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Kone voudrait garder l'Espagne et le Portugal de TK Elevator pour obtenir le feu vert de Bruxelles

Kone chercherait à conserver les activités ibériques de TK Elevator tout en cédant le reste de son périmètre européen pour faire valider un rachat évalué à 29,4 milliards d'euros. Le prix versé aux fonds Advent et Cinven dépend de ces cessions.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Collage d'un cadran d'étage d'ascenseur et d'une carte de l'Espagne et du Portugal, pour le rachat de TK Elevator par Kone

Kone tenterait de conserver les activités de TK Elevator en Espagne et au Portugal dans le dossier qu'il défend à Bruxelles pour faire autoriser son rachat du fabricant allemand d'ascenseurs, une opération qui valorise la cible à 29,4 milliards d'euros, dette comprise. Cette information, publiée lundi 26 octobre au matin, réduirait le périmètre des cessions envisagées en Europe. La Commission européenne aurait alors à se prononcer sur la création d'un acteur dominant à l'échelle régionale dans la péninsule Ibérique.

Un périmètre de cessions resserré

Le 1er octobre, deux personnes proches du dossier avaient indiqué que Kone se préparait à mettre en vente l'essentiel des activités européennes de TK Elevator (ascenseurs, escaliers mécaniques et services associés). Le processus devait démarrer à l'automne, possiblement en novembre. Kone avait répondu par un communiqué : « Nous avons toujours été clairs sur le fait que des cessions correctrices pourraient être nécessaires dans certaines zones géographiques pour obtenir le feu vert des autorités. »

Le 5 octobre, plusieurs industriels japonais, parmi lesquels Mitsubishi Electric et Fujitec (contrôlé par le fonds suédois EQT), étudiaient une offre sur ce périmètre européen. L'ensemble pourrait valoir 5 milliards d'euros ou plus pour un résultat supérieur à 400 millions d'euros. Kone avait ajouté rester engagé à dégager « les quelque 700 millions d'euros de synergies annuelles estimées ». Garder l'Espagne et le Portugal retirerait du lot à vendre deux marchés où TK Elevator dispose d'une implantation historique.

Les termes du contrat de rachat

Kone et Vertical Topco I, la holding contrôlée par les fonds Advent et Cinven, ont signé le contrat de cession le 29 avril 2026. Les vendeurs doivent recevoir 5 milliards d'euros en numéraire et au plus 270 millions d'actions Kone de classe B nouvelles, valorisées 15,2 milliards d'euros au cours de clôture du 28 avril. Environ 9,2 milliards d'euros de dette nette de TK Elevator seraient refinancés.

Le contrat contient une clause décisive pour la suite. Le prix total, en actions comme en numéraire, sera ajusté à la clôture en fonction « des termes et le périmètre » des cessions exigées par les autorités de concurrence. Chaque activité conservée en Europe pèse sur la contrepartie versée aux fonds. Kone prévoit une finalisation au plus tôt au deuxième trimestre 2027.

  • Chiffre d'affaires combiné : environ 20,5 milliards d'euros sur le dernier exercice, dont 65 % issus du service et de la modernisation.
  • Résultat opérationnel ajusté combiné : plus de 2,7 milliards d'euros, hors synergies.
  • Parc sous contrat de maintenance : environ 3,2 millions d'appareils.
  • Gouvernance : Antti Herlin conserverait plus de 50 % des droits de vote, et les fonds détiendraient 33,8 % du capital pour 18,3 % des voix.

Les examens en cours à Bruxelles, Washington et Londres

L'opération ramènerait de quatre à trois le nombre de grands fabricants d'ascenseurs européens. Le suisse Schindler conteste le projet devant les autorités. Il redoute la « perte d'un concurrent mondial indépendant et de grande taille ».

Le 11 août, Kone a annoncé que la division antitrust du ministère américain de la Justice ouvrait un examen approfondi de l'opération. À Londres, l'autorité britannique de la concurrence (CMA, Competition and Markets Authority) a lancé le 22 septembre un appel à commentaires, préalable à l'ouverture formelle de sa phase 1. En juillet, Kone indiquait que les notifications avaient été déposées ou étaient en cours dans toutes les juridictions clés.

Les analystes de Kepler jugeaient dès mai qu'une enquête approfondie de phase 2 à Bruxelles était très probable : « Les ascenseurs sont souvent achetés à l'échelle locale ou nationale. » Kulwinder Rajpal, analyste chez AlphaValue, s'attend à un examen « pays par pays ». Cette logique nationale rend la demande ibérique délicate, car la Commission apprécie la concurrence marché par marché.

Le précédent de 2020 et les nouvelles règles européennes

Kone avait déjà tenté de racheter la division ascenseurs de thyssenkrupp. Associé au fonds CVC, il avait déposé une offre non engageante d'environ 17 milliards d'euros, avant de se retirer des discussions le 17 février 2020, en partie à cause des obstacles de concurrence. Advent et Cinven avaient ensuite acquis l'activité.

Le contexte a changé depuis. La Commission révise ses lignes directrices sur les concentrations, et les entreprises pourraient y faire valoir des gains en matière d'investissement, d'innovation, de résilience et de durabilité. Le Premier ministre finlandais, Petteri Orpo, a estimé que l'Europe avait besoin de davantage d'entreprises dans le « premier rang mondial ». Panu Laitinmaki, analyste chez Danske Bank, voyait en mai de meilleures chances de succès qu'il y a quelques années : « La position de l'UE sur les grandes fusions européennes semble évoluer. »

L'enjeu pour les actionnaires de Kone

L'action Kone a clôturé à 56,32 euros vendredi 23 octobre à Helsinki, après un gain de 3,97 % le 22 octobre. Ce cours se situe au niveau implicite de l'offre (15,2 milliards d'euros pour 270 millions de titres, soit environ 56,30 euros par action). Pour un actionnaire de Kone, la taille finale des cessions détermine deux paramètres : le nombre d'actions nouvelles créées et la part des 700 millions d'euros de synergies qui restera accessible.

Kone publiera ses résultats des neuf premiers mois le mercredi 28 octobre à 8h30, heure d'Helsinki. La direction pourrait y préciser le calendrier des remèdes proposés à Bruxelles et l'état d'avancement de la vente des actifs européens.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.