Budget 2027 : l'Eurogroupe somme Paris d'adopter son budget, l'OAT frôle 5 %
Le 8 octobre, les ministres des Finances de la zone euro et la BCE s'apprêtent à demander à la France d'adopter son budget 2027 pour calmer le marché obligataire, sans aucun soutien de Bruxelles ou de Francfort. L'OAT à 10 ans évolue près de 4,92 %, au plus haut depuis 2002.
Les ministres des Finances de la zone euro et la Banque centrale européenne (BCE) s'apprêtent à demander jeudi 8 octobre à la France d'adopter son budget 2027 pour apaiser le marché obligataire, selon de hauts responsables européens cités par Reuters. Réunis l'après-midi à Luxembourg pour l'Eurogroupe mensuel, présidé par le ministre grec Kyriakos Pierrakakis, ils doivent évoquer la flambée des coûts d'emprunt de l'État français. Aucun geste de la Commission ou de la BCE n'est prévu. « Je m'attends à ce que l'Eurogroupe reconnaisse que la France dispose de tous les moyens de répondre. La réponse appropriée, c'est de s'accorder sur un budget », a résumé l'un de ces responsables.
Francfort ne viendra pas au secours de l'OAT. L'instrument de protection de la transmission (TPI) permet à la BCE d'acheter sur le marché secondaire la dette d'un pays dont les taux s'envolent de façon injustifiée, mais les responsables interrogés par Reuters estiment que la situation française n'en relève pas. « La Banque centrale européenne a pour mandat la stabilité des prix, et les gouvernements celui de la stabilité budgétaire de leur pays. Chacun doit faire son travail », a déclaré un second haut responsable de la zone euro.
Le taux de l'OAT à 10 ans s'établissait à 4,918 % jeudi à 13h41, heure de Paris, en hausse de 4,9 points de base sur la séance, selon les cotations de CNBC. Le Bund allemand de même échéance ressortait à 3,510 %, soit un écart d'environ 141 points de base, et le BTP italien à 4,675 % : l'État français emprunte plus cher que Rome. Selon Reuters, le rendement français a gagné près de 80 points de base depuis début septembre et touché son plus haut niveau depuis juillet 2002, juste sous la barre des 5 %.
L'avertissement arrive au lendemain de la suppression, par la commission des finances de l'Assemblée, du rabot de l'abattement de 10 % des retraités, avant l'ouverture des débats dans l'hémicycle le 13 octobre. Paris a reconnu en septembre que le déficit public dépasserait cette année l'objectif de 5 % du PIB, rappelle Reuters, et l'Agence France Trésor prévoit d'émettre un montant record de 340 milliards d'euros de dette à moyen et long terme en 2027, contre 310 milliards en 2026. Les investisseurs doutent que les mesures de redressement soient votées, faute de majorité à l'Assemblée et à l'approche de la présidentielle et des législatives d'avril et mai 2027.
Les responsables de la zone euro jugent que la dette française réunit les conditions d'une crise plus large, sans signe de contagion aux autres pays membres à ce stade. Depuis la création de l'euro en 1999, la France n'a affiché que six fois un déficit inférieur au plafond européen de 3 % du PIB. Pour certains de ces responsables, seuls les marchés obligataires pourraient désormais contraindre Paris à consolider ses comptes.
Chronologie
Les développements précédents, du plus récent au plus ancien.
Budget 2027 : les députés suppriment en commission le rabot de l'abattement fiscal des retraités
La commission des finances de l'Assemblée a supprimé le 7 octobre la baisse de 4 439 à 3 000 euros du plafond de l'abattement de 10 % sur les pensions, dont Bercy attendait 1,4 milliard d'euros. L'hémicycle repartira le 13 octobre du texte initial du gouvernement.
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Les députés de la commission des finances de l'Assemblée nationale ont supprimé mercredi 7 octobre, dès l'ouverture de l'examen du projet de loi de finances (PLF) pour 2027, l'article qui abaissait de 4 439 à 3 000 euros le plafond de l'abattement de 10 % appliqué aux pensions de retraite pour le calcul de l'impôt sur le revenu. Bercy attendait 1,4 milliard d'euros de cette mesure. Les amendements de suppression déposés par la Droite républicaine, Horizons, le Rassemblement national, l'UDR, La France insoumise et les élus communistes ont été adoptés, selon Le Monde. Le bloc central a été le seul à défendre le texte du gouvernement.
Les oppositions ont mis en avant le pouvoir d'achat des pensionnés. « Nous refusons que le redressement des comptes publics se fasse une nouvelle fois sur le dos des retraités », a déclaré Claire Marais-Beuil (Rassemblement national), selon LCP. Nicolas Rey (Droite républicaine) a dénoncé une « hausse d'impôt importante » qui toucherait 4,6 millions de foyers. Pour Éric Coquerel (La France insoumise), président de la commission, toucher les retraités revient à toucher « une des seules parties du pays qui continue à avoir un pouvoir d'achat qui augmente légèrement ». Dans le camp présidentiel, Guillaume Kasbarian (Ensemble pour la République) a reproché à ses collègues d'« amplifier la fracture générationnelle, à demander des efforts à absolument tout le monde, sauf toujours aux retraités », et Jean-Paul Matteï (MoDem) a défendu une mesure « de solidarité fiscale entre les générations ».
La portée du vote reste limitée à ce stade. Pour les lois de finances, la discussion en séance publique s'ouvre sur le texte déposé par le gouvernement. L'hémicycle examinera donc à partir du mardi 13 octobre à 15h la copie initiale, abattement plafonné compris, avec environ 1 700 amendements déposés en commission. Selon le calendrier publié par l'Assemblée, l'examen de la première partie, consacrée aux recettes, doit s'achever le 19 octobre et le vote solennel sur l'ensemble du texte est prévu le 17 novembre.
Le rejet fragilise la contribution demandée aux retraités, évaluée à 5,5 milliards d'euros au total. Le second levier, porté par le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, prévoit une revalorisation inférieure à l'inflation des pensions de base comprises entre 1 260 et 2 034 euros par mois et un gel au delà de ce seuil, pour une économie de 4,1 milliards d'euros selon Reuters. Les pensions représenteront 436 milliards d'euros en 2027, soit 14 % du produit intérieur brut (PIB), première dépense publique du pays. Le gouvernement vise un déficit de 5,0 % du PIB en 2027, après 5,4 % attendus cette année.
Le marché obligataire a ouvert la séance parlementaire sous tension. Le rendement de l'obligation assimilable du Trésor (OAT) à dix ans s'établissait à 4,92 % à 15h15, heure de Paris, en hausse de 17,7 points de base sur la journée, selon les cotations de CNBC. L'écart avec le Bund allemand, à 3,52 %, atteignait environ 140 points de base. Le mouvement dépasse le seul cas français : le dix ans italien prenait 16,4 points de base à la même heure, dans un recul généralisé des obligations souveraines.
- French lawmakers spare pensioners from cuts as budget review begins (Reuters)
- Budget 2027 : les députés s'opposent au rabot de l'abattement fiscal des retraités lors des débats en commission (LCP)
- Budget 2027 : les députés rejettent en commission la réforme de l'abattement fiscal de 10 % sur les retraites (Le Monde)
- Hausse d'impôt dès 2 500 euros de pension par foyer, les députés la rejettent en commission (Capital)
- Les députés suppriment déjà cette mesure très polémique sur les retraités (Le HuffPost)
- Le projet de loi arrive à l'Assemblée ce mercredi : quel calendrier pour le budget 2027 ? (TF1 Info)
- France 10 Year Treasury Bond (CNBC)
Budget 2027 : Bercy réclame un compromis, l'OAT 10 ans au plus haut depuis 2008
David Amiel a appelé lundi 24 août sur RTL les partis à bâtir « un compromis qui ne peut pas être un n'importe quoi budgétaire » sur le budget 2027. L'OAT à dix ans atteint 4,124 %, au plus haut depuis novembre 2008, et l'écart avec le Bund ressort à 83,6 points de base.
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David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publics, a appelé lundi 24 août les formations représentées au Parlement à construire un compromis sur le budget 2027. Invité de RTL à 07h57, il a réclamé « un compromis qui ne peut pas être un n'importe quoi budgétaire » et posé la limite de la négociation qui s'ouvrira à l'automne : « Notre priorité absolue est de réduire le déficit, et pour cela, il faut faire des économies budgétaires. »
L'appel intervient après un été de tension sur la dette française. Le rendement de l'obligation assimilable du Trésor (OAT) à dix ans s'établissait à 4,124 % le 24 août 2026 selon Trading Economics, après un pic à 4,15 % le 20 août, son plus haut niveau depuis novembre 2008. L'échéance à trente ans cotait 4,91 % le même jour. La charge d'intérêts supportée par l'État a atteint 34,5 milliards d'euros sur le premier semestre 2026, en hausse de 19 % sur un an.
Bercy fixe le cadre avant les arbitrages de Matignon
Le ministre a nommé les formations dont il attend un accord. « J'attends des partis de gouvernement, de la droite républicaine, de la gauche républicaine, du bloc central, qu'on puisse s'entendre pour construire ce compromis », a-t-il déclaré, avec pour objectif de « continuer à poursuivre les efforts de réduction du déficit que l'on mène depuis 2025 ».
Sur le contenu, David Amiel a renvoyé les décisions au Premier ministre tout en indiquant le sens de l'effort. « Il faut faire des choix d'urgence absolue », a-t-il expliqué, ajoutant que « les efforts devront être généraux dans le cadre du budget » et que « l'ensemble des questions seront arbitrées par le Premier ministre ». Interrogé sur la désindexation partielle des pensions des retraités aisés, piste qui circule depuis plusieurs jours, il a répondu par la même formule générale : « Il faut tous faire des efforts », afin d'« éviter une dérive très grave des finances publiques ».
Le ministre reprend la ligne qu'il défend depuis son audition du 16 juillet devant la commission des finances de l'Assemblée nationale, où il avait présenté les contours d'un « budget de sauvegarde républicaine ». Il y jugeait urgent d'arrêter « la machine infernale de la dette publique », formule qu'il a réemployée lundi sur RTL. Selon les projections présentées à cette occasion, le déficit public atteindrait 5,9 % du produit intérieur brut (PIB) en 2027 sans mesure correctrice, avec une dérive vers 6,8 % à l'horizon 2030. La charge de la dette augmenterait de 12,3 milliards d'euros sur la seule année 2027.
Matignon chiffre à 15 milliards d'euros le coût d'une absence de budget
Sébastien Lecornu avait pris les devants le samedi 22 août. Dans une lettre de près de quatre pages adressée aux parlementaires, révélée par Le Parisien et consultée par BFMTV, le Premier ministre met en garde contre la tentation d'attendre l'élection présidentielle d'avril 2027 pour trancher.
« Le meilleur moyen de respecter l'élection présidentielle est de permettre à ceux que les Français choisiront de gouverner dès leur arrivée. Choisir d'attendre l'élection présidentielle pour adopter un budget pour 2027, c'est choisir le désordre », écrit Sébastien Lecornu.
Le chef du gouvernement y écarte aussi les procédures de contournement évoquées avant même le dépôt du texte. « Je vois certains d'entre vous réclamer déjà un 49.3, d'autres évoquer des ordonnances, avant même de connaître le projet que le Gouvernement proposera, et avant que la première discussion ait commencé au Parlement », relève-t-il, jugeant qu'il n'est « ni raisonnable, ni souhaitable, de décider aujourd'hui comment contourner un débat qui n'a pas encore eu lieu ».
C'est dans ce courrier que figure la formule qui a donné le ton de la semaine. « Le budget de la Nation est une affaire trop sérieuse pour que l'on décide de son épilogue avant d'en avoir écrit la première ligne. Nous ne ferons rien dans la précipitation », écrit le Premier ministre, qui promet de prendre « le temps nécessaire au débat, à la confrontation des choix et à la recherche de compromis ». Il chiffre le coût d'un échec : faute de budget voté, le recours à une loi spéciale coûterait 15 milliards d'euros supplémentaires.
L'Inspection générale des finances est arrivée à une conclusion voisine dans un rapport publié le 20 août, qui alerte sur les « risques majeurs » auxquels la France serait exposée si le régime de la loi spéciale devait se prolonger pendant la campagne présidentielle.
Le marché obligataire a pris de l'avance sur le débat
L'écart de rendement entre l'OAT française et le Bund allemand à dix ans, mesure usuelle de la prime de risque exigée sur la signature française, s'établissait à 83,6 points de base le 21 août 2026, avec une OAT à 4,08 % et un Bund à 3,24 %, selon le relevé quotidien d'Ideal Investisseur. Sur les douze mois précédents, cet écart a évolué entre 59,0 et 85,0 points de base, pour une moyenne de 73,2. Le niveau atteint fin août se situe donc dans le haut de sa fourchette annuelle.
La progression a été régulière au cours de la seconde quinzaine d'août : 79,8 points de base le 14, 81,2 le 17, 82,8 le 18, 83,8 le 19, 83,2 le 20 et 83,6 le 21. Un point de base vaut un centième de point de pourcentage. Sur l'ensemble du rendement, la trajectoire est plus nette encore : l'OAT à dix ans évoluait autour de 3,4 % en mai 2026 et de 3,65 % en juillet, avant de franchir 4 % en août.
Une dette publique à 3 536 milliards d'euros
Les chiffres officiels donnent la mesure du sujet. À la fin du premier trimestre 2026, la dette publique au sens de Maastricht s'établissait à 3 536,1 milliards d'euros, soit 117,5 % du PIB, contre 115,7 % au quatrième trimestre 2025, selon l'Insee. Sur ce seul trimestre, l'encours a progressé de 75,6 milliards d'euros, après un repli de 23,6 milliards au trimestre précédent. La dette nette, qui déduit la trésorerie des administrations publiques, ressortait à 109,7 % du PIB après 108,5 %.
La cible de déficit pour 2027 n'a pas été rendue publique. Selon des informations du Monde parues le 13 août, Sébastien Lecornu envisagerait de ramener le déficit à 4,9 % du PIB l'an prochain, un niveau proche de la cible de 5,0 % retenue pour 2026. Ce chiffre de 4,9 % avait été qualifié de « central » en juillet par les quatre économistes chargés par le ministère de l'Économie et des Finances d'évaluer la trajectoire des finances publiques.
Une Assemblée sans majorité et une censure déjà annoncée
La difficulté est arithmétique autant que politique. Depuis la dissolution de l'Assemblée nationale en 2024, aucune majorité ne se dégage pour voter un budget, et plusieurs gouvernements minoritaires sont tombés sur cet exercice. La proximité de la présidentielle réduit encore les incitations au compromis.
La veille des déclarations de David Amiel, dimanche 23 août, Jean-Luc Mélenchon a lancé sa campagne présidentielle aux universités d'été de La France insoumise et promis la censure du gouvernement sur le projet de loi de finances. « L'économie française était sur le fil du rasoir de la récession. Elle va plonger car Lecornu prépare un nouveau bûcher de coupes rases qui va aggraver tous les maux », a déclaré le leader insoumis, qui propose de « remettre de l'ordre aux comptes publics » en taxant les superprofits et en supprimant certaines niches fiscales.
Le calendrier est fixé : le gouvernement prévoit de déposer son projet de loi de finances à l'Assemblée nationale le 30 septembre, pour un examen à partir d'octobre. L'Insee publiera de son côté la dette du deuxième trimestre 2026 le 29 septembre, la veille du dépôt du texte.
Ce que la tension obligataire change pour les épargnants
La hausse des rendements souverains produit deux effets opposés pour les ménages français. Du côté du placement, elle améliore mécaniquement la rémunération future des fonds en euros de l'assurance vie, dont les portefeuilles sont majoritairement investis en obligations d'État et d'entreprises. Les assureurs réinvestissent les titres arrivés à échéance aux conditions de marché du moment, ce qui relève progressivement le rendement de l'actif général. Le mouvement reste lent : le stock ancien, acquis pendant la période de taux bas, se renouvelle sur plusieurs années. Les fonds en euros ont servi 2,65 % en moyenne au titre de 2025, nets de frais de gestion.
Du côté du financement, la même hausse renchérit le crédit immobilier, indexé sur les rendements souverains à long terme, et alourdit la charge de la dette de l'État, dont chaque milliard supplémentaire vient concurrencer les autres dépenses publiques.
L'épargne réglementée suit une logique distincte, fondée sur l'inflation et les taux monétaires courts. Le taux du Livret A et du livret de développement durable et solidaire (LDDS) est passé à 1,70 % le 1er août 2026, après 1,50 % du 1er février au 31 juillet. Le calcul de la Banque de France combinait une moyenne semestrielle de l'indice des prix à la consommation hors tabac de 1,52 % et un taux €STR moyen de 1,95 % de janvier à juin 2026. Le livret d'épargne populaire (LEP) a été maintenu à 2,5 %, au-dessus de son taux théorique de 2,2 %.
Les échéances à surveiller
Trois rendez-vous structureront l'automne. Le dépôt du projet de loi de finances le 30 septembre livrera la cible de déficit officielle pour 2027 et la répartition des économies. Le vote de la première partie, consacrée aux recettes, dira si un compromis est possible entre le bloc central, la droite et une partie de la gauche. L'écart entre l'OAT et le Bund restera l'indicateur le plus lisible du jugement des investisseurs, avec les 85,0 points de base touchés au cours des douze derniers mois comme borne haute de référence.
Pour les épargnants, la durée compte davantage que le calendrier parlementaire. Un rendement souverain proche de 4 %, au plus haut depuis novembre 2008, améliore les conditions de réinvestissement des assureurs sur les prochaines générations d'obligations. La revalorisation des fonds en euros se diffusera sur plusieurs exercices, au rythme du renouvellement des portefeuilles.
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