Macroéconomie

Le Bund à 3,20 %, au plus haut depuis quinze ans sous le choc pétrolier iranien

Le rendement du Bund à dix ans atteint 3,20 %, son plus haut niveau depuis mai 2011. La fermeture du détroit d'Ormuz maintient le Brent près de 90 dollars et pousse les marchés à anticiper une hausse du taux de dépôt de la BCE dès septembre. L'OAT française suit à 4,04 %.

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Visualisation abstraite d'une courbe de taux souverains européens tendue par un choc énergétique, flux ascendants sur dégradé bleu et vert

Le rendement de l'emprunt d'État allemand à dix ans s'est établi à 3,20 % ce lundi 17 août 2026, à portée immédiate du sommet de 3,2118 % touché fin juillet. Ce niveau constitue le plus élevé depuis mai 2011 et ramène le coût de financement du cœur de la zone euro à ses conditions d'il y a quinze ans. Le déclencheur reste le conflit iranien et la fermeture prolongée du détroit d'Ormuz, qui maintiennent le pétrole sur un plateau élevé et nourrissent les anticipations d'inflation.

Sur douze mois, le Bund à dix ans a gagné 43,23 points de base, dont 12,56 sur les quatre dernières semaines, selon les relevés de Trading Economics. Cette progression accompagne la révision du sentier de taux directeurs attendu de la Banque centrale européenne (BCE), dont les marchés monétaires n'anticipaient plus aucune hausse en début d'année.

Ormuz, le verrou qui alimente l'inflation européenne

Le détroit d'Ormuz reste largement fermé au trafic depuis les frappes américaines et israéliennes sur l'Iran du 28 février 2026. Le 10 août, dix navires seulement ont franchi le passage, contre environ 130 par jour avant le conflit. Les flux pétroliers y sont tombés autour de 9 millions de barils par jour selon le secrétaire américain à l'Énergie, contre 20 millions avant la guerre.

Le Brent pour livraison en octobre cotait 89,53 dollars le baril le 12 août à 8 heures GMT, en hausse de plus de 2 % sur la séance précédente et d'environ 24 % par rapport aux niveaux d'avant le conflit. Le baril demeure en retrait de son pic de juillet, proche de 100 dollars, tout en affichant une progression voisine de 45 % depuis le début de l'année. L'Energy Information Administration table sur une moyenne de 87 dollars pour le Brent en 2026.

« Les marchés n'ont pas totalement perdu espoir d'un accord, mais la confiance s'érode nettement »

Tim Waterer, analyste de marché en chef, KCM Trade

Téhéran conditionne la réouverture du détroit au dégel de ses avoirs détenus à l'étranger. Donald Trump a indiqué à Axios que Washington n'était engagé qu'à demi dans la négociation et s'appuierait sur la pression du blocus naval plutôt que sur de nouvelles frappes. June Goh, analyste senior du marché pétrolier chez Sparta Commodities, rappelle que « la production de brut de l'OPEP ne pourra augmenter qu'une fois la normalité rétablie dans les flux du détroit ».

Pourquoi la BCE a changé de pied

La BCE a relevé son taux de dépôt de 25 points de base le 11 juin 2026, à 2,25 %, sa première hausse depuis 2023. Le taux de refinancement principal a été porté à 2,40 % et la facilité de prêt marginal à 2,65 %. L'institution avait auparavant ramené ce taux de dépôt depuis un sommet de 4,00 % atteint en septembre 2023.

L'inflation de la zone euro avait alors atteint 3,2 % en mai 2026, son plus haut niveau depuis septembre 2023, avec des prix de l'énergie en hausse de 10,9 % sur un an et une inflation sous-jacente à 2,5 %. Elle est ensuite revenue à 2,8 % en juin, puis remontée à 2,9 % en juillet. Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, avait justifié le tournant de juin en estimant que « le risque de désancrage des anticipations d'inflation augmente » et que l'institution ne pouvait plus « ignorer ce choc ».

Le 23 juillet, le conseil des gouverneurs a maintenu son taux de dépôt à 2,25 %. Christine Lagarde a averti que l'inflation resterait « bien supérieure à l'objectif » jusqu'au premier semestre 2027.

« Une nouvelle perturbation des approvisionnements énergétiques pourrait accroître les prix de l'énergie davantage et plus longtemps que prévu. Plus les prix de l'énergie restent élevés, plus ils risquent d'alimenter une inflation plus large par des effets indirects et de second tour »

Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, conférence de presse du 23 juillet 2026

Les anticipations de taux se sont retournées

Les contrats monétaires intègrent désormais un taux de dépôt de 2,76 % à l'horizon de mars 2027, contre 2,25 % actuellement, et assignent une probabilité supérieure à 90 % à une hausse dès septembre, selon les relevés du 17 août de Trading Economics. Les swaps d'inflation à un an de la zone euro évoluent autour de 2,4 %, au-dessus de la cible de 2 %.

Ed Hutchings, responsable des taux des marchés développés chez Aviva Investors, anticipe un relèvement de 0,25 point en septembre. « Les anticipations d'inflation demeurent élevées et, si elles se maintiennent, une politique encore plus restrictive s'avérera nécessaire », observe le gérant.

Richard Carter, responsable de la recherche obligataire chez Quilter Cheviot, insiste sur la dépendance de l'institution à des facteurs extérieurs. « Le marché attend toujours de la BCE une orientation de hausse pour le reste de l'année », note-t-il, avant d'ajouter que « l'ampleur de ce resserrement dépend largement de ce qui se passe hors du continent, ce qui rend la tâche du comité de politique monétaire extrêmement difficile ».

Le scénario alternatif d'un reflux

La thèse inverse repose sur la perspective d'un accord sur Ormuz. La croissance de la zone euro a rebondi de 0,4 % au deuxième trimestre, sa meilleure performance depuis le début de 2025, après un recul de 0,2 % au premier trimestre marqué par le déclenchement de la guerre. Un déblocage du détroit ramènerait le baril vers ses niveaux d'avant conflit et retirerait l'essentiel de la prime d'inflation intégrée dans les taux longs.

Le marché a déjà testé ce scénario. Le rendement allemand était retombé vers 3,15 % début août lorsque des signaux de négociation entre Washington et Téhéran avaient circulé, avant de remonter dès que les attaques contre le trafic maritime ont repris.

L'épargnant français face à des taux longs plus élevés

Le mouvement se transmet directement à la dette française. L'OAT à dix ans cotait 4,04 % le 17 août, après un pic à 4,05 % le 14 août, son plus haut niveau depuis juin 2009. Le titre a gagné environ 56 points de base sur un an et a franchi le seuil de 4 % le 23 juillet, une première depuis plus de dix-sept ans. L'écart avec le Bund ressort ainsi autour de 84 points de base.

Pour le détenteur d'un contrat d'assurance vie, la hausse des taux longs agit dans deux directions opposées. Les fonds en euros réinvestissent leurs flux entrants à des rendements obligataires très supérieurs à ceux de 2021, ce qui alimente mécaniquement leur performance des prochains exercices. Les réserves de plus-values latentes des poches obligataires anciennes, en revanche, restent comprimées tant que les taux montent.

Les actifs sensibles aux taux subissent la pression inverse. Lorsque le taux sans risque à dix ans dépasse 4 %, la prime de risque offerte par les SCPI et l'immobilier coté se réduit à niveau de distribution inchangé, ce qui pèse sur les valorisations d'expertise. Le crédit immobilier suit le même mouvement: les barèmes d'août 2026 s'établissent autour de 3,44 % sur vingt ans, l'OAT à dix ans servant de référence aux banques pour calibrer leurs offres, selon les courtiers Pretto et Meilleurtaux.

À surveiller dans les prochaines semaines

  • La réunion de politique monétaire de la BCE de septembre 2026 et l'ampleur du relèvement décidé
  • La première estimation de l'inflation de la zone euro pour août, attendue fin août
  • Le nombre quotidien de transits par le détroit d'Ormuz, indicateur avancé du prix du baril
  • Le comportement du Brent autour du seuil de 90 dollars
  • L'écart de rendement entre l'OAT et le Bund, révélateur de la prime propre à la signature française

Le régime de taux qui s'installe en zone euro dépend désormais d'une variable située hors du champ de la politique monétaire. Tant que le détroit d'Ormuz reste fermé, la BCE arbitre entre une inflation importée qu'elle ne contrôle pas et une croissance qui vient tout juste de se redresser. Le Bund à 3,20 % chiffre le prix de cet arbitrage.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.