Géopolitique

L'Iran envisage des frappes en Europe, les Émirats coupent leur commerce avec Téhéran

L'Iran a envisagé de frapper des actifs militaires américains en Bulgarie et à Chypre en cas d'escalade, selon le Financial Times. Les Émirats suspendent tout commerce avec Téhéran. Le Brent monte à 91,52 dollars et relance la question d'une hausse des taux de la BCE en septembre.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite d'un détroit maritime resserré traversé de flux énergétiques interrompus, symbole du risque géopolitique pesant sur les marchés

L'Iran a étudié la possibilité de frapper des actifs militaires américains en Europe en cas d'escalade du conflit avec Washington, a rapporté le Financial Times le mercredi 19 août 2026, en citant des personnes proches du régime. Le même jour, les Émirats arabes unis ont suspendu l'intégralité de leurs échanges commerciaux et financiers avec Téhéran. Le baril de Brent cotait 91,52 dollars mercredi, en progression de 0,55 % sur la séance et de 36,92 % sur un an.

Une menace conditionnelle, décrite par des sources anonymes

Le quotidien britannique décrit un travail de planification subordonné à une initiative américaine. Selon ses sources, Téhéran n'envisagerait ces frappes qu'en réponse à une offensive d'ampleur, notamment si Donald Trump mettait à exécution ses menaces contre les infrastructures iraniennes. La base aérienne de Bezmer, en Bulgarie, qui accueille des appareils ravitailleurs américains, figure parmi les sites évalués, tout comme Chypre. Les câbles de fibre optique sous-marins du détroit d'Ormuz ont aussi été étudiés comme cible potentielle.

CNBC précise avoir sollicité le ministère iranien des Affaires étrangères et ne pas avoir vérifié l'information de façon indépendante. Début août, Forbes rapportait que des analystes des programmes balistiques jugeaient peu probable à court terme une attaque iranienne directe sur le territoire européen. Pour les marchés financiers, cette information agit avant tout comme une prime de risque supplémentaire sur l'énergie.

Abou Dabi ferme un canal d'importation vital pour Téhéran

Le ministère émirati des Affaires étrangères a annoncé mercredi que « l'ensemble des échanges commerciaux et des transactions financières avec l'Iran » étaient suspendus jusqu'à nouvel ordre, une décision prise « à la lumière des escalades qui compromettent la paix et la sécurité dans la région ». La veille, le ministère émirati de la Défense avait signalé le tir de deux missiles balistiques depuis l'Iran en direction de ses eaux territoriales, l'un retombant à l'extérieur, l'autre à l'intérieur de celles-ci.

Téhéran a rejeté ces accusations. Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaeil Baghaei, les a qualifiées de « sans fondement » et a évoqué une opération sous fausse bannière. La portée économique de la rupture est considérable. Environ un tiers des importations iraniennes transitent par les Émirats, pour l'essentiel via les circuits de réexportation de Dubaï, selon Al Jazeera et Iran International. Abou Dabi figure depuis deux décennies parmi les deux premiers partenaires commerciaux de la République islamique.

Ormuz reste le verrou du marché pétrolier

Le détroit d'Ormuz, passage maritime entre l'Iran et le sultanat d'Oman par lequel transite une large part du brut et du gaz du Golfe, concentre l'essentiel du risque. Donald Trump affirme que la voie est rouverte et placée sous contrôle américain, alors que le trafic observé reste très faible. Huit attaques contre des navires y ont été recensées depuis le début du mois, dont des bâtiments liés aux Émirats et à l'Arabie saoudite. Un cargo a été touché cette semaine à la sortie du détroit, faisant un mort selon les autorités maritimes britanniques.

Le président américain a indiqué mardi qu'aucune négociation n'était en cours avec Téhéran et qu'il n'entendait pas prolonger le cessez-le-feu de 60 jours arrivé à échéance lundi. Le mémorandum d'entente signé le 17 juin 2026 avait déjà volé en éclats en juillet. Le Brent enchaînait mercredi une quatrième séance de hausse consécutive.

Les projections des maisons d'analyse restent très dispersées. Goldman Sachs estimait en avril 2026 qu'une fermeture d'Ormuz prolongée d'un mois supplémentaire porterait le Brent au-dessus de 100 dollars en moyenne sur l'année, avec 120 dollars au troisième trimestre et 115 dollars au quatrième dans son scénario défavorable, contre 82 et 80 dollars en cas de normalisation. Son analyste Daan Struyven qualifiait alors la situation de « fluide ». Le baril a touché 100 dollars le 23 juillet avant de refluer vers les 91 dollars actuels.

Quel impact sur le gaz et l'électricité en Europe ?

Le contrat de référence européen sur le gaz, le TTF (Title Transfer Facility, place de cotation néerlandaise), évoluait autour de 62 euros le mégawattheure à la mi-août, au plus haut depuis trois semaines. Le GNL (gaz naturel liquéfié) représente environ 30 % des importations gazières européennes, et le Qatar, dont les cargaisons empruntent obligatoirement Ormuz, en fournissait près de 15 %. Les États-Unis assurent désormais près des deux tiers des livraisons de GNL vers l'Europe, contre 28 % en 2021.

Le calendrier aggrave cette exposition. Les stocks européens demeurent inférieurs à leur moyenne historique et progressent trop lentement pour atteindre confortablement les objectifs de remplissage fixés pour l'hiver. Les vagues de chaleur en Europe du Sud et en Europe centrale ont par ailleurs soutenu la production électrique au gaz, détournant des volumes du stockage.

La BCE peut-elle relever ses taux en septembre ?

La BCE (Banque centrale européenne) a maintenu ses trois taux directeurs à 2,25 % le 23 juillet 2026, à l'unanimité, tout en laissant ouverte l'option d'une hausse en septembre. L'inflation de la zone euro atteignait 2,8 % en juin 2026, au-dessus de la cible de 2 %.

« L'impact inflationniste complet du choc énergétique reste à venir », a déclaré Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, le 23 juillet 2026.

La présidente de l'institution a également averti que plus les prix de l'énergie restent élevés longtemps, plus ils risquent d'alimenter l'inflation générale par des effets indirects et des effets de second tour (transmission de la hausse des prix aux salaires, puis de nouveau aux prix). Elle a résumé en une formule la méthode retenue pour septembre : « la charge de la preuve appartient aux données ».

Livret A, OAT et fonds euros : les effets pour votre épargne

Le taux du Livret A est fixé à 1,70 % depuis le 1er août 2026, et celui du LEP (Livret d'Épargne Populaire) à 2,50 %. La formule réglementaire retient la moyenne arithmétique entre l'€STR (taux à court terme de la zone euro) et la moyenne semestrielle de l'inflation hors tabac. L'inflation française est remontée à 2,1 % en juillet 2026 et l'INSEE anticipe une progression régulière jusqu'à 2,7 % en décembre. MoneyVox estimait le 14 août que le Livret A se situerait entre 2,30 % et 2,40 % au 1er février 2027, et le LEP autour de 2,90 %.

Sur le marché obligataire, l'OAT (Obligation Assimilable du Trésor) à 10 ans évolue au-dessus de 4 %, un seuil franchi le 23 juillet pour la première fois depuis 2009, et cotait 4,01 % le 11 août. L'écart avec le Bund allemand oscille entre 80 et 90 points de base, contre une moyenne historique proche de 50 points. Le rendement américain à 30 ans a atteint 5,324 % mardi, son plus haut niveau depuis juin 2007. Ces niveaux améliorent le rendement futur des fonds euros des contrats d'assurance vie, dont l'actif est majoritairement obligataire, avec un décalage lié au renouvellement progressif des portefeuilles.

Côté actions, la Bourse de Paris a aligné cinq séances de baisse consécutives jusqu'au 18 août, pénalisée par les tensions au Moyen-Orient et par la fin du cessez-le-feu. L'euro se stabilisait autour de 1,16 dollar.

Les échéances à surveiller

  • Réouverture effective d'Ormuz : le trafic réellement observé, davantage que les déclarations officielles, déterminera la prime de risque intégrée au Brent.
  • Réunion de la BCE en septembre 2026 : deux relevés d'inflation, la croissance du deuxième trimestre et les anticipations des consommateurs alimenteront la décision.
  • Revue de Fitch sur la dette française le 28 août 2026 : elle interviendra avec une OAT à 10 ans installée au-dessus de 4 %.
  • Riposte iranienne éventuelle : les scénarios rapportés par le Financial Times restent conditionnés à une escalade militaire américaine.

Pour un épargnant français, l'enchaînement se lit sur trois canaux : le prix de l'énergie, qui alimente l'inflation et donc la rémunération future des livrets réglementés ; les taux longs, qui améliorent progressivement le rendement des fonds euros tout en renchérissant le crédit immobilier ; et les marchés actions, sensibles à toute nouvelle interruption du trafic maritime dans le Golfe.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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