Nike s'effondre de 15 % en Bourse malgré des résultats supérieurs aux attentes
L'action Nike a plongé de 15 % après la publication de résultats trimestriels pourtant supérieurs aux attentes. La perspective d'une chute de 20 % des ventes en Chine et l'impact des droits de douane ont éclipsé la bonne tenue du chiffre d'affaires.

Le géant américain de l'équipement sportif Nike a vu son cours de Bourse s'effondrer de plus de 15 % le 1er avril 2026, atteignant un plus bas de neuf ans à 44,63 dollars par action. Paradoxe cruel pour le numéro un mondial : les résultats du troisième trimestre fiscal dépassaient les prévisions des analystes. Ce sont les perspectives annoncées lors de la conférence téléphonique qui ont déclenché la vague de ventes massives.
Des résultats trimestriels solides, mais insuffisants pour rassurer
Sur la période de décembre 2025 à février 2026, Nike a dégagé un bénéfice par action de 0,35 dollar, contre un consensus de 0,29 dollar. Le chiffre d'affaires s'est établi à 11,28 milliards de dollars, légèrement au-dessus des 11,26 milliards attendus par Wall Street. En Amérique du Nord, le segment wholesale (ventes en gros) a progressé de 5 %, tandis que les ventes totales de la région affichaient une hausse de 3 %.
Toutefois, le bénéfice net a reculé de 35 % pour s'établir à environ 520 millions de dollars. La marge brute s'est contractée de 130 points de base, passant de 41,5 % à 40,2 %, sous l'effet conjugué des droits de douane nord-américains et de promotions agressives destinées à écouler les stocks excédentaires. Les flux de trésorerie opérationnels ont chuté de 68 % sur un an, tombant à 579 millions de dollars.
La Chine, talon d'Achille du Swoosh
Le véritable signal d'alarme est venu de la Grande Chine. Les ventes de la région ont reculé de 7 % à 1,62 milliard de dollars, marquant un septième trimestre consécutif de contraction. Ce marché représente environ 15 % du chiffre d'affaires mondial du groupe.
Le directeur financier Matt Friend a averti que les ventes en Chine devraient encore plonger de 20 % au quatrième trimestre fiscal, soit le pire recul trimestriel enregistré par Nike dans cette région depuis la pandémie. Les consommateurs chinois se tournent de plus en plus vers les marques nationales Anta et Li Ning, portés par un sentiment de fierté locale et des prix plus compétitifs.
Des perspectives globales qui douche l'optimisme
Pour le quatrième trimestre fiscal, Nike anticipe un recul du chiffre d'affaires compris entre 2 % et 4 %, soit un objectif de 10,66 à 10,88 milliards de dollars. Wall Street tablait sur une progression de 1,9 % à 11,24 milliards. L'écart entre les prévisions internes et les attentes du marché a constitué le principal catalyseur de la chute du titre.
Droits de douane et conflit iranien : la double peine
Les marges de Nike subissent une pression croissante liée aux droits de douane nord-américains sur les produits importés de Chine, qui atteignent désormais 30 % pour certaines catégories. Le groupe accélère le transfert de sa production vers le Vietnam et l'Indonésie, mais cette transition génère des coûts logistiques supplémentaires.
Le conflit au Moyen-Orient ajoute une couche d'incertitude. Le directeur financier a évoqué une « volatilité imprévue liée aux perturbations au Moyen-Orient, à la hausse des prix du pétrole et à d'autres facteurs ». Le cours du Brent a bondi de 7,6 % à 108,89 dollars le baril après le discours du président Trump le 1er avril, menaçant de frapper l'Iran « extrêmement fort » dans les prochaines semaines. Cette flambée pétrolière renchérit les coûts de transport maritime et pèse sur le pouvoir d'achat des consommateurs.
Un redressement qui tarde selon les analystes
Dix-huit mois après sa nomination, le PDG Elliott Hill peine à convaincre les investisseurs que sa stratégie porte ses fruits. « Ce travail est complexe, et certains aspects prennent plus de temps que je ne le souhaiterais », a-t-il reconnu. Le programme « Project Amplify », qui vise à relancer l'innovation produit face à la concurrence de Hoka et On Running, n'a pas encore produit d'effets mesurables sur les résultats.
Converse, la filiale historique, continue de souffrir avec un effondrement de 35 % de ses ventes. Nike Direct (ventes en ligne et magasins propres) a reculé de 7 %, tandis que le segment digital a cédé 9 %. Le groupe a également supprimé 775 postes pour accélérer l'automatisation de ses processus.
« Les progrès sont inégaux selon les segments, mais les domaines que nous avons priorisés en premier continuent de générer de la dynamique. »
Elliott Hill, PDG de Nike
Vague de dégradations à Wall Street
La publication a déclenché une cascade de révisions baissières parmi les analystes. JPMorgan a abaissé sa recommandation de « surpondérer » à « neutre » et réduit son objectif de cours de 86 à 52 dollars. Bank of America Securities a suivi la même trajectoire, passant de « achat » à « neutre » avec un objectif ramené de 73 à 55 dollars. Citigroup a réduit sa cible à 53 dollars, Stifel à 56 dollars, Truist à 57 dollars et Barclays à 67 dollars.
Selon JPMorgan, les marges ne devraient se redresser qu'à partir de l'exercice 2027, la rentabilité normalisée n'étant pas attendue avant 2029. Le cabinet Truist estime que le « redressement reste chaotique » et que « la pression devrait persister » tout au long de l'année.
Quels enseignements pour les investisseurs ?
Le consensus des 24 analystes couvrant Nike affiche encore une recommandation « achat » avec un objectif moyen de 75,25 dollars, ce qui implique un potentiel de hausse de 46 % par rapport au cours actuel. L'écart entre cet objectif médian et le cours de Bourse reflète la conviction d'une partie du marché que le redressement finira par porter ses fruits, mais à un horizon bien plus lointain que prévu.
Le titre Nike a perdu 17 % depuis le début de l'année et évolue désormais à son plus bas niveau depuis 2017. La capitalisation boursière est passée sous les 70 milliards de dollars, contre plus de 120 milliards il y a un an. Pour les investisseurs exposés au secteur de la consommation discrétionnaire, le dossier Nike illustre un phénomène récurrent : dans un environnement marqué par l'inflation, les tensions géopolitiques et les droits de douane, même les entreprises qui dépassent les attentes à court terme peuvent être sanctionnées si leur trajectoire à moyen terme déçoit.
Les prochains trimestres seront déterminants. La capacité de Nike à endiguer l'hémorragie en Chine, à ramener Converse sur le chemin de la croissance et à protéger ses marges face aux droits de douane conditionnera le succès du plan de redressement d'Elliott Hill. Les analystes suivront particulièrement les premiers retours commerciaux du programme « Project Amplify » et l'évolution de la part de marché face à Hoka et On Running dans le segment de la course à pied.

