Contexte et enjeux
Le président américain Donald Trump a signé mercredi 11 février 2026 un décret exécutif ordonnant au département de la Défense de conclure des contrats d’achat d’électricité à long terme avec des centrales à charbon, dans le but déclaré de renforcer la résilience du réseau électrique et la sécurité énergétique des installations militaires. Parallèlement, le département de l’Énergie a annoncé une enveloppe de 175 millions de dollars destinée à la modernisation de six centrales au charbon réparties dans cinq États.
Cette décision intervient alors que la part du charbon dans la production électrique américaine ne représente plus que 15 % environ, contre près de 50 % au début des années 2000. Les États-Unis sont en voie d’avoir fermé la moitié de leur capacité charbonnère d’ici fin 2026, passant de 318 GW en 2011 à environ 159 GW, selon l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA).
Pour les investisseurs et les épargnants, cette initiative soulève des questions fondamentales sur la trajectoire énergétique américaine, ses implications boursières et ses conséquences économiques à moyen terme.
Les faits clés
- Décret exécutif signé le 11 février 2026 : le secrétaire à la Défense, en coordination avec le secrétaire à l’Énergie, doit approuver des contrats d’achat d’électricité à long terme (Power Purchase Agreements) avec des centrales à charbon pour les installations militaires et les infrastructures critiques de défense.
- 175 millions de dollars alloués par le département de l’Énergie pour moderniser six centrales au charbon dans les États de Virginie-Occidentale, Ohio, Caroline du Nord, Kentucky et Virginie.
- Peabody Energy (NYSE : BTU) a progressé de 9,6 % en négociation post-marché. Le PDG de Peabody, James Grech, était présent à la Maison-Blanche lors de la signature du décret.
- La Tennessee Valley Authority (TVA) a voté à l’unanimité le maintien en exploitation de ses centrales au charbon de Cumberland et Kingston, initialement programmées pour fermer d’ici 2027.
- Aucun montant ni volume précis n’a été spécifié dans le décret pour les achats d’électricité du Pentagone.
Analyse approfondie
Le décret dans le détail
Le décret exécutif, signé lors d’un événement à la Maison-Blanche intitulé « Champion of Coal », ordonne au département de la Défense de privilégier les contrats d’approvisionnement électrique avec des centrales à charbon. La priorité doit être donnée aux projets renforçant la fiabilité du réseau, la prévention des pannes, la sécurité d’approvisionnement en combustible sur site et la continuité des missions pour les capacités de défense et de renseignement.
Le texte du décret justifie cette orientation par la nécessité de garantir que « le réseau électrique, dont dépendent les installations militaires, les opérations et la production industrielle de défense, reste résilient et fiable, et ne dépende pas de sources d’énergie intermittentes ». Toutefois, le décret ne précise ni les volumes d’électricité à acheter, ni les conditions financières, ni le calendrier de mise en œuvre.
L’enveloppe de 175 millions de dollars
En parallèle du décret, le département de l’Énergie a annoncé le déblocage de 175 millions de dollars pour financer des projets de prolongation de la durée de vie de centrales au charbon. Les six installations concernées sont situées dans cinq États : Virginie-Occidentale, Ohio, Caroline du Nord, Kentucky et Virginie. Ces fonds visent à moderniser les équipements existants pour maintenir leur exploitation au delà des échéances de fermeture initialement prévues.
Le cas TVA : un signal pour l’industrie
La décision de la Tennessee Valley Authority de revenir sur ses engagements de fermeture constitue un signal significatif pour le secteur. Ce service public fédéral, le plus grand des États-Unis, avait annoncé il y a deux ans la fermeture de ses centrales de Cumberland et Kingston, avec un remplacement prévu par des centrales au gaz naturel d’ici 2027. Le vote unanime du conseil d’administration, lors de la première réunion depuis la confirmation de quatre nouveaux membres nommés par le président Trump, témoigne d’un changement de cap institutionnel. La TVA invoque la croissance de la demande énergétique, alimentée par la croissance démographique et la prolifération des centres de données, ainsi que les évolutions réglementaires sous l’administration Trump.
Réactions des marchés et de l’industrie
Les valeurs charbonnères en hausse
L’annonce a immédiatement profité aux valeurs charbonnères. Peabody Energy (NYSE : BTU), premier producteur privé de charbon au monde, a bondi de 9,6 % en négociation post-marché. Alliance Resource Partners (NASDAQ : ARLP) et Hallador Energy (NASDAQ : HNRG) ont également enregistré des gains significatifs.
James Grech, PDG de Peabody Energy, présent à la cérémonie de signature à la Maison-Blanche, a déclaré que son entreprise « travaille avec l’administration sur le potentiel de construction de nouvelles centrales électriques alimentées au charbon ».
Les voix critiques
Le décret a suscité de vives réactions du côté des organisations environnementales et de certains experts en énergie. Laurie Williams, directrice de la campagne Beyond Coal du Sierra Club, a qualifié la mesure de « renflouement illégal des amis de l’industrie charbonnère avec l’argent précieux des contribuables ».
Matthew Davis, vice-président de la politique fédérale à la League of Conservation Voters, a averti que l’administration « risque d’augmenter davantage les prix de l’énergie pour les familles américaines qui peinent déjà à payer leurs factures ».
L’Union of Concerned Scientists a souligné l’existence d’alternatives « moins chères, plus propres et plus efficaces », déplorant que l’administration ait choisi le charbon tout en mettant fin au développement de nouveaux projets solaires et éoliens.
Implications pratiques
Pour les investisseurs particuliers
La hausse des valeurs charbonnères pourrait offrir des opportunités spéculatives à court terme, mais les fondamentaux du secteur restent fragiles. La part du charbon dans le mix électrique américain poursuit son déclin structurel, passant de 50 % au début des années 2000 à 15 % en 2025. Les contrats d’achat du Pentagone, dont les volumes ne sont pas précisés, pourraient constituer un soutien temporaire sans inverser la tendance de fond.
Les investisseurs exposés aux énergies renouvelables pourraient être pénalisés à court terme par le changement de politique, mais les dynamiques économiques de long terme continuent de favoriser les sources d’énergie à faible coût marginal comme le solaire et l’éolien.
Pour les marchés de l’énergie
L’impact structurel de ce décret dépendra de l’ampleur réelle des achats. Le Pentagone consomme environ 30 milliards de kWh par an, ce qui représente moins de 1 % de la consommation électrique totale des États-Unis. Même si la totalité de cette consommation était redirigée vers le charbon, l’effet sur la demande globale de charbon resterait limité.
En revanche, le signal politique est considérable : en couplant les achats militaires, l’enveloppe de modernisation et la décision de la TVA, l’administration crée un ensemble de mesures cohérentes de soutien à une industrie que les forces de marché continuent d’affaiblir.
Enjeux budgétaires et coûts
Plusieurs experts mettent en garde contre le coût de cette politique pour les contribuables et les consommateurs d’électricité. L’électricité au charbon figure parmi les sources les plus coûteuses, et les contrats à long terme avec des centrales au charbon pourraient verrouiller des prix supérieurs à ceux du marché pendant des années. Un ancien scientifique de l’EPA a rappelé que « le charbon a le pire bilan de fiabilité de toutes les formes d’énergie, avec deux fois plus d’arrêts imprévus et d’interruptions de production que l’éolien ».
Ce qu’il faut surveiller
À court terme (prochains jours) :
- Évolution des titres Peabody Energy (BTU), Alliance Resource Partners (ARLP) et Hallador Energy (HNRG) après l’effet d’annonce initial
- Publication des détails d’application du décret par le département de la Défense, notamment les volumes et les conditions financières des contrats
- Réactions du Congrès américain, où certains élus pourraient contester la légalité de ce décret
À moyen terme (prochaines semaines et mois) :
- Modalités de répartition de l’enveloppe de 175 millions de dollars entre les six centrales concernées
- Éventuels recours juridiques des organisations environnementales contre le décret
- Impact sur les décisions de fermeture d’autres centrales au charbon à travers le pays
- Effets sur les prix de l’électricité pour les ménages et les entreprises dans les régions concernées
Conclusion
Le décret exécutif signé par le président Trump constitue la mesure la plus volontariste de son administration en faveur de l’industrie charbonnère. En orientant les achats d’électricité du Pentagone vers le charbon et en débloquant 175 millions de dollars pour la modernisation de centrales, il offre une bouffée d’oxygène à un secteur en déclin structurel.
Toutefois, l’absence de détails sur les volumes et les conditions financières laisse planer des incertitudes sur la portée réelle de cette initiative. La consommation électrique du Pentagone, inférieure à 1 % du total national, ne saurait à elle seule inverser le déclin du charbon. L’évolution des cours boursiers des valeurs charbonnères dans les semaines à venir sera un indicateur clé de la perception du marché quant à l’efficacité réelle de cette politique.
Sources
Article rédigé le 12 février 2026. Les informations peuvent évoluer.