Sécheresse : 74 départements en crise, l'arrosage des golfs plafonné à 350 m³ par semaine
Au 17 août 2026, 74 départements comptaient des zones en crise sécheresse. Le guide national limite alors l'arrosage des parcours aux seuls greens, à 350 m³ par semaine et par tranche de neuf trous. La ressource en eau devient une variable de valorisation.
La France traverse la sécheresse la plus étendue jamais enregistrée à cette période de l'année, et les propriétaires de parcours de golf en mesurent désormais le coût réglementaire. Au 17 août 2026, 74 départements comptaient des zones classées en crise selon VigiEau, l'outil public qui agrège les arrêtés préfectoraux de restriction, contre 67 le 9 août. Quinze départements figuraient en alerte renforcée, sept en alerte et trois en vigilance. À ce niveau de crise, le guide de mise en œuvre des mesures de restriction publié par le ministère de la Transition écologique pour 2026 réserve l'arrosage des golfs aux seuls greens, entre 20 heures et 8 heures, dans la limite de 350 m³ par semaine et par tranche de neuf trous.
Ce plafond chiffré déplace une question d'exploitation vers le terrain de l'investissement. Un domaine golfique tire ses recettes de cotisations, de droits de jeu et d'événementiel, toutes adossées à une surface jouable. Quand la ressource devient rationnée par arrêté, la capacité du site à produire ces recettes dépend d'une autorisation administrative renégociée chaque été.
Quatre niveaux, quatre régimes d'arrosage
Le dispositif français gradue les restrictions en quatre paliers. En vigilance, l'action publique se limite à la sensibilisation. En alerte, l'arrosage des terrains est interdit de 8 heures à 20 heures, avec une baisse du volume hebdomadaire comprise entre 15 % et 30 % et la tenue d'un registre de prélèvement. En alerte renforcée, seuls les greens et les départs restent arrosables entre 20 heures et 8 heures, la réduction des volumes atteignant au moins 60 % par l'interdiction d'arroser les fairways sept jours sur sept.
Le palier de crise resserre encore le cadre. Le guide national de 2026 fixe une double contrainte : le plafond volumétrique de 350 m³ hebdomadaires par tranche de neuf trous et une réduction d'au moins 80 % des volumes habituels, la dérogation tombant en cas de pénurie d'eau potable. La filière est visée nommément dans les tableaux de mesures, en référence à l'accord cadre golf et environnement signé en 2019 entre la Fédération française de golf et les ministères concernés.
Le plafond de crise épouse le seuil de survie des greens
La Fédération française de golf chiffre le besoin minimal de survie d'un green à 50 à 60 m³ par jour pour un parcours de neuf trous, et à 100 à 120 m³ par jour pour dix huit trous. Rapporté à la semaine, le plafond réglementaire de 350 m³ équivaut à 50 m³ par jour et par tranche de neuf trous. Le curseur administratif se cale donc exactement sur la borne basse de ce que la filière décrit comme le strict nécessaire agronomique.
La marge de manœuvre technique est mince. Les greens représentent 1 % à 2 % de la surface totale d'un parcours, selon la fédération, qui évalue la consommation nationale moyenne à 25 000 m³ par an et par tranche de neuf trous et indique que 70 % des installations consomment moins que cette moyenne. Le panorama fédéral situe par ailleurs le golf à 0,09 % des prélèvements d'eau réalisés en France, pour une surface irriguée limitée à 23 % de l'emprise des parcours et une consommation en repli de 14 % sur vingt ans.
Un cadre qui varie encore d'un département à l'autre
La lecture du plafond national bute sur une réalité administrative : les arrêtés cadres départementaux ne sont pas tous alignés. L'arrêté n° 2350-26-00077 pris par le préfet de l'Orne, qui s'appuie sur un cadre départemental de juillet 2023, retient une formulation différente pour le palier de crise. Il interdit l'arrosage des golfs, tout en autorisant la préservation des greens par un arrosage « réduit au strict nécessaire » entre 20 heures et 8 heures, « qui ne pourra représenter plus de 30 % des volumes habituels ». Aucun plafond en mètres cubes n'y figure.
L'écart n'est pas anecdotique pour un exploitant. Une réduction de 70 % adossée à la consommation historique du site laisse une latitude différente d'un plafond fixe de 350 m³, qui ignore la taille du parcours, sa nature de sol et son climat local. Deux domaines comparables situés de part et d'autre d'une limite départementale peuvent ainsi traverser le même épisode climatique sous deux régimes distincts. Pour l'acquéreur, la géographie administrative devient un paramètre de due diligence au même titre que le bilan hydrique du site.
L'accès autonome à l'eau devient un actif dans l'actif
Les exploitants les mieux placés cet été sont ceux qui se sont affranchis du réseau. Le golf de l'Estang, à Montauban, irrigue ses greens la nuit à partir des eaux usées traitées de la station d'épuration voisine. Au Bourgenay Golf Club, en Vendée, l'accès à un bassin de rétention communal alimenté par la station d'épuration permet de continuer à traiter les fairways. « C'est une véritable chance », résume Nicolas Tacher, directeur du club, cité par Golf Planète le 8 août 2026.
Ces montages restent minoritaires. Le panorama fédéral recense environ 3 % de parcours recourant à la réutilisation des eaux usées traitées et 10 % raccordés au réseau public, la majorité s'alimentant par forage. Le raccordement à une station d'épuration, la création de retenues et la modernisation des systèmes d'irrigation représentent des dépenses d'équipement lourdes, mais elles sécurisent la seule ressource qui conditionne l'exploitation. Pour l'investisseur qui étudie l'acquisition d'un domaine golfique, l'audit de la ressource en eau pèse désormais autant que l'examen du compte d'exploitation.
Une filière rentable mais exposée
L'enjeu économique justifie l'attention. Une étude Ernst & Young réalisée pour la filière évaluait le chiffre d'affaires du golf français à 1,5 milliard d'euros, pour environ 15 500 emplois, dont 8 900 directement liés aux parcours, et une contribution fiscale et sociale annuelle de 570 millions d'euros. La Fédération française de golf recensait 733 structures dans son inventaire 2025 et un record historique de 446 547 licenciés sur la même année, en hausse de 3,65 % par rapport à 2024.
La conjoncture d'exploitation, elle, s'est déjà tendue. Le benchmark du Groupement des entrepreneurs de golf français arrêté au 31 mars 2026 fait état d'un tassement du chiffre d'affaires moyen des activités golf de 1,5 %, attribué aux conditions météorologiques. Un été de restrictions prolongées pèse sur la fréquentation en droits de jeu, sur l'événementiel d'entreprise et sur les charges de remise en état des surfaces à l'automne.
Le contexte climatique ne se détend pas
Météo-France a confirmé le 4 août 2026 que juillet avait été le mois le plus chaud jamais enregistré dans le pays depuis le début des mesures en 1900, à 24,9 °C de température moyenne, devant août 2003 et ses 24,8 °C. L'anomalie thermique atteint 3,8 °C sur les moyennes et 5,2 °C sur les maximales, pour un déficit de précipitations proche de 70 %, troisième mois de juillet le moins arrosé après 2022 et 2020. L'établissement décrit des sols superficiels plus secs qu'en 2022 et 2025 à la même date.
La pression sur la ressource dépasse largement le sport. La ministre de la Transition écologique Monique Barbut a indiqué lors d'une réunion de suivi le 12 août que 40 000 habitants subissaient déjà des perturbations d'alimentation en eau potable. Cette hiérarchie des usages figure explicitement dans les arrêtés : la dérogation accordée aux greens tombe dès qu'une pénurie d'eau potable est constatée.
Ce qu'il faut surveiller
Trois échéances méritent l'attention des détenteurs de ce type d'actif. La recharge des nappes à l'automne conditionnera le point de départ de la saison 2027 et le niveau des arrêtés cadres qui seront reconduits au printemps. L'harmonisation des textes départementaux sur le plafond national de 350 m³ constituera le second signal, puisqu'elle déterminera le régime réellement applicable site par site. Le renouvellement du cadre conventionnel entre la fédération et l'État, dont la précédente version couvrait la période 2019 à 2024, fixera enfin les contreparties attendues de la filière en matière d'économies d'eau et de recours aux ressources alternatives.
Le capital institutionnel a repricé cette classe d'actifs en 2026, avec le rachat d'Invited Clubs par KSL Capital Partners pour près de 3 milliards de dollars dette comprise. En France, la valeur d'un parcours se joue désormais aussi sur un paramètre que l'exploitant ne contrôle qu'en partie : la quantité d'eau qu'un arrêté préfectoral l'autorise à mettre sur ses greens.