Marchés privés

Le REIT data centers de Blackstone recule de 17 % et Firmus renonce à sa cotation

La foncière de data centers lancée par Blackstone en mai cote 16,66 dollars, 16,7 % sous son prix d'introduction. Le même jour, l'australien Firmus a retiré une introduction en Bourse de 5 milliards de dollars, trois fois sa valorisation privée d'août.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Campus de data centers vu du ciel avec son poste électrique, le type d'actifs détenus par les fonds de Blackstone et de ses concurrents

Le Blackstone Digital Infrastructure Trust (BXDC), la foncière cotée que Blackstone a lancée en mai pour ouvrir les data centers aux investisseurs de la Bourse de New York, a terminé la séance du vendredi 9 octobre à 16,66 dollars. Le titre avait été placé à 20 dollars le 13 mai : il cède 16,7 % depuis son introduction, selon les cours de clôture publiés par Yahoo Finance. Le même jour à Sydney, l'opérateur australien Firmus, soutenu par Nvidia, Coatue, Blackstone et Jane Street, a retiré son introduction en Bourse de 5 milliards de dollars faute de demande suffisante, a rapporté Reuters.

Les deux épisodes touchent la même question pour les épargnants fortunés qui regardent le private equity des data centers : le prix que le marché accepte de payer pour ces actifs lorsque la liquidité est quotidienne. Une enquête de CNBC publiée le 9 octobre recense les véhicules que Wall Street propose désormais aux particuliers et les risques que les gérants doivent intégrer.

Le BXDC à 16,66 dollars, contre 20 dollars à l'introduction

Blackstone a vendu 87,5 millions d'actions à 20 dollars pièce, selon son communiqué du 13 mai 2026. L'opération pouvait atteindre 2 milliards de dollars si les banques exerçaient leur option d'achat supplémentaire. La foncière, gérée par une filiale de Blackstone, vise des data centers neufs, stabilisés et loués sur de longues durées à des locataires hyperscale notés en catégorie investissement.

Le titre a atteint un plus haut de clôture de 22,34 dollars avant de reculer. Au cours du 9 octobre, la baisse depuis ce sommet atteint 25,4 %. Selon CNBC, le BXDC n'avait encore engagé aucun capital dans des actifs au moment de la publication de l'enquête. Blackstone a refusé de commenter auprès de la chaîne.

Nick Pell, directeur général du véhicule, défendait en mai une stratégie limitée aux marchés matures comme le nord de la Virginie et Dallas. « C'est la manière la moins risquée de s'exposer », avait-il déclaré sur CNBC. Lors de la dernière conférence de résultats, il évaluait le marché adressable à plus de 1 000 milliards de dollars dans les prochaines années.

Firmus : une valorisation de 30,6 milliards de dollars refusée par le marché

Firmus proposait ses actions à 11 dollars australiens. Ce prix lui aurait donné une valorisation de 30,6 milliards de dollars, près du triple des 10,5 milliards obtenus lors d'une levée de fonds privée au début du mois d'août, selon Reuters. L'opération aurait été la deuxième introduction en Bourse de l'histoire australienne.

Les ordres ont reculé le mercredi 7 octobre. Greg Boorer, directeur général de CDC Data Centres, avait indiqué dans un podcast que le projet commun de 1,6 gigawatt de capacités dédiées à l'IA avec Firmus n'était plus en cours. Les investisseurs ont appris la veille que les accords de conservation des titres auraient permis aux actionnaires existants de céder plus de la moitié du capital dès le premier jour de cotation. Les analystes des banques chefs de file estimaient la dette de Firmus à environ 30 milliards de dollars.

Les fondateurs Oliver Curtis et Tim Rosenfield ont écrit aux actionnaires que l'entreprise allait « rechercher des capitaux sur les marchés privés et envisager d'autres options de cotation internationale ». Bloomberg a rapporté que Firmus étudiait une levée pouvant atteindre 3 milliards de dollars auprès de ses actionnaires actuels. Firmus exploite aujourd'hui deux centres loués, à Melbourne et à Singapour.

« Ils demandaient un prix très élevé pour ce qui arriverait probablement dans le futur, en supposant une exécution presque parfaite. »

Joseph Koh, gérant chez Blackwattle Investment Partners, cité par Reuters

Blue Owl, Brookfield et la vague des véhicules ouverts aux particuliers

Blue Owl et Brookfield proposent des véhicules comparables. Blue Owl gère déjà un fonds privé d'infrastructures numériques réservé aux investisseurs avertis. La société revendique plus de 130 data centers dans 32 marchés pour plus de 18 milliards de dollars d'actifs. Selon Bloomberg, elle envisage une foncière cotée d'une valeur pouvant atteindre 6,5 milliards de dollars. Brookfield a introduit en juillet à New York sa filiale de services aux data centers Csquare, dont l'action a perdu près de 16 % depuis ses débuts selon CNBC.

L'actionnariat des particuliers reste faible. Environ 94 % du capital du BXDC appartient à des institutionnels, selon les données Nasdaq citées par CNBC. Aux États-Unis, la Securities and Exchange Commission (SEC) a proposé le 30 septembre plusieurs amendements destinés à élargir l'accès des particuliers aux stratégies des marchés privés. Les textes autoriseraient des commissions de performance pour les fonds réglementés et assoupliraient le cadre des fonds à intervalles de rachat. Les commentaires du public restent ouverts 60 jours après la publication au Federal Register.

Les arguments des défenseurs du secteur

Marc Lipschultz, codirecteur général de Blue Owl, présente les data centers comme l'une des meilleures opportunités d'investissement à long terme depuis des décennies. « Les contrats comportent des protections qui nous indemnisent même si un locataire part de manière anticipée », a-t-il écrit sur LinkedIn.

Sabur Mollah, professeur de finance au Gettysburg College, a déclaré à CNBC que les installations de qualité « peuvent générer des loyers relativement stables grâce à des baux de longue durée avec de grandes entreprises technologiques ». Il cite parmi les risques la surévaluation liée à l'engouement pour l'IA, la dépendance à quelques grands locataires et les contraintes d'accès à l'électricité.

Pour Jun Bei Liu, cofondatrice du gérant Ten Cap, l'échec de Firmus constitue « un rappel à la réalité important » pour l'investissement dans l'IA. Elle a dit à Reuters ne pas y voir « le début de la fin » du thème.

Liquidité et valorisation : les points d'alerte des conseillers

La foncière de Blackstone affiche un prix chaque jour de Bourse. Un fonds non coté publie une valeur liquidative périodique, établie à partir d'évaluations de ses actifs. L'écart entre la levée privée de Firmus en août et l'accueil réservé à son introduction en Bourse en octobre montre à quel point ces deux références peuvent diverger.

Andrew Tarver, président d'Altic chez InvestCloud, rappelle que ces infrastructures d'investissement ont été conçues pour un petit nombre d'institutionnels engageant de gros montants. Il conseille aux particuliers de comprendre les fenêtres de rachat et les plafonds de liquidité avant de souscrire. Jake Falcon, directeur général de Falcon Wealth Advisors, estime la foncière cotée plus adaptée à de nombreux particuliers qu'un fonds privé, en raison de sa liquidité.

Le risque politique pèse sur les hypothèses de rendement. L'État de New York a adopté en juillet un moratoire sur les nouvelles autorisations de data centers hyperscale. Le gouverneur du Texas, Greg Abbott, a ordonné un arrêt des nouvelles autorisations, selon CNBC. Un sondage Gallup cité par la chaîne indique que 70 % des Américains s'opposent à la construction d'un data center près de chez eux.

En France : FPCI à 100 000 euros et ELTIF sans ticket minimum

Les véhicules qui ouvrent l'investissement en private equity dans les data centers aux particuliers fortunés relèvent en France de deux régimes principaux. Le fonds professionnel de capital investissement (FPCI) est réservé, selon l'article 423-49 du règlement général de l'Autorité des marchés financiers (AMF), aux investisseurs qui souscrivent au moins 100 000 euros. Le seuil descend à 30 000 euros pour les souscripteurs qui remplissent l'une des trois conditions de compétence prévues par ce texte.

Le fonds européen d'investissement à long terme (ELTIF) suit le règlement (UE) 2023/606, applicable depuis le 10 janvier 2024. Ce texte a supprimé le ticket d'entrée minimal de 10 000 euros et la limite de 10 % du portefeuille qui s'appliquaient aux particuliers détenant moins de 500 000 euros d'instruments financiers. Le distributeur doit en revanche évaluer l'adéquation du produit au client. Le souscripteur dispose de deux semaines après son engagement pour annuler sans pénalité. Lorsque le fonds prévoit un mécanisme d'appariement des ordres de cession, le distributeur doit avertir par écrit que ce dispositif ne garantit pas la sortie.

Les échéances à surveiller

  • Le déploiement des premiers capitaux du BXDC et la publication de ses prochains résultats trimestriels.
  • Le montant et la valorisation de la levée privée de Firmus, puis une éventuelle cotation au Nasdaq évoquée par une source de Reuters.
  • Le projet de foncière cotée de Blue Owl, d'une valeur pouvant atteindre 6,5 milliards de dollars selon Bloomberg.
  • La fin de la période de commentaires sur les propositions de la SEC, 60 jours après leur publication au Federal Register.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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