Marchés publics

Ferguson quitte la Bourse de Londres, symbole de l'exode des places européennes

Le distributeur Ferguson a radié sa cotation londonienne le 20 juillet 2026 pour ne conserver que le NYSE. Ce départ, suivi par Flutter en août, illustre l'exode qui frappe la Bourse de Londres et interroge la compétitivité des marchés européens face à Wall Street.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite de capitaux quittant une architecture financière londonienne vers un réseau boursier nord-américain, dans des tons bleu et vert.

La radiation est entrée en vigueur à 8 heures, heure britannique, ce 20 juillet 2026. Ferguson Enterprises, ancien fleuron du plombier industriel londonien devenu géant nord-américain de la distribution, a définitivement quitté la Bourse de Londres pour ne plus être coté qu'au New York Stock Exchange. La dernière séance de négociation à Londres remontait au 17 juillet. Un départ de plus, presque routinier désormais, qui condense pourtant l'un des maux les plus profonds des marchés d'actions européens.

Un divorce annoncé de longue date

Le cas Ferguson n'a rien d'une rupture soudaine. Le groupe, qui s'appelait Wolseley jusqu'en 2017, avait déjà transféré sa cotation principale de Londres vers New York le 12 mai 2022, quittant du même coup l'indice vedette FTSE 100. Depuis, il conservait une simple cotation secondaire sur la place britannique, désormais supprimée.

Le conseil d'administration a avancé quatre raisons. La liquidité sur le NYSE surpasse largement celle observée à Londres. L'actionnariat est très majoritairement nord-américain. La suppression de la double cotation élimine des coûts et une complexité de gouvernance. Enfin, la structure de cotation s'aligne sur des activités et un siège social entièrement situés outre-Atlantique, à Newport News, en Virginie.

Ces arguments collent à la réalité industrielle de l'entreprise. Ferguson est le premier distributeur de solutions liées à l'eau et à l'air pour les professionnels du bâtiment en Amérique du Nord, sur un marché estimé à 340 milliards de dollars. Le groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 31,3 milliards de dollars sur son exercice 2025, exploite près de 1 700 sites et emploie 35 000 personnes. Les détenteurs britanniques de titres via des depositary interests pourront continuer à opérer jusqu'au 29 janvier 2027 environ, avant de basculer vers des comptes de courtage américains.

Une hémorragie qui dure

Le départ de Ferguson s'inscrit dans une série ininterrompue. En 2024, 88 sociétés ont quitté le marché principal londonien ou transféré leur cotation principale, le chiffre le plus élevé depuis 2009, face à seulement 18 nouvelles introductions, un plancher inédit depuis 2010. Sur dix ans, la cote britannique a perdu environ 800 sociétés, passant de près de 2 365 valeurs en 2015 à un peu plus de 1 560 en 2025, soit près d'un tiers de ses effectifs.

La liste des candidats au départ ressemble à un annuaire de la City. Le groupe de paris Flutter Entertainment quittera Londres le 3 août prochain, sa dernière séance britannique étant fixée au 31 juillet, pour ne conserver que le NYSE. La fintech Wise a obtenu l'accord de ses actionnaires pour transférer sa cotation principale aux États-Unis, sur une valorisation d'environ 11,27 milliards de livres. Avant eux, le concepteur de puces ARM avait choisi le Nasdaq et une valorisation de 65 milliards de dollars, tandis que le cimentier CRH, le groupe de livraison Just Eat Takeaway ou le voyagiste TUI ont suivi des chemins comparables.

Les entreprises britanniques se traitent couramment avec une décote de 30 à 40 % par rapport à leurs homologues américaines, ce qui alimente autant les départs que les rachats.

Le fossé des valorisations, cœur du problème

Deux forces se conjuguent. D'un côté, la décote de valorisation rend les sociétés londoniennes vulnérables aux offres de rachat. En juillet 2026, la valeur des offres publiques d'achat visant des groupes britanniques dépassait celle des nouvelles introductions dans un rapport proche de 27 pour 1. De l'autre, cette même décote pousse les entreprises à préférer New York, où la profondeur de marché, les valorisations et un vivier d'investisseurs friands de technologie dépassent ce que Londres peut offrir.

Les autorités britanniques ont réagi. La réforme du régime de cotation a simplifié les règles d'admission et instauré une exonération de droit de timbre de trois ans pour les nouvelles cotées. Les montants levés lors des introductions ont plus que triplé au premier semestre 2026 par rapport à la même période de 2025. Ces mesures traitent toutefois les frictions de procédure et de gouvernance, non l'écart de valorisation avec Wall Street, que rien n'a réduit à ce jour. Le premier trimestre 2026 n'avait vu que deux introductions à Londres.

Paris et Amsterdam, un miroir contrasté

Pour l'épargnant français, la tentation serait de voir dans les déboires londoniens une aubaine pour la zone euro. La réalité mérite nuance. Sur Euronext Paris, le bilan des introductions reste maigre : deux opérations à peine sur Euronext Growth au premier semestre 2026, pour un montant cumulé proche de 50 millions d'euros. La dynamique européenne s'est concentrée ailleurs, portée par la défense. Le tchèque CSG a levé 3,8 milliards d'euros à Amsterdam, la plus importante introduction jamais réalisée dans ce secteur.

Euronext tente de réamorcer la pompe. L'opérateur paneuropéen, dont Paris abrite le siège, a lancé fin juin 2026 un dispositif baptisé IPOGo destiné à faciliter la cotation des PME sur Euronext Growth, dans le prolongement de son programme IPO Ready. La concentration boursière européenne autour d'Euronext offre une taille critique, mais la place parisienne peine encore à convertir cet atout en flux d'introductions massif.

Ce que cela change pour les investisseurs

Le mouvement soulève une question patrimoniale concrète : où loger son exposition aux actions. Un épargnant français qui investit via un plan d'épargne en actions reste, par construction, cantonné aux titres européens, alors même que la croissance et la liquidité migrent vers les États-Unis. Les enveloppes plus souples, comme l'assurance vie en unités de compte ou le compte-titres, permettent d'accéder aux valeurs américaines, souvent par le biais de fonds indiciels cotés.

La désaffection pour les actions britanniques n'est pas nouvelle : les fonds de pension du pays ont réduit leur exposition aux actions domestiques pendant deux décennies. Le risque, pour l'Europe continentale, serait de reproduire ce cercle où des valorisations basses découragent les cotations, tarissent la liquidité et déciment encore les valorisations. À l'inverse, la vague d'introductions dans la défense montre qu'un secteur porteur peut relancer une place financière. La compétition entre Londres, Paris, Amsterdam et New York se jouera moins sur les règles que sur la capacité à attirer capitaux et croissance.

Points de repère

  • Radiation Ferguson : effective le 20 juillet 2026 à 8 heures, dernière séance londonienne le 17 juillet.
  • Ampleur de l'exode : 88 départs en 2024 pour 18 introductions ; environ 800 sociétés perdues en dix ans.
  • Prochain départ : Flutter Entertainment quittera Londres le 3 août 2026.
  • Décote : les valeurs britanniques accusent 30 à 40 % de moins que leurs pairs américaines.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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