Entreprises

Ces dix actions chinoises qui alimentent les data centers américains de l'IA

Modules optiques, fibre, puces et serveurs : dix valeurs chinoises forment l'ossature cachée des data centers d'intelligence artificielle aux États-Unis. Innolight et Eoptolink fournissent à eux deux près de 60 % des modules 800G de Nvidia, alors que la fibre YOFC s'envole en Bourse de Hong Kong.

Rédacteur en chef, France Épargne
5 min de lecture902 vues
Visualisation abstraite d'un réseau de data centers reliés par des flux de fibre optique, symbolisant la chaîne d'approvisionnement chinoise de l'intelligence artificielle

Derrière les puces Nvidia et les capitaux de Microsoft, Amazon ou Google qui font la une, une partie de l'infrastructure physique des data centers américains dédiés à l'intelligence artificielle repose sur un maillon discret : les équipementiers chinois. Modules optiques, fibre, semi-conducteurs et serveurs assemblés en Chine irriguent la construction des centres de calcul outre-Atlantique, malgré la guerre technologique entre Washington et Pékin.

Cette dépendance s'explique par une réalité industrielle. Les fabricants chinois de modules optiques, ces composants qui transportent les données à très haut débit entre les processeurs graphiques d'un même cluster, assurent environ 70 % de l'offre mondiale selon les estimations sectorielles. Pour les investisseurs européens, ce segment ouvre une grille de lecture inhabituelle du boom de l'IA : la valeur ne se capte pas seulement à San Francisco, mais aussi à Shenzhen, Chengdu ou Wuhan.

Les rois cachés de l'optique : Innolight et Eoptolink

Zhongji Innolight (300308.SZ) est devenu le premier fabricant mondial de modules optiques. La société de Yantai a réalisé en 2024 un chiffre d'affaires de 23,86 milliards de yuans, soit environ 3,3 milliards de dollars. Sa particularité : ses revenus à l'international ont représenté 86,8 % des ventes en 2024, dont la majeure partie provient de l'Amérique du Nord. Autrement dit, l'essentiel de l'activité du leader mondial dépend directement des hyperscalers américains.

Eoptolink (300502.SZ), basée à Chengdu, occupe le deuxième rang mondial. Son chiffre d'affaires 2024 a atteint 8,65 milliards de yuans (environ 1,2 milliard de dollars), en progression d'à peu près 175 % sur un an. Sa marge nette, proche de 33 %, demeure la plus élevée parmi les assembleurs de modules cotés. Au premier semestre 2025, la dynamique s'est accélérée : le chiffre d'affaires a bondi de 282,6 % et le bénéfice net de 355,7 %.

Ensemble, ces deux groupes fourniraient environ 60 % des volumes de modules optiques 800G de Nvidia, selon les vérifications de chaîne d'approvisionnement réalisées par les analystes du secteur. Ils contrôlent ainsi une partie de la tuyauterie indispensable aux grappes de calcul américaines.

La fibre et les composants : YOFC, Accelink, Huagong Tech

La demande explosive de connectique tire un autre pan de la cote chinoise. Yangtze Optical Fibre and Cable (6869.HK), spécialiste de la fibre, illustre la frénésie boursière : le titre a atteint un sommet intraséance de 282 dollars de Hong Kong le 22 juin 2026, multiplié par plus de dix depuis son point bas de 2025. La demande mondiale de fibre pour data centers a progressé de 75,9 % en 2025, à 69,6 millions de kilomètres-cœurs.

Accelink Technologies (002281.SZ) conçoit les puces optoélectroniques, dispositifs et modules utilisés dans les réseaux de centres de données. Huagong Tech, basée à Wuhan, a pour sa part lancé en mars 2026 un module XPO de 12,8 térabits présenté comme une première mondiale. Ces fournisseurs de composants forment la couche intermédiaire, souvent invisible, des réseaux haute capacité.

Le silicium domestique : Cambricon, SMIC, Hua Hong

La montée en puissance des puces chinoises constitue le troisième pilier. Cambricon (688256.SS), souvent présentée comme le rival local de Nvidia, vise 500 000 accélérateurs d'IA livrés en 2026, contre 116 000 l'an dernier. Au premier trimestre 2026, son chiffre d'affaires a progressé de 160 % sur un an. Son cours, autour de 1 453 yuans le 24 juin 2026, reflète l'engouement spéculatif pour le thème.

En amont, les fonderies SMIC et Hua Hong Semiconductor tournent à plein régime : la première affichait un taux d'utilisation de 93,1 % au premier trimestre 2026, la seconde de 99,7 % en 2025. Leur essor accompagne un mouvement de fond : sur les quatre premiers mois de 2026, la Chine a exporté 117 milliards de circuits intégrés pour 103,5 milliards de dollars, soit une hausse de 83,7 % en valeur sur un an.

Serveurs et opérateurs : IEIT, Lenovo, GDS

L'assemblage des serveurs et l'exploitation des centres complètent ce panorama. IEIT Systems (anciennement Inspur, 000977.SZ) et Lenovo (0992.HK) sont considérés comme les principaux bénéficiaires de la localisation de l'écosystème de serveurs d'IA, leurs carnets de commandes se tendant à mesure que la demande de calcul augmente. Du côté de l'hébergement, GDS Holdings (GDS) a enregistré environ 200 mégawatts de nouvelles réservations de gros au premier trimestre 2026, tandis que son concurrent VNET signait plus de 500 mégawatts.

Une exposition à double tranchant

Cette imbrication des chaînes de valeur nourrit deux lectures opposées. Pour les optimistes, ces sociétés captent une part structurelle des dépenses d'investissement liées à l'IA, estimées à plus de 70 milliards de dollars rien que pour les géants chinois en 2026, et bénéficient d'une demande américaine qui dépasse leurs capacités de production. Plusieurs titres optiques chinois ont vu leur chiffre d'affaires cumulé grimper de 65 % sur les trois premiers trimestres 2025.

Pour les prudents, le risque géopolitique reste central. Tout durcissement des contrôles à l'exportation, toute mesure de rétorsion ou toute exigence de relocalisation côté américain pourrait rompre ces flux du jour au lendemain. La concentration des revenus d'Innolight sur l'Amérique du Nord, atout aujourd'hui, deviendrait alors une vulnérabilité. La valorisation tendue de valeurs comme Cambricon ou YOFC traduit par ailleurs un optimisme déjà largement intégré dans les cours.

Ce qu'il faut surveiller

Trois variables conditionneront la trajectoire de ces dossiers : l'évolution des restrictions commerciales entre Washington et Pékin, le rythme réel des livraisons de modules 1,6T qui prennent le relais du 800G, et la capacité des fonderies chinoises à améliorer leurs rendements pour soutenir la production de puces. Pour l'épargnant français, l'exposition passe surtout par des fonds ou des trackers thématiques sur l'IA et les semi-conducteurs, l'accès direct aux marchés de Shenzhen ou de Hong Kong restant complexe.

Cet article constitue une analyse à visée informative et ne constitue pas un conseil en investissement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Tags :

#chine#data-centers#intelligence-artificielle#modules-optiques#semi-conducteurs#innolight#cambricon#nvidia#actions-chinoises#bourse-hong-kong

À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

Approfondir avec nos guides