Wall Street enchaîne les records, l'inflation américaine calme le marché
L'inflation américaine ralentit à 3,4 % sur un an en juillet, conformément aux attentes. Wall Street enchaîne les records, les valeurs de l'intelligence artificielle s'envolent et la Réserve fédérale renforce sa pause monétaire pour septembre.
Une inflation américaine qui revient dans le cadre attendu
L'indice des prix à la consommation aux États-Unis a progressé de 3,4 % sur un an en juillet, contre 3,5 % en juin, selon le Bureau of Labor Statistics. En données mensuelles, l'inflation se limite à 0,1 %. Ces chiffres tombent pile dans les estimations des économistes interrogés par Dow Jones. L'indice cœur, hors alimentation et énergie, recule légèrement à 2,5 % sur un an, après 2,6 % en juin.
Le reflux des prix de l'essence pour un deuxième mois consécutif pèse favorablement dans le bilan. Les coûts du logement marquent le pas à leur rythme le plus lent depuis 2021, même s'ils restent un point de friction. La lecture d'ensemble confirme un retour progressif de l'inflation vers une zone que les investisseurs jugent compatible avec une pause de la politique monétaire.
Wall Street s'offre de nouveaux records
La Bourse de New York a transformé l'essai. Le S&P 500 a gagné 0,26 % pour clôturer à 7 748,50 points, un nouveau sommet. L'indice affiche environ 13 % de progression depuis le début de l'année 2026. Le Nasdaq Composite a fait mieux encore, en hausse de 0,54 % à 26 588,49 points. Seul le Dow Jones a concédé un peu de terrain, reculant de 0,04 % à 53 770,27 points.
Huit des onze secteurs du S&P 500 ont terminé en territoire positif. L'immobilier (+1,08 %) et les technologies de l'information (+1,06 %) ont tiré la séance. L'indice de volatilité VIX a cédé 0,8 point à 14,45, son plus bas niveau depuis janvier, signe que la nervosité des opérateurs s'est dissipée.
L'intelligence artificielle relance la machine
Le moteur de la séance porte un nom : l'intelligence artificielle. CoreWeave, spécialiste du cloud dédié à l'IA, a bondi de 19 % après avoir relevé ses prévisions de dépenses d'investissement annuelles et dépassé les estimations de bénéfices du deuxième trimestre. Super Micro Computer a survolé le marché avec une progression de 19 %, portée par des prévisions de chiffre d'affaires pour l'exercice 2027 supérieures aux attentes.
Nebius Group a explosé de 34 %, IREN a gagné près de 10 % et Applied Digital a progressé de 4,9 %. Les fabricants de puces n'ont pas été en reste : Nvidia a ajouté 3 % et Micron Technology 4,9 %. L'indice sélectif des semi-conducteurs PHLX a avancé d'environ 2,5 %, tout en restant à quelque 15 % sous son record du 22 juin. Le momentum de l'IA efface ainsi, séance après séance, les doutes nés de la correction du printemps.
Les chiffres sont arrivés parfaitement en ligne. La réaction du marché est légèrement positive parce qu'il craignait une lecture plus mauvaise. On voit un marché qui juge que la Fed n'est pas poussée vers une hausse de ses taux.
Robert Pavlik, gestionnaire de portefeuille senior chez Dakota Wealth (Fairfield, Connecticut)
La Réserve fédérale conforte sa pause
Le marché des taux anticipe désormais 62 % de chances que la Réserve fédérale maintienne ses taux directeurs inchangés lors de sa réunion de septembre, selon l'outil FedWatch de CME Group. Avant la publication de l'inflation de juillet, les paris étaient partagés entre statu quo et resserrement. Le taux directeur évolue dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 %, après que trois membres du Comité ont voté pour une hausse lors de la dernière réunion, fin juillet.
Sur le marché obligataire, les rendements sont restés stables. Le taux du Trésor américain à dix ans s'est établi à 4,69 %, en hausse de moins d'un point de base. Le titre à deux ans, plus sensible aux anticipations monétaires, a cédé plus d'un point de base à 4,203 %, tandis que l'obligation à trente ans montait à 5,254 %. Le mouvement reflète un marché qui n'anticipe plus de resserrement immédiat.
Dans l'ensemble, il s'agit d'une publication conforme aux attentes qui laisse la voie ouverte à une pause de la Fed en septembre, sans toutefois être définitive. La décision de septembre dépendra désormais de la combinaison entre l'emploi d'août et l'inflation d'août.
Ian Lyngen, responsable des taux américains chez BMO Capital Markets
Les marchés européens marquent une pause après leurs records
De ce côté de l'Atlantique, l'ambiance est plus mesurée. Le STOXX 600 paneuropéen a cédé 0,16 % à 659,48 points, consolidant après ses récents records. L'Euro Stoxx 50 a reculé de 0,28 % aux alentours de 6 535 points, après avoir flirté avec un sommet intraday autour de 6 577 points. Les places européennes restent sous l'influence de l'inflation américaine et des signaux de la Fed, qui déterminent largement l'appétit pour le risque.
Pour les épargnants français, la séquence conserve une portée directe. L'embellie américaine soutient les valeurs technologiques détenues dans les contrats d'assurance vie en unités de compte et les plans d'épargne en actions. Le reflux de l'inflation renforce par ailleurs le scénario d'une pause monétaire mondiale, un contexte généralement porteur pour les actifs risqués comme pour la dette souveraine européenne.
Ce qu'il faut surveiller
L'attention bascule désormais vers l'indice des prix à la production de juillet, attendu jeudi, qui précisisera la dynamique des coûts en amont. La publication de l'emploi américain d'août et de l'inflation d'août, début septembre, constituera le véritable test pour la Fed. Entre les deux, les résultats trimestriels des géants de la technologie continueront d'orienter le sentiment.
Les tensions persistent aussi sur le front géopolitique. Le conflit entre les États-Unis et l'Iran reste volatil : un responsable iranien a indiqué qu'aucun progrès n'avait été enregistré dans les discussions visant à relancer l'accord intérimaire conclu en juin, tandis que les attaques contre le shipping se poursuivent. Une remontée brutale du pétrole suffirait à compliquer le scénario d'une inflation maîtrisée et à remettre en cause la pause monétaire.
Conclusion
L'inflation américaine de juillet délivre le message que les marchés attendaient : un ralentissement net, sans mauvaise surprise. Wall Street en a profité pour pousser ses indices à de nouveaux records, portée par l'engouement pour l'intelligence artificielle. La Réserve fédérale dispose désormais d'une marge pour marquer une nouvelle pause en septembre, à condition que les données d'août ne viennent contrarier ce tableau. La prudence reste de mise, mais le scénario d'un atterrissage en douceur conserve la faveur des investisseurs.