Lululemon chute de 17,4 % : un remboursement douanier masquait la baisse des ventes
L'action Lululemon a perdu 17,38 % vendredi, à son plus bas niveau depuis huit ans, après un deuxième abaissement des prévisions annuelles. Le bénéfice par action de 2,92 dollars intègre 0,86 dollar de remboursement de droits de douane américains.
L'action Lululemon a perdu 17,38 % vendredi 4 septembre à Wall Street, pour terminer à 100,61 dollars, son plus bas niveau depuis huit ans. Le fabricant de vêtements de sport, dont le siège est à Vancouver, avait abaissé la veille au soir ses prévisions annuelles de chiffre d'affaires et de bénéfice, pour la deuxième fois de l'année, quatre jours avant l'arrivée de sa nouvelle directrice générale.
Le titre a ouvert à 98,15 dollars et touché 97,99 dollars en séance, un plancher qui devient également le point bas de ses cinquante deux dernières semaines, dont le sommet se situe à 225,98 dollars. Le volume échangé a atteint 37,6 millions de titres, et la capitalisation boursière revient à 11,14 milliards de dollars. La séance restait calme ailleurs : le CAC 40 a cédé 0,09 % à environ 8 280 points, le S&P 500 0,38 % et le Nasdaq Composite 0,29 %.
Un trimestre en repli et des prévisions coupées
Sur le deuxième trimestre de l'exercice 2026, clos le 2 août, le chiffre d'affaires net s'établit à 2,416 milliards de dollars, en recul de 4 % sur un an et de 5 % à devises constantes. Le consensus LSEG attendait 2,461 milliards. Les ventes à périmètre comparable reculent de 9 %, avec un écart marqué selon les zones : une baisse de 12 % pour la région Amériques et de 3 % pour l'international.
Le résultat opérationnel tombe de 13 %, à 453,7 millions de dollars, et la marge opérationnelle perd 190 points de base, à 18,8 %. Les frais commerciaux, généraux et administratifs passent de 37,7 % à 41,7 % du chiffre d'affaires. La société a ouvert neuf magasins nets sur le trimestre et en exploite 825 dans le monde.
La direction table désormais sur un chiffre d'affaires annuel compris entre 10,35 et 10,50 milliards de dollars, soit un repli de 5 % à 7 %, contre une fourchette de 11,00 à 11,15 milliards annoncée auparavant. Le résultat par action dilué est ramené à une fourchette de 9,48 à 9,73 dollars, contre 10,95 à 11,15 dollars. Pour le seul troisième trimestre, la société vise 2,29 à 2,32 milliards de dollars de revenus, une baisse de 10 % à 11 %.
Le bénéfice par action doit 0,86 dollar aux douanes américaines
Le bénéfice par action dilué ressort à 2,92 dollars, très largement supérieur au consensus LSEG de 1,80 dollar. Cet écart de 62 % explique pourquoi une partie de la presse financière a d'abord titré sur une surprise favorable.
Le communiqué isole pourtant l'origine du montant. La société a encaissé 134,5 millions de dollars de restitutions de droits de douane au titre de l'International Emergency Economic Powers Act, la loi américaine dite IEEPA, auxquels s'ajoutent 4,1 millions de dollars d'intérêts. Comptabilisée en réduction du coût des ventes, cette somme a relevé la marge brute de 560 points de base et le bénéfice par action de 0,86 dollar. Hors cet élément, le bénéfice par action ressortirait autour de 2,06 dollars, contre 3,10 dollars un an plus tôt, et la marge brute publiée à 60,5 % serait inférieure aux 58,5 % de l'exercice précédent.
Ces restitutions découlent de la décision rendue le 20 février 2026 par la Cour suprême américaine dans l'affaire Learning Resources contre Trump. Par six voix contre trois, la juridiction a jugé que le président ne tire pas de l'IEEPA le pouvoir d'instaurer des droits de douane, ce qui invalide rétroactivement les surtaxes prises sur ce fondement. Le Court of International Trade a ordonné le remboursement d'environ 165 milliards de dollars de droits perçus, et l'administration a fait appel devant la cour d'appel du circuit fédéral. Lululemon précise que sa prévision annuelle intègre le gain de 0,86 dollar déjà comptabilisé, sans anticiper aucune restitution supplémentaire.
Des leggings en recul de 20 %
Meghan Frank, codirectrice générale par intérim et directrice financière, a chiffré devant les analystes le repli du produit emblématique de la marque : « Les tendances sur les leggings sont depuis le début de l'année inférieures à nos attentes, avec des ventes en baisse d'environ 20 % au deuxième trimestre. » Les accessoires cèdent 13 %, le segment femmes 4 % et le segment hommes 1 %. Le canal numérique, qui représente 0,9 milliard de dollars et 39 % de l'activité, recule de 6 %.
La dirigeante a relié une partie de la baisse de fréquentation à l'image de la marque : « Nous avons fait face à des commentaires négatifs dans les médias et sur les réseaux sociaux, ce qui a pesé sur le trafic, ainsi qu'à une réponse plus faible que prévu à certains lancements de produits. » La société indique par ailleurs augmenter son investissement marketing au second semestre pour restaurer l'attractivité de la marque et le trafic.
En Chine continentale, le chiffre d'affaires progresse de 4 % en dollars mais recule de 2 % à devises constantes, et les ventes comparables cèdent 8 %. Un événement promotionnel organisé fin mai sur la Grande Muraille a tourné à la polémique : la percussion utilisée lors de la prestation musicale était un tambour japonais taiko et non un tambour traditionnel chinois. La discussion a dépassé les cinquante millions de vues sur le réseau social Weibo, et la société a présenté des excuses. André Maestrini, codirecteur général par intérim et directeur commercial, a déclaré que ces facteurs avaient « contribué à une faiblesse à la fois dans nos magasins et sur nos canaux numériques ».
Le marché reste divisé sur la valorisation
Au moins douze maisons de courtage ont abaissé leur objectif de cours dans la foulée. Morgan Stanley ramène le sien de 93 à 83 dollars et maintient sa recommandation la plus basse : « L'abaissement massif des prévisions annoncé aujourd'hui a nettement abaissé la barre, mais nous ne pensons pas que la remise à plat soit achevée. » UBS passe de 120 à 106 dollars, Wells Fargo de 105 à 95 dollars et Freedom Broker de 139 à 115 dollars. Piper Sandler affiche l'objectif le plus bas du marché, à 80 dollars. Brian Nagel, analyste chez Oppenheimer, juge que « la publication franchement décevante d'hier soir est de nature à ébranler sensiblement même les investisseurs les plus orientés vers le long terme ». Selon les données de marché, l'objectif moyen des 34 analystes suivant la valeur s'établit à 110,75 dollars, avec une opinion consensuelle neutre.
Le camp acheteur s'appuie sur le bilan et sur le multiple. La société termine le trimestre avec 1,4 milliard de dollars de trésorerie et 593,7 millions de dollars de capacité disponible sur sa ligne de crédit confirmée, après avoir racheté 2,7 millions d'actions pour 330,0 millions de dollars. Les stocks reculent de 1 % en valeur et de 7 % en volume. Le titre se traite à 8,2 fois les bénéfices des douze derniers mois et 11,5 fois les bénéfices attendus, contre 20,8 fois pour Nike et 13,4 fois pour Adidas selon les comparaisons citées par BNN Bloomberg. L'investisseur Michael Burry a écrit vendredi matin, dans sa lettre en ligne, qu'il considérait le titre comme une occasion nette sous 100 dollars et comptait renforcer sa position, en citant la trésorerie et l'absence de dette financière comme protection.
Une nouvelle direction générale à partir du 8 septembre
Heidi O'Neill, ancienne dirigeante de Nike, prend ses fonctions de directrice générale le 8 septembre, après plus de sept mois de direction intérimaire assurée par Meghan Frank et André Maestrini. Elle hérite d'un conseil d'administration remanié. Le 27 mai 2026, la société a mis fin au conflit qui l'opposait à son fondateur Chip Wilson, détenteur d'environ 8,7 % du capital, en nommant deux de ses candidats : Marc Maurer, ancien codirecteur général de On, et Laura Gentile, ancienne directrice marketing d'ESPN. Un administrateur supplémentaire disposant d'une expertise produit et marque doit être désigné avant le 1er octobre 2026.
Trois enseignements pour un épargnant français
Lululemon pèse peu dans un indice mondial, et l'épisode reste néanmoins instructif pour qui détient des fonds indiciels américains ou des titres vifs.
La lecture des publications. Un résultat par action supérieur de 62 % au consensus a coïncidé avec la perte de près d'un cinquième de la capitalisation en une séance. L'écart provient d'un élément non récurrent que le communiqué chiffre explicitement, et le marché a valorisé la trajectoire des ventes plutôt que le montant affiché en haut du tableau.
Le multiple trompeur. Un rapport de 8,2 fois les bénéfices passés paraît modeste. Il s'applique pourtant à des résultats en cours de contraction : la prévision de la société ramène le résultat par action de 13,26 dollars sur l'exercice 2025 à une fourchette de 9,48 à 9,73 dollars. Un multiple calculé sur des bénéfices passés perd sa valeur d'indication dès lors que la base de calcul se réduit d'un quart en un exercice.
La consommation haut de gamme. Une baisse de 12 % des ventes comparables sur la zone Amériques, doublée d'une sensibilité forte au trafic en magasin et à la réputation en ligne, fournit un point de comparaison pour les valeurs européennes exposées au même segment de clientèle aisée.
Ce qu'il faut surveiller
- Les premières décisions de Heidi O'Neill après sa prise de fonctions le 8 septembre, en particulier sur la politique de remises et sur le budget marketing que la direction annonce vouloir augmenter.
- La publication du troisième trimestre, pour laquelle la société vise un résultat par action de 0,93 à 0,98 dollar, contre 2,59 dollars un an plus tôt.
- La nomination du dixième administrateur, attendue avant le 1er octobre 2026.
- L'issue de l'appel formé par l'administration américaine contre les ordonnances de remboursement des droits IEEPA, dont dépendent d'éventuelles restitutions complémentaires non intégrées à la prévision.
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