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Objets de collection : Heritage à 1,41 milliard de dollars, les cartes prennent le relais

Heritage Auctions a adjugé 1,41 milliard de dollars au premier semestre 2026, en hausse de 47 %. Les souvenirs sportifs bondissent de 308 % chez les trois grandes maisons et les cartes tirent le marché en ligne. Revers de l'engouement : 200 millions de contrefaçons interceptées.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de la montée en valeur des objets de collection et de la circulation des pièces authentifiées sur les marchés d'enchères

Le marché des objets de collection vient de signer son meilleur premier semestre. Heritage Auctions, première maison de ventes mondiale spécialisée dans les collectibles, a annoncé le 21 juillet 2026 avoir adjugé 1,41 milliard de dollars sur les six premiers mois de l'année, contre 962 millions un an plus tôt. La progression atteint près de 47 % et constitue le plus haut total de milieu d'année des cinquante ans d'existence de la maison texane.

La composition de ce chiffre compte davantage que son montant. La croissance ne vient pas des tableaux de maîtres mais des cartes à collectionner, des monnaies, des bandes dessinées et des souvenirs sportifs, trois segments longtemps considérés comme des loisirs plutôt que comme des actifs.

Un semestre à 1,41 milliard chez le spécialiste des collectibles

Le détail des adjudications d'Heritage décrit un marché élargi. La vacation numismatique de janvier a rapporté 63,38 millions de dollars, avec un dollar chinois de 1911 dit « dragon à moustaches courtes » à 4,88 millions et un dollar Draped Bust de 1804 à 3,538 millions. Côté sport, la vente Platinum Night d'hiver a totalisé 38,6 millions, portée par une carte Honus Wagner T206 de 1909 adjugée 3,599 millions.

La culture populaire complète le tableau : un exemplaire scellé de Super Mario Bros. adjugé 3 millions, un Action Comics n°1 restauré à 1,4 million, une carte Pikachu Illustrator notée PSA 9 à 1,4 million et une carte Pokémon de la première édition du Base Set notée PSA 10 à 1,219 million.

« Les collectionneurs ne tracent plus de frontières rigides entre la culture populaire et les catégories traditionnelles », observe Jim Halperin, coprésident d'Heritage Auctions.

Son associé Steve Ivy, président exécutif et coprésident, relie ce total au profil des acheteurs : selon lui, franchir 1,4 milliard de dollars pendant le premier semestre de la cinquantième année de la maison en dit long sur le collectionneur d'aujourd'hui.

Les souvenirs sportifs multiplient leur valeur par quatre

Le mouvement dépasse largement une seule maison. Selon le décompte du cabinet ArtTactic publié le 15 juillet, les ventes de souvenirs chez Christie's, Sotheby's et Phillips ont progressé de 308 % sur un an au premier semestre, à 96,1 millions. L'ensemble des collectibles de luxe, qui regroupe les montres, le design et les objets de mémoire, gagne 25 %.

Chez Christie's, le pôle luxe atteint 539 millions, en hausse de 15 %, et la dépense moyenne par enchérisseur en horlogerie bondit de 60 %, à 129 000 dollars. La dispersion de la collection de Jim Irsay, ancien propriétaire des Colts d'Indianapolis, a totalisé 105,2 millions de dollars, plus haut niveau jamais atteint pour une vente de souvenirs.

Ces chiffres s'inscrivent dans un rebond général des enchères. Christie's affiche 3,5 milliards de dollars de ventes publiques au premier semestre, en progression de 71 %, et Sotheby's 4,4 milliards de chiffre d'affaires total dont 826 millions de gré à gré. « Le luxe a été une excellente porte d'entrée pour les nouveaux acheteurs, et pour les plus jeunes », résume Bonnie Brennan, directrice générale de Christie's.

La liquidité se construit en ligne

Le second moteur se trouve sur les plateformes. eBay a publié le 5 août des ventes brutes de 22,4 milliards de dollars au deuxième trimestre, en hausse de 14 %. Les catégories prioritaires du groupe, dont les objets de collection, progressent de 26 % et dépassent pour la première fois 40 % du volume total. La direction attribue explicitement cette dynamique aux cartes à collectionner, avec une accélération sur le basket pendant les finales NBA et sur le football à l'approche de la Coupe du monde.

L'infrastructure suit. eBay a étendu au Royaume-Uni sa garantie d'authenticité sur les cartes, première implantation hors d'Amérique du Nord, son outil de reconnaissance visuelle a dépassé 80 millions de scans cumulés et les fiches produit intègrent désormais les indices Card Ladder, qui suivent la valeur par joueur, par personnage et par discipline. Sur sa place de marché Goldin, le trimestre a été un record.

Cette plateforme avait déjà vendu de gré à gré en avril une carte Michael Jordan de la série Upper Deck Game Jersey 1997-1998, signée et sertie d'un morceau de maillot, pour 4,25 millions de dollars, record pour une carte consacrée au seul joueur. « Cette carte représente une conjonction parfaite de rareté et d'importance historique », commentait alors Ken Goldin, fondateur et dirigeant de la maison.

Qui achète ? Des adultes, de plus en plus

Le glissement démographique explique une partie de la hausse. Selon les relevés du panéliste Circana, les adultes de dix-huit ans et plus, collectionneurs et amateurs de licences, représentent 35 % de la croissance du marché américain du jouet en 2026. Le marché mondial du jouet progresse de 14 % en valeur au premier semestre, sa meilleure performance depuis plusieurs années, et les ventes américaines gagnent 17 % en valeur pour 12 % en volume. Les jeux de cartes et les objets de collection figurent en tête des segments cités.

Autrement dit, une partie de la demande qui alimente les enchères à sept chiffres se forme en rayon, à quelques dizaines d'euros la boîte, avant de migrer vers les services de notation puis vers les salles de vente.

Deux cents millions de dollars de contrefaçons interceptées

Cette popularité attire aussi la fraude. Le service de notation PSA a publié le 7 mai un rapport consacré à l'année 2025 : il estime avoir intercepté des pièces contrefaites ou altérées représentant une valeur de marché supérieure à 200 millions de dollars. Les soumissions frauduleuses progressent de 45,3 % sur un an, avec une hausse de 125 % sur les cartes Pokémon et de 5,1 % sur les cartes de sport.

Certaines références concentrent le risque. Sur treize exemplaires de Honus Wagner T206 soumis, douze étaient faux, soit 92,3 %. La Mickey Mantle Topps 1952 affiche 61,9 % de contrefaçons (112 sur 181) et la Michael Jordan Fleer 1986 un quart des soumissions (821 sur 3 285). Ryan Hoge, président de l'activité de notation, juge son estimation prudente et situe le préjudice potentiel au-delà du milliard de dollars si les pièces avaient atteint les meilleures notes.

Le marché reste par ailleurs très polarisé. La semaine d'enchères automobiles de Monterey, close le 16 août, a établi un record à 747,9 millions, en hausse de 73 %, mais avec un taux de vente de 75 % et un prix moyen porté à 866 107 dollars. La hausse se concentre sur les pièces exceptionnelles, quand le milieu de gamme trouve difficilement preneur.

Ce que le droit français impose à l'épargnant

Pour un résident fiscal français, la revente d'un objet de collection relève de la taxe forfaitaire sur les objets précieux : 6 % du prix de cession, majorés de 0,5 % de contribution pour le remboursement de la dette sociale, soit 6,5 %. Les cessions inférieures ou égales à 5 000 euros échappent à cette taxe.

Le vendeur peut opter pour le régime des plus-values sur biens meubles, imposées à 19 % auxquels s'ajoutent 17,2 % de prélèvements sociaux, soit 36,2 %, avec un abattement de 5 % par année de détention à compter de la troisième. L'exonération devient totale au terme de vingt-deux ans, à condition de pouvoir justifier la date et le prix d'acquisition. Conserver factures, certificats et rapports de notation relève donc autant de la gestion patrimoniale que de la preuve d'authenticité.

Côté distribution, l'Autorité des marchés financiers rappelle que certaines offres de placement en biens divers doivent être enregistrées auprès d'elle pour être commercialisées légalement. Une liste blanche recense les offres enregistrées et des listes noires signalent les acteurs non autorisés. La détention directe expose au stockage, à l'assurance et à un marché de gré à gré étroit. Les formules intermédiées, à l'image de l'investissement en objets de collection, mutualisent la sélection, l'authentification et la conservation, en contrepartie d'une couche de frais et d'un calendrier de sortie fixé par le gestionnaire.

Ce qu'il faut surveiller

Le prochain test grandeur nature arrive le 16 septembre, avec la sortie mondiale simultanée de la série 30th Celebration du jeu de cartes Pokémon, vingt-sept références échelonnées jusqu'au début novembre et une distribution inhabituellement large. Un afflux d'offre de cette ampleur mesurera la solidité des prix récents sur le segment moderne, tandis que les pièces anciennes et notées jouent une autre partition.

Trois indicateurs méritent le suivi d'ici la fin de l'année : le taux de vente des grandes vacations d'automne, qui dira si la demande s'élargit au delà des trophées ; le rythme des interceptions de contrefaçons publié par les services de notation ; et la profondeur réelle du marché secondaire, seule mesure crédible de la liquidité pour un épargnant qui devra un jour revendre.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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