Espagne : Sánchez convoque des législatives le 29 novembre après la chute de ses décrets logement
Pedro Sánchez dissout les Cortes et convoque des élections générales anticipées le 29 novembre, après le rejet de ses deux décrets sur le logement. L'Ibex 35 gagne 1,12 % et l'euro touche un plus bas de dix-sept mois.
Pedro Sánchez, président du gouvernement espagnol, a annoncé lundi 5 octobre 2026 au matin la dissolution des Cortes Generales (le Parlement espagnol, formé du Congrès des députés et du Sénat) et la tenue d'élections générales anticipées le dimanche 29 novembre. L'annonce intervient trois jours après le rejet, au Congrès, des deux décrets-lois sur le logement que son gouvernement avait adoptés le 29 septembre. La Bourse de Madrid a fini la séance en hausse de 1,12 %, tandis que l'euro est tombé à son plus bas niveau depuis dix-sept mois face au dollar.
La déclaration de Pedro Sánchez à la Moncloa
Le chef du gouvernement a prononcé une déclaration institutionnelle au palais de la Moncloa. « Après en avoir informé le chef de l'État, j'ai décidé de convoquer ce matin même un Conseil des ministres extraordinaire pour dissoudre les Cortes Generales et convoquer des élections générales qui se tiendront le dimanche 29 novembre », a-t-il déclaré, selon la transcription diffusée par la Moncloa (traduction France Épargne).
Pedro Sánchez dit rechercher au Parlement une majorité « beaucoup plus large ». « Pour faire davantage, nous devons renouveler et élargir le soutien des citoyens », a-t-il affirmé. Il a présenté le vote comme un choix face à « une coalition d'extrême droite » et a revendiqué le bilan économique de sa coalition entre socialistes et Sumar. Le décret de convocation paraît mardi 6 octobre au BOE (Boletín Oficial del Estado, le journal officiel espagnol). Selon RTVE, le roi Felipe VI l'a signé depuis la Finlande. Les précédentes élections générales, elles aussi anticipées, remontent au 23 juillet 2023.
Les deux décrets logement rejetés le 2 octobre
Un décret-loi espagnol est une norme de rang législatif que le gouvernement adopte en urgence et que le Congrès doit ensuite ratifier lors d'un vote de convalidation. Le premier texte, le décret-loi 26/2026, instaurait une prolongation extraordinaire des baux d'habitation et encadrait leur revalorisation jusqu'au 31 décembre 2027, selon le texte paru au BOE. Un loyer supérieur au plafond de l'indice de référence ne pouvait plus augmenter. Sous ce plafond, la hausse était limitée à 2 % à défaut d'accord entre bailleur et locataire. Il suspendait les expulsions de ménages vulnérables sans solution de relogement. Entré en vigueur le jeudi 1er octobre, il est tombé le lendemain : le Congrès l'a rejeté par 178 voix (Parti populaire, Vox, Junts et UPN) contre 172.
Le second texte, le décret-loi 27/2026 porté par Sumar, faisait du renouvellement automatique du bail la règle. Le propriétaire qui refusait de prolonger devait verser au locataire l'équivalent de douze mois de loyer d'un logement comparable, avec un minimum d'un mois de loyer par année d'occupation, d'après le préambule du décret. Le Congrès l'a rejeté par 184 voix contre 166 : le Parti nationaliste basque (PNV) et Coalition canarienne ont rejoint le camp du non sur ce texte.
Le parti indépendantiste catalan Junts a motivé son vote dans un communiqué : selon lui, « nombre des mesures incluses provoqueront l'effet inverse de celui recherché », en réduisant l'offre locative et en renchérissant les loyers. Le gouvernement entend adopter de nouveau les deux décrets lors du Conseil des ministres de mardi, selon la télévision publique basque EITB et le quotidien La Voz de Almería. Leur validation reviendrait alors à la Députation permanente, l'organe restreint qui remplace le Congrès dissous. Le chef de Vox, Santiago Abascal, qualifie cette procédure d'« illégalité manifeste ». D'après EITB, les voix de Junts ne suffisent pas à bloquer un texte dans cette instance. Un nouveau vote négatif du PNV ferait en revanche tomber le second décret.
Ibex, euro et dette : la séance du 5 octobre
L'Ibex 35, principal indice de la Bourse de Madrid, a clôturé à 19 299,70 points (+1,12 %), après un plus haut de 19 338 points et un plus bas de 19 013 points, selon Bloomberg Línea. Cette hausse doit beaucoup au Brésil. Flávio Bolsonaro a obtenu 47,1 % des voix au premier tour de la présidentielle brésilienne, contre 45 % pour Lula da Silva, avant un second tour fixé au 25 octobre. Santander a gagné 4,52 % à 12,34 euros, Telefónica 3,38 % et Mapfre 1,43 %. Selon Javier Cabrera, analyste chez XTB, le Brésil représente 22 % de la marge d'intérêts de Santander et 15 % de son bénéfice net. Le quotidien Capital Madrid juge que le scrutin brésilien a davantage pesé sur la cote madrilène que l'annonce espagnole. Le producteur d'électricité solaire Solaria a enregistré la plus forte baisse de l'indice : la dissolution rend incertain l'avenir d'un décret prévoyant que les centres de données adossent au moins 80 % de leur consommation électrique à de nouvelles capacités renouvelables.
L'euro a touché 1,1161 dollar en séance asiatique, un plus bas depuis mai 2025, avant de remonter vers 1,12 dollar. Dans une note publiée vendredi et citée par Euronews, les analystes d'ING estiment que le marché pourrait « facilement ajouter 2 % de prime de risque » à la monnaie unique si la vente d'obligations européennes se prolongeait. La dette espagnole a peu réagi. En fin de journée, le rendement de l'obligation à dix ans s'établissait à 4,15 %, contre 3,50 % pour le Bund allemand, selon les cotations de CNBC : l'écart de taux (la prime que l'Espagne paie au-dessus de l'Allemagne) ressort à environ 65 points de base. L'OAT française à dix ans rapportait 4,87 %, soit un écart d'environ 137 points de base avec le Bund. Le CAC 40 a reculé de 0,80 % à 7 834,10 points, lesté par la chute de 10 % de Schneider Electric après l'annonce du rachat de PTC.
Quels chantiers s'arrêtent avec la dissolution ?
La législature s'achève sans qu'un seul projet de budget ait été présenté. Selon EITB, l'Espagne vit sous les comptes de 2023, reconduits trois fois. Le gouvernement abandonne le projet de budget pour 2027 qu'il préparait. La dissolution fait tomber les textes en cours d'examen au Congrès, dont la réforme du financement des régions et l'effacement d'une partie de leur dette envers l'État, contractée via le FLA (Fondo de Liquidez Autonómico, le guichet de prêts de l'État aux communautés autonomes). Les propositions de loi sur les locations temporaires et sur la publicité des meublés touristiques illégaux disparaissent avec elles.
Sondages et lectures des analystes
Le Parti populaire arrive en tête des intentions de vote. Dans l'enquête SocioMétrica pour El Español, réalisée par téléphone du 1er au 3 octobre auprès de 1 000 personnes, le PP obtiendrait 143 sièges (33,4 %), le Parti socialiste (PSOE) 106 sièges (26,5 %) et Vox 62 sièges (18,1 %). Le PP, Vox et UPN réuniraient 206 députés, au-dessus de la majorité absolue de 176 sièges sur 350. Le chef du PP, Alberto Núñez Feijóo, a appelé à clore une « sombre période » et à engager une « reconstruction nationale ».
Bloomberg Economics anticipe des effets limités sur l'activité. « L'impact économique à court terme devrait être limité », écrivent Antonio Barroso et Ana Andrade, qui maintiennent une prévision de croissance de 0,6 % au troisième trimestre puis de 0,5 %. Ils signalent un risque à moyen terme : selon eux, un net ralentissement de l'immigration, en cas de changement de politique migratoire, pourrait peser sur la capacité de production de l'économie. Pour Citi, la convocation ne modifie pas en elle-même les perspectives de bénéfices des banques espagnoles. Son analyste Borja Ramírez Segura retient quatre variables : la consolidation bancaire, la taxe sur le secteur, la participation de l'État au capital de CaixaBank et la croissance intérieure.
Quelle exposition pour un épargnant français ?
Les grandes valeurs de l'Ibex figurent dans les fonds actions européens et de la zone euro logés en assurance vie ou dans un PEA (Plan d'Épargne en Actions). Pour les banques de l'indice, le second tour brésilien du 25 octobre compte au même titre que le scrutin espagnol : Santander tire 15 % de son bénéfice net du Brésil, selon XTB.
Sur le marché obligataire, l'Espagne paie au-dessus du Bund une prime inférieure à la moitié de celle de la France, au premier jour de la campagne. Un Français qui loue en Espagne un logement servant de résidence principale à son locataire est concerné au premier chef par les décrets. Le plafond de revalorisation de 2 % et l'indemnité de douze mois ont cessé de s'appliquer le 2 octobre. Ils ne reviendraient qu'après une nouvelle adoption en Conseil des ministres, puis un vote favorable de la Députation permanente.
Les dates clés jusqu'au 29 novembre
- 6 octobre : publication du décret de convocation au BOE, ouverture des demandes de vote par correspondance, Conseil des ministres prévu pour adopter de nouveau les décrets logement.
- 21 au 26 octobre : dépôt des listes de candidats.
- 25 octobre : second tour de la présidentielle brésilienne. Santander, Telefónica et Mapfre ont une part importante de leur activité au Brésil, selon Capital Madrid.
- 13 novembre : ouverture de la campagne officielle, close le 27 novembre à minuit.
- 23 novembre : dernier jour de publication des sondages.
- 29 novembre : jour du scrutin. Les nouvelles Cortes doivent se réunir au plus tard le 24 décembre, selon le calendrier publié par l'agence EFE.