Au CES 2026 de Las Vegas, Hyundai Motor Group a créé l'événement en dévoilant une alliance technologique majeure. Boston Dynamics, sa filiale spécialisée en robotique, s'associe à Google DeepMind pour intégrer l'intelligence artificielle Gemini Robotics dans son robot humanoïde Atlas. Cette annonce marque l'entrée en production commerciale d'Atlas et positionne le groupe sud-coréen en concurrent direct de Tesla dans la course aux robots humanoïdes.
Une alliance stratégique entre géants de la tech
Le partenariat annoncé le 5 janvier 2026 réunit deux expertises complémentaires. Boston Dynamics apporte trois décennies d'expérience en robotique dynamique, tandis que Google DeepMind contribue ses modèles d'IA fondationnels Gemini Robotics.
« Nous construisons le robot humanoïde le plus performant au monde, et nous savions que nous avions besoin d'un partenaire capable de nous aider à établir de nouveaux types de modèles vision-langage-action. »
— Alberto Rodriguez, Directeur du comportement robotique chez Boston Dynamics
Carolina Parada, directrice senior de la robotique chez Google DeepMind, a souligné l'ambition du projet : « Nous visons à développer le modèle de fondation robotique le plus avancé au monde pour répondre aux besoins humains généraux. »
Gemini Robotics : l'IA qui anime Atlas
Les modèles Gemini Robotics permettent aux robots de percevoir leur environnement, de raisonner, d'utiliser des outils et d'interagir avec les humains. Construit sur Gemini 2.0, ce système multimodal ajoute les actions physiques comme nouvelle modalité de sortie pour contrôler directement les robots.
La recherche conjointe débutera dans les prochains mois et sera menée dans les laboratoires des deux entreprises. Boston Dynamics conserve la responsabilité du matériel, de la locomotion et de l'intégration système, tandis que DeepMind développe les modèles et les techniques d'entraînement destinés à généraliser les tâches.
Atlas : un robot humanoïde prêt pour l'industrie
Après des années de développement, Atlas entre enfin en phase de production commerciale. Les spécifications techniques impressionnent :
- 56 degrés de liberté avec des articulations à rotation complète
- Capacité de levage de 50 kg (110 livres)
- Portée de 2,3 mètres (7,5 pieds)
- Mains à taille humaine avec capteurs tactiles
- Vision à 360 degrés pour la détection de l'environnement
- Certification IP67 (étanchéité eau et poussière)
- Fonctionnement de -20°C à 40°C (-4°F à 104°F)
- Apprentissage de nouvelles tâches en moins d'une journée
Le robot peut également changer ses propres batteries de manière autonome et partager ses apprentissages avec d'autres unités Atlas en réseau.
Hyundai mise 26 milliards de dollars sur l'automatisation américaine
Le groupe sud-coréen a annoncé un investissement massif de 26 milliards de dollars aux États-Unis entre 2025 et 2028, soit 5 milliards supplémentaires par rapport aux engagements précédents. Cette somme inclut :
- Une usine de robotique capable de produire 30 000 humanoïdes par an d'ici 2028
- Un centre d'application robotique (RMAC) près de Savannah, Géorgie
- L'expansion de la production automobile aux États-Unis
- Une aciérie en Louisiane pour approvisionner les usines américaines
Hyundai prévoit de créer environ 25 000 emplois directs aux États-Unis grâce à ces initiatives.
Un calendrier de déploiement ambitieux
Les premières unités Atlas seront livrées en 2026 au RMAC de Hyundai et à Google DeepMind. Le carnet de commandes pour 2026 est déjà complet.
En 2028, Atlas sera déployé dans les usines Hyundai pour des tâches de séquençage de pièces — s'assurer que les composants automobiles sont placés aux bons endroits au bon moment. D'ici 2030, le robot prendra en charge l'assemblage de composants et les tâches impliquant des charges lourdes et des mouvements répétitifs.
La course aux robots humanoïdes s'intensifie
L'annonce de Hyundai intervient dans un contexte de concurrence féroce. Tesla a démarré la construction d'une usine dédiée à son robot Optimus au Texas, visant une capacité de 10 millions d'unités par an d'ici 2027. La production pilote d'Optimus V3 est déjà en cours à Fremont, avec un objectif d'un million d'unités fin 2026.
Figure AI, valorisé à 39 milliards de dollars après une levée de plus d'un milliard de dollars en Series C, a déployé ses robots Figure 02 chez BMW pendant 11 mois, chargeant plus de 90 000 pièces.
Philosophies différentes, marchés distincts
Les deux approches diffèrent sensiblement. Atlas, vendu autour de 420 000 dollars, cible les applications industrielles haute performance. Tesla Optimus vise un coût de production de 20 000 dollars, le positionnant pour une adoption massive.
Boston Dynamics peut s'appuyer sur l'expérience acquise avec ses robots Spot, opérationnels dans plus de 40 pays, et Stretch, qui a déchargé plus de 20 millions de colis depuis 2023.
Un marché en pleine explosion
Les analystes sont unanimes sur le potentiel du secteur. Goldman Sachs estime le marché des robots humanoïdes à 38 milliards de dollars d'ici 2035, multipliant par six ses prévisions précédentes. Morgan Stanley anticipe un marché de 5 000 milliards de dollars d'ici 2050.
MarketsandMarkets projette une croissance de 2,92 milliards de dollars en 2025 à 15,26 milliards en 2030, soit un taux de croissance annuel de 39,2 %. Le cas de base de Goldman Sachs table sur plus de 250 000 robots humanoïdes livrés en 2030, quasi exclusivement pour usage industriel.
Les moteurs de croissance
Plusieurs facteurs alimentent cette expansion :
- Progrès de l'IA : les modèles de langage robotiques accélèrent le développement
- Pénuries de main-d'œuvre : les industries cherchent des solutions d'automatisation
- Vieillissement démographique : notamment au Japon et en Europe
- Baisse des coûts : la production de masse réduit les prix unitaires
Ce que cela signifie pour les investisseurs
Pour les épargnants français exposés au secteur technologique, cette annonce confirme l'émergence d'un nouveau marché majeur. Les investisseurs peuvent considérer plusieurs angles :
Exposition directe : Hyundai Motor (KRX: 005380), Alphabet/Google (NASDAQ: GOOGL), Tesla (NASDAQ: TSLA) offrent une exposition aux principaux acteurs.
Chaîne de valeur : NVIDIA (NASDAQ: NVDA), partenaire de Hyundai pour l'infrastructure Physical AI, bénéficie de la demande en puces pour l'entraînement robotique.
Diversification sectorielle : Les ETF robotique et automatisation comme le Global X Robotics & AI ETF (BOTZ) ou le iShares Robotics and AI ETF (IRBO) offrent une exposition diversifiée.
Risques à surveiller
Les analystes de Morgan Stanley mettent en garde : l'écart entre les démonstrations impressionnantes et le déploiement à grande échelle reste important. 2026 ne sera probablement pas l'année des humanoïdes entièrement autonomes généralisés.
La Chine domine le domaine de la robotique IA, avec un soutien gouvernemental massif dans le cadre du 15e Plan quinquennal. Les investisseurs doivent surveiller la compétition sino-américaine dans ce secteur stratégique.
Conclusion
L'alliance entre Boston Dynamics et Google DeepMind, soutenue par les 26 milliards de dollars d'investissement de Hyundai aux États-Unis, marque une étape décisive dans la course aux robots humanoïdes. Avec une production planifiée de 30 000 unités par an d'ici 2028 et des déploiements industriels prévus, le groupe sud-coréen se positionne comme un acteur majeur face à Tesla. Pour les investisseurs, le secteur de la robotique humanoïde offre des perspectives de croissance significatives, à condition de composer avec les incertitudes technologiques et réglementaires qui accompagnent toute innovation de rupture.