Revolut décroche sa licence bancaire française, mais le Livret A attendra
L'ACPR et la BCE ont agréé Revolut Bank S.A. le 10 août 2026. Les 8 millions de clients français basculeront sous la garantie française des dépôts. Le Livret A et le crédit immobilier, eux, restent suspendus à des conditions prudentielles non publiées.
La deuxième licence bancaire européenne de Revolut a été délivrée le 10 août 2026. L'agrément de plein exercice a été accordé à Revolut Bank S.A. au terme d'une instruction conjointe de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et de la Banque centrale européenne (BCE), la décision ayant été formellement adoptée par le conseil des gouverneurs de la BCE. La néobanque britannique cesse ainsi de servir le marché français sous le seul passeport européen adossé à son entité lituanienne.
Pour les 8 millions de clients français revendiqués par le groupe en juillet 2026, le changement est réel mais plus lent et plus étroit que ne le suggèrent les annonces relayées depuis trois jours. Le principal acquis porte sur la protection des dépôts. Les produits d'épargne réglementée, eux, supposent des étapes supplémentaires que l'agrément ne franchit pas à lui seul.
Ce que la garantie des dépôts change concrètement
Jusqu'ici, les avoirs des clients français de Revolut relevaient du fonds de garantie lituanien, l'établissement opérant depuis Vilnius. Le plafond était déjà de 100 000 euros par déposant, ce montant étant harmonisé dans toute l'Union européenne. La bascule vers le Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR) ne relève donc pas le plafond : elle change l'interlocuteur et la mécanique d'indemnisation.
La nuance compte davantage qu'il n'y paraît. En cas de défaillance, un épargnant français aurait dû faire valoir ses droits auprès d'un dispositif étranger, dans une autre langue et selon une autre procédure administrative. Le FGDR devenant compétent en propre, l'indemnisation suit désormais le régime applicable à n'importe quelle banque agréée en France.
La migration des comptes vers la nouvelle entité sera progressive. Le transfert d'un client d'un établissement à un autre suppose un préavis de deux mois, pendant lequel le titulaire conserve la faculté de refuser. Les IBAN devront évoluer, le code établissement étant appelé à changer avec la localisation française du compte. Les clients qui ont domicilié prélèvements et virements sur un IBAN lituanien auront donc une formalité à anticiper.
Livret A : l'agrément ne suffit pas
De nombreuses reprises de l'annonce présentent le Livret A et le LDDS comme immédiatement accessibles. La réalité juridique est plus exigeante. Depuis la loi de modernisation de l'économie du 4 août 2008, entrée en vigueur le 1er janvier 2009, tout établissement de crédit peut distribuer le Livret A, alors que le produit était auparavant réservé à La Banque Postale, aux Caisses d'épargne et au Crédit Mutuel. Cette banalisation ouvre un droit, elle ne dispense d'aucune formalité.
Pour commercialiser un Livret A, une banque doit signer une convention avec la Caisse des dépôts et consignations, l'organisme qui centralise une fraction des encours collectés et les affecte au financement du logement social et de la politique de la ville. Aucun élément public n'indique à ce jour que Revolut ait conclu cette convention, ni annoncé une date de lancement. L'agrément rend l'opération possible ; il ne la déclenche pas.
Un second facteur pèse plus lourd encore. Selon les informations de Bloomberg reprises en juillet, l'approbation française serait assortie de conditions prudentielles voisines de celles imposées à l'entité lituanienne. Revolut n'a pas rendu publiques les conditions attachées à l'agrément français.
La contrainte héritée de Vilnius
Le précédent est documenté. En juillet 2025, la BCE a signifié au conseil d'administration européen du groupe que Revolut Bank UAB, son entité lituanienne, ne pouvait plus lancer de nouveaux produits dans l'Espace économique européen. Le superviseur avait relevé des insuffisances dans le processus interne d'approbation des nouveautés, désigné en interne sous le nom de New Initiatives Approval Process, la cadence des lancements ayant dépassé la capacité de contrôle de la gouvernance.
La BCE a ordonné une revue indépendante des fonctions de risque, de conformité et juridique associées aux lancements, ainsi qu'un examen des effectifs, des compétences et de l'indépendance des équipes chargées de valider les produits. Les restrictions visaient également les acquisitions et l'ouverture de clientèle hors d'Europe. Elles portaient sur la seule entité lituanienne, non sur l'ensemble du groupe.
« Nous sommes en dialogue permanent et constructif avec nos régulateurs, dont la Banque centrale européenne, dans le cours normal de notre activité de banque pleinement agréée. »
Porte-parole de Revolut, cité par City AM
Le groupe indique avoir amélioré ses procédures internes de lancement au cours de l'année écoulée. Aucune confirmation officielle de la levée des restrictions n'a toutefois été rendue publique.
Le crédit immobilier se compte en années
Sur le prêt immobilier, l'entreprise elle-même invite à la patience. Interrogé lors de la présentation des comptes annuels, le directeur financier Victor Stinga a situé le déploiement de cette activité dans un horizon qui n'est « probablement pas une affaire de mois, mais plutôt des prochaines années ». Le groupe avait déjà refusé de communiquer un calendrier pour le crédit immobilier en Irlande.
Cette prudence s'explique par la nature du métier. Le crédit immobilier mobilise des fonds propres sur des durées longues, impose une maîtrise du risque de taux et suppose en France une expertise du cautionnement et de l'assurance emprunteur que les acteurs mobiles construisent lentement.
Un adversaire financièrement armé
La trajectoire financière du groupe reste solide. Sur l'exercice 2025, le chiffre d'affaires a progressé de 46 % pour atteindre 4,5 milliards de livres sterling, contre 3,1 milliards un an plus tôt. Le résultat avant impôt a bondi de 57 % à 1,7 milliard de livres, cinquième exercice bénéficiaire consécutif. Le nombre de clients particuliers atteignait 68,3 millions fin 2025, en hausse de 30 %, et les encours de clientèle, y compris ceux logés chez des partenaires, sont passés de 30,2 à 50,2 milliards de livres.
La France est devenue le marché européen le plus dynamique du groupe, avec 500 000 comptes ouverts au seul deuxième trimestre 2026 et un objectif de 10 millions de clients d'ici fin 2027. Revolut annonce plus d'un milliard d'euros investis en Europe de l'Ouest sur un an, plus de 600 recrutements dans la région et un siège pour l'Europe de l'Ouest à Paris en 2027. Le conseil d'administration de l'entité française est présidé par Frédéric Oudéa, ancien directeur général de Société Générale, et la direction pour l'Europe de l'Ouest revient à Béatrice Cossa-Dumurgier.
Ce que l'épargnant doit retenir
Le point d'attention porte sur la nature du compte. Revolut demeure, pour la majorité de ses utilisateurs français, une banque secondaire adossée à un compte courant. Les livrets réglementés obéissent à une logique différente : le Livret A, le LDDS et le LEP bénéficient d'une garantie directe de l'État, distincte du FGDR et sans plafond de 100 000 euros. Un épargnant qui transférerait un jour son Livret A vers un nouvel établissement ne modifierait ni son taux, fixé par les pouvoirs publics, ni son plafond, ni sa fiscalité.
La concurrence se jouera donc sur l'expérience et sur les services associés, non sur le rendement de l'épargne réglementée. Le taux du Livret A est fixé à 1,70 % depuis le 1er août 2026, quel que soit le distributeur.
Ce qu'il faut surveiller
- La publication éventuelle des conditions prudentielles attachées à l'agrément français, que Revolut n'a pas communiquées
- La signature d'une convention avec la Caisse des dépôts, préalable indispensable à toute distribution du Livret A
- Le calendrier de migration des comptes et le changement d'IBAN, avec le préavis de deux mois
- La levée, ou non, des restrictions de lancement de produits visant l'entité lituanienne
- L'ouverture du siège parisien en 2027 et le rythme effectif des recrutements annoncés
L'agrément du 10 août constitue une étape structurelle réelle pour le paysage bancaire français, où aucun acteur mobile n'avait encore atteint cette taille. Il déplace la supervision de Revolut vers Paris et Francfort et sécurise l'épargne de ses clients français sous un régime national. Il ne transforme pas encore la néobanque en distributeur d'épargne réglementée.
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