Fiscalité

Aix 2026 : le Cercle des économistes veut lier les avantages de l'assurance vie à la tech souveraine

À la clôture des Rencontres d'Aix le 4 juillet, le Cercle des économistes propose de conditionner une partie des avantages fiscaux de l'assurance vie à des placements dans les technologies stratégiques. Une piste qui vise les 2 162 milliards d'euros du placement préféré des Français.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite du financement de l'innovation technologique par l'épargne longue française, flux de capitaux et circuits stratégiques

Les 26es Rencontres économiques d'Aix-en-Provence se sont achevées le 4 juillet 2026 sur un catalogue de quatorze propositions destinées au débat présidentiel de 2027. Parmi elles, une mesure vise directement le portefeuille des épargnants français : conditionner une partie des avantages fiscaux de l'assurance vie à des investissements orientés vers les technologies dites souveraines. Réunies pendant trois jours au parc Jourdan, les Rencontres ont rassemblé près de 10 000 participants, 480 intervenants et 55 pays autour du thème « Naviguer dans un monde sans repères ».

Le Cercle des économistes, présidé par Jean-Hervé Lorenzi, cherche à répondre à un paradoxe français. L'épargne des ménages atteint des sommets, mais elle finance encore trop peu les entreprises innovantes et les secteurs jugés stratégiques : semi-conducteurs, intelligence artificielle, défense, quantique. L'idée consiste à utiliser le levier fiscal, plutôt que la contrainte, pour réorienter une fraction de cette manne vers le capital risque et le non coté.

Un gisement de 2 162 milliards d'euros dans le viseur

L'assurance vie demeure le premier placement financier des Français. Selon France Assureurs, son encours a atteint 2 162 milliards d'euros à fin mai 2026, en hausse de 5,7 % sur un an, soit 117 milliards d'euros de plus. Sur les cinq premiers mois de l'année, la collecte nette s'établit à 28,7 milliards d'euros, un niveau supérieur de 7,3 milliards à celui de 2025.

La dynamique profite surtout aux unités de compte, ces supports investis en actions, en obligations ou en fonds non cotés. Leur part représente 34 % des cotisations sur le mois de mai et 38 % depuis janvier. Sur les cinq premiers mois, elles concentrent 21,6 milliards d'euros de collecte nette, contre 7,1 milliards pour les fonds en euros. C'est précisément ce flux vers les unités de compte que le Cercle voudrait canaliser davantage vers les technologies stratégiques.

Le potentiel est considérable. Une réorientation même partielle des versements dépasserait de loin les enveloppes publiques existantes. À titre de comparaison, les assureurs se sont engagés à hauteur de 5,3 milliards d'euros dans l'initiative Tibi III, destinée au financement des entreprises technologiques françaises et européennes.

Ce que recouvrent les avantages fiscaux

La proposition touche au cœur de l'attractivité du produit. Après huit ans de détention, les gains retirés d'un contrat bénéficient d'un abattement annuel de 4 600 euros pour une personne seule, porté à 9 200 euros pour un couple soumis à imposition commune. Au delà, le prélèvement forfaitaire tombe à 7,5 % pour la fraction des produits correspondant aux 150 000 premiers euros de primes versées, puis 12,8 % au-dessus. Les prélèvements sociaux, eux, restent fixés à 17,2 %.

Conditionner ces avantages reviendrait à récompenser fiscalement les épargnants qui acceptent d'orienter une part de leur contrat vers des supports risqués et peu liquides. La logique n'est pas inédite. Elle prolonge une orientation déjà engagée par le législateur ces dernières années.

Le précédent de la loi Industrie verte

La loi relative à l'industrie verte, promulguée sous le numéro 2023-973 le 23 octobre 2023, impose déjà une part minimale d'actifs non cotés dans certains contrats. Depuis le 24 octobre 2024, les mandats de gestion pilotée doivent intégrer entre 4 % de non coté pour un profil équilibré et 8 % pour un profil dynamique. Sur le plan d'épargne retraite, cette fourchette grimpe de 6 % à 15 % selon le profil de l'épargnant.

La différence tient à la méthode. La loi Industrie verte procède par obligation réglementaire ciblée sur la gestion pilotée. La piste avancée à Aix repose sur l'incitation fiscale, applicable en théorie à l'ensemble des contrats, y compris ceux gérés librement par l'assuré. Le champ visé change aussi : la souveraineté technologique et la défense s'ajoutent à la transition écologique.

Une proposition parmi quatorze engagements

Le conditionnement de l'assurance vie s'inscrit dans un ensemble plus large présenté comme une « boîte à idées » pour les candidats de 2027. Le onzième engagement du Cercle appelle à « garantir davantage les investissements à risque vers les technologies stratégiques ». La mesure phare destinée à la jeunesse prévoit une dotation « Top Départ » de 10 000 euros versée à chaque jeune atteignant la majorité, financée par un alourdissement de la fiscalité des successions.

Le rapprochement des deux propositions dessine une orientation cohérente : mobiliser le patrimoine, y compris successoral, pour redonner des marges à la jeunesse et à l'économie productive. Cette philosophie fait écho aux réflexions du gouvernement de Sébastien Lecornu, qui a lui même évoqué un fléchage des grands héritages vers des fonds de souveraineté.

Des réserves du côté des épargnants

La piste soulève néanmoins des objections. France Assureurs rappelle régulièrement que l'attractivité de l'assurance vie repose sur la stabilité de son cadre fiscal et réglementaire. « L'attractivité de ce produit d'épargne de long terme repose sur la stabilité de son cadre fiscal et réglementaire », a souligné Paul Esmein, directeur général de la fédération, à l'occasion de la publication des chiffres de mai. Toute modification perçue comme un durcissement risquerait de fragiliser la confiance des huit millions de foyers détenteurs.

Le débat rejoint aussi la question de l'égalité devant l'épargne. Les 10 % de ménages les plus aisés détiennent en moyenne plus de 420 000 euros d'assurance vie, quand la moitié la plus modeste dispose de quelques milliers d'euros. Un avantage fiscal conditionné à des placements risqués profiterait mécaniquement aux patrimoines déjà capables de supporter la volatilité et l'illiquidité du capital investissement.

Ce qu'il faut surveiller

La proposition d'Aix n'a pour l'heure aucune portée législative. Elle nourrit le débat en vue de 2027 et pourrait inspirer les prochaines lois de finances. Trois points méritent l'attention des épargnants. D'abord, la définition précise des « technologies stratégiques » retenues, qui déterminera l'univers d'investissement éligible. Ensuite, l'ampleur de l'avantage fiscal conditionné, entre simple bonus et remise en cause de l'abattement existant. Enfin, le sort réservé à la liquidité, puisque le non coté immobilise l'épargne sur des horizons longs, souvent supérieurs à huit ans.

Pour l'heure, la fiscalité de l'assurance vie reste inchangée en 2026. Le placement conserve ses atouts historiques, et rien n'oblige un souscripteur à modifier son allocation. Les Rencontres d'Aix auront surtout confirmé une tendance de fond : l'épargne longue des Français est devenue un enjeu de politique économique, autant qu'un outil patrimonial.

Les épargnants soucieux d'anticiper ces évolutions peuvent estimer l'impact d'une diversification vers les unités de compte à l'aide de notre simulateur d'épargne, ou solliciter un accompagnement personnalisé via notre page contact.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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