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Taux réel américain à 3,07 %, au plus haut depuis 2010 : le bitcoin cale sous 77 000 dollars

Le rendement réel à 30 ans du Trésor américain a atteint 3,07 % le 11 septembre 2026, son plus haut niveau depuis 2010. Le bitcoin a clôturé sous 77 000 dollars, après 462,7 millions de dollars de sorties nettes en quatre séances sur les fonds indiciels cotés américains.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite de structures cristallines numériques se dissolvant dans une courbe de rendement ascendante, en bleu profond et vert émeraude

Le rendement réel à 30 ans du Trésor américain a atteint 3,07 % le 11 septembre 2026, le niveau le plus élevé depuis le lancement de cette série statistique en 2010. Ce taux est celui des TIPS (Treasury Inflation Protected Securities, obligations d'État américaines dont le capital est indexé sur l'inflation) : il mesure ce que rapporte un prêt à l'État fédéral une fois la hausse des prix déduite.

Le bitcoin est repassé sous 77 000 dollars au cours de la même séance, avec un point bas à 76 393 dollars. Il s'échangeait à 77 297 dollars le 13 septembre à 18 heures UTC, soit 66 566 euros, en repli de 3,05 % sur sept jours et de 38,7 % par rapport à son record de 126 080 dollars du 6 octobre 2025 (source : CoinGecko).

Les fonds indiciels cotés américains adossés au bitcoin ont enregistré 462,7 millions de dollars de sorties nettes en quatre séances consécutives, du 8 au 11 septembre, selon les relevés de Farside Investors. Ces retraits accompagnent la remontée des rendements obligataires.

Le rendement réel à 30 ans franchit 3 % pour la première fois

La courbe des taux réels publiée chaque jour par le Trésor américain donne 3,07 % sur l'échéance 30 ans au 11 septembre, contre 2,96 % le 8 septembre. Sur 10 ans, le rendement réel s'établit à 2,60 %. Les maxima annuels antérieurs de cette série plafonnaient à 2,75 % en 2025, 2,56 % en 2023 et 2,26 % en 2010.

Le rendement nominal suit la même pente. Le 30 ans a touché 5,37 % le 10 septembre, un niveau qu'il n'avait plus atteint depuis le 15 février 2002. Le 10 ans a clôturé à 4,96 % le 11 septembre, son plus haut de l'année, à deux centièmes de point du pic d'octobre 2023. Le 2 ans termine la semaine à 4,63 %.

Deux chiffres d'inflation ont rouvert le débat

Le BLS (Bureau of Labor Statistics, l'institut statistique du travail américain) a publié le 10 septembre l'indice des prix à la production d'août : 0,4 % sur un mois en données corrigées des variations saisonnières, 5,4 % sur douze mois. Hors alimentation, énergie et services commerciaux, la progression ressort à 4,7 % sur un an.

L'indice des prix à la consommation, diffusé le lendemain, affiche 0,4 % sur un mois et 3,4 % sur douze mois. Sa composante sous-jacente, hors alimentation et énergie, avance de 2,4 % sur un an. L'écart d'un point entre l'indice général et sa composante sous-jacente situe la pression sur l'énergie et l'alimentation davantage que sur les services.

La Fed devant son premier relèvement depuis juillet 2023

Le comité de politique monétaire de la Réserve fédérale se réunit les 15 et 16 septembre, une réunion assortie d'une mise à jour des projections économiques de ses membres selon le calendrier officiel de l'institution. Le taux des fonds fédéraux évolue dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 % depuis la baisse du 11 décembre 2025. Le dernier relèvement remonte à juillet 2023, quand la fourchette avait été portée à 5,25 % / 5,50 %.

Les contrats à terme suivis par l'outil FedWatch du CME (Chicago Mercantile Exchange, principale place de contrats à terme sur taux américains) situaient autour de 85 % la probabilité d'une hausse de 25 points de base (un point de base vaut un centième de point de pourcentage) au 12 septembre, contre environ 70 % avant la publication des prix à la consommation.

Deux positions coexistent au sein du comité

Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale, a posé le cadre lors du symposium de Jackson Hole le 28 août. « Nous devons avoir la certitude que l'inflation sous-jacente converge vers notre objectif, clairement et à une vitesse suffisante. Sinon, nous avons du travail à faire », a-t-il déclaré. Il a relevé que l'indice PCE (Personal Consumption Expenditures, l'indice des prix des dépenses de consommation des ménages), mesure privilégiée par l'institution, s'établissait à 3,7 % sur douze mois, et que « les progrès des deux dernières années ont été modestes ».

Christopher Waller, gouverneur de la Réserve fédérale, a exposé une lecture différente le 3 septembre, lors d'un entretien Reuters NEXT à Washington. Il s'est dit « enclin » à maintenir les taux inchangés si l'inflation reflue, puis a posé la limite : « Si l'inflation ressort élevée, j'envisagerais une hausse de taux. » Il se déclare « prêt à attendre et à faire preuve de patience », avec une réserve : « Mais si la tendance s'inverse, alors il est temps d'appuyer sur la détente et de relever les taux. »

La BCE a déjà tranché

Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base le 10 septembre, avec effet au 16 septembre. Le taux de la facilité de dépôt passe à 2,50 %, celui des opérations principales de refinancement à 2,65 % et celui de la facilité de prêt marginal à 2,90 %.

L'institution justifie sa décision par des tensions inflationnistes liées au conflit au Moyen-Orient. Ses projections de septembre retiennent une inflation de 3,0 % en 2026, ramenée à 2,1 % en 2028. L'euro s'échangeait à 1,1592 dollar le 11 septembre, contre 1,1652 le 9 septembre selon le cours de référence de la BCE.

Où sont partis les 462,7 millions de dollars

Le détail séance par séance donne 46,6 millions de dollars de sorties le 8 septembre, 120,2 millions le 9, 282,7 millions le 10 et 13,2 millions le 11. Le fonds ARKB porte l'essentiel du mouvement avec environ 250,3 millions de dollars retirés, devant GBTC (129,1 millions), IBIT (52,5 millions) et FBTC (50,7 millions). Le fonds MSBT a collecté 19,7 millions sur la même période.

L'encours total de ces fonds atteignait environ 97,58 milliards de dollars après la séance du 11 septembre, d'après SoSoValue. Les retraits de la semaine représentent moins de 0,5 % des actifs sous gestion, après une semaine antérieure marquée par une collecte proche du milliard de dollars.

Quelles conséquences pour un épargnant français ?

Le baromètre 2026 de l'ADAN (Association pour le développement des actifs numériques), publié le 11 avril avec Ipsos, chiffre à 11 % la part des Français détenant des cryptoactifs. Parmi eux, 66 % détiennent du bitcoin et 39 % de l'ether. Huit détenteurs sur dix possèdent moins de 5 000 euros d'actifs numériques, pour un âge moyen de 39 ans.

La comparaison se fait désormais avec des placements rémunérés. Le Livret A sert 1,70 % depuis le 1er août 2026 et le LEP (Livret d'épargne populaire, accessible sous conditions de revenus) 2,50 %, taux arrêtés par Roland Lescure, ministre de l'Économie, sur proposition du gouverneur de la Banque de France Emmanuel Moulin. La dette souveraine européenne s'est elle aussi renchérie : le rendement moyen des emprunts d'État français à 10 ans atteignait 4,00 % en août 2026, contre 3,68 % en juin.

Bitget situe le support technique à 76 270 dollars

Joel Kruger, stratège chez LMAX Group, juge que « les marchés sont déjà positionnés pour une Fed plus restrictive », ce qui atténuerait l'effet d'une hausse largement anticipée. Lewis Huang, analyste chez Bitget, identifie 76 270 dollars comme « un niveau de support technique important » pour le bitcoin.

Le repli hebdomadaire reste circonscrit. Sur trente jours, le bitcoin progresse encore de 22,8 %. L'indice CoinDesk 20 a reculé d'environ 3 % le 11 septembre, avec 95 des 100 valeurs du CoinDesk 100 en baisse. Le zcash a perdu près de 12 % à environ 1 134 dollars et le XRP 3 % à 1,34 dollar. Les actions américaines ont suivi une trajectoire inverse : le S&P 500 a clôturé à 7 656,98 points, en hausse de 0,86 %.

À surveiller cette semaine

  • La décision de la Réserve fédérale le 16 septembre, puis la conférence de presse de Kevin Warsh.
  • L'entrée en vigueur des nouveaux taux de la BCE, le même jour.
  • Le seuil de 76 270 dollars sur le bitcoin, cité par Bitget comme support technique.
  • La reprise ou l'arrêt des sorties sur les fonds indiciels cotés américains adossés au bitcoin.
  • Le rendement réel à 30 ans : un maintien durable au-dessus de 3 % renchérirait le coût d'opportunité de tout actif sans revenu récurrent.

L'ajustement en cours dépasse le seul bitcoin. Quand un emprunt d'État à 30 ans garantit 3,07 % au-dessus de l'inflation, la prime exigée pour détenir un actif volatil et non rémunéré augmente mécaniquement. La décision du 16 septembre déterminera si cette courbe de taux réels poursuit sa hausse.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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