resteront ouvertes après ces audiences : le montant réel que Glencore finira par passer en pertes, la capacité de Radiant World et de Sapphire Minmetals à financer une procédure de cette ampleur alors qu'ils sont sous gel d'avoirs, et la réponse des assureurs crédit aux déclarations de sinistre de banques qui ont financé des documents contestés.
Sources
- Glencore, Update on past business activities involving Radiant World, communiqué du 15 septembre 2026, Baar
- Bloomberg, Radiant World Group Sues Glencore For $2 Billion, Executive Says, 15 septembre 2026
- Bloomberg, Glencore Says Radiant World Sent Falsified Invoices to Lenders, 15 septembre 2026
- Bloomberg, Radiant World Cuts More Jobs as Legal Challenges Mount, 15 septembre 2026
- Global Trade Review, Mizuho claims Radiant World faked Glencore emails, 15 septembre 2026
- Global Trade Review, Mizuho, Incomlend file court claims against embattled Radiant World, 28 août 2026
- Bloomberg, Glencore Took $480 Million Provision on Radiant World Exposure, 29 août 2026
- Bloomberg, How Radiant World's 'Prince' Has Banks Chasing Fake Invoices, 27 août 2026
- Bloomberg, Radiant World Sent Lender Fake Glencore Contracts, Lawsuit Says, 3 septembre 2026
- Bloomberg, Jefferies Fund Accuses Radiant World of Fraud Over Fake Invoices, 8 septembre 2026
- Insurance Business, Zurich and Allianz Trade named as insurers get dragged into Radiant World fraud row, 11 septembre 2026
- Financial Times, Glencore threatened with $1.4bn lawsuit from embattled trader Radiant, 28 août 2026
- Cotations de clôture du 15 septembre 2026, Bourse de Londres, via stockanalysis.com