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Christian Sewing écarte la bulle de l'IA et voit dans la France un « signal d'alarme »

Le patron de Deutsche Bank refuse de parler de crise de la dette française mais y voit un signal d'alarme budgétaire, le jour où l'OAT à dix ans a touché 5 %. Il conteste aussi la bulle de l'IA décrite par Ken Griffin et anticipe des taux plus élevés.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Tours de verre du quartier bancaire de Francfort au crépuscule, alors que Christian Sewing juge la situation budgétaire française préoccupante

Christian Sewing, président du directoire de Deutsche Bank, refuse de parler de crise de la dette pour la France, mais il y voit un avertissement pour tous les États. « Je ne parlerais pas de crise de la dette à ce stade, mais je pense que c'est un signal d'alarme, en particulier pour toutes les finances publiques : la discipline budgétaire est essentielle », a déclaré le patron de la première banque allemande mercredi 21 octobre, dans un entretien accordé à Bloomberg Television à Berlin. Dans le même échange, il a contesté l'idée d'une bulle de l'intelligence artificielle (IA) défendue la veille par le milliardaire Ken Griffin.

Paris sous surveillance des marchés obligataires

La remarque tombe le jour où le rendement de l'OAT à dix ans a franchi 5 % en séance, à 5,0023 % au plus haut, une première depuis juillet 2002. Vers 15h05, heure de Paris, le taux français revenait à 4,96 %, contre 4,92 % la veille au soir. Le Bund allemand de même maturité rapportait 3,40 %, soit un écart d'environ 156 points de base entre les deux pays. L'État français emprunte désormais plus cher que l'Italie, dont le titre à dix ans s'échangeait à 4,55 %.

Le calendrier n'apporte pas de répit immédiat. L'agence Moody's doit publier vendredi 23 octobre sa revue de la note souveraine française, et l'examen de la partie recettes du budget 2027 ne reprendra à l'Assemblée nationale que le 27 octobre, après le report du vote solennel prévu le 20. Les violences des 17 et 18 octobre ont ajouté une incertitude sociale à un déficit déjà scruté par les investisseurs, à six mois de l'élection présidentielle.

En choisissant le terme de « signal d'alarme » plutôt que celui de crise, Christian Sewing adopte une position intermédiaire. Il ne décrit pas une situation hors de contrôle, mais il rattache la hausse des taux français à une question de crédibilité budgétaire qui dépasse, à ses yeux, le seul cas de Paris.

Pas de bulle de l'IA, mais des revers possibles

Sur l'intelligence artificielle, le dirigeant allemand a pris le contrepied de Ken Griffin. Le fondateur du fonds Citadel avait affirmé mardi 20 octobre, lors d'une conférence organisée par Citadel Securities à New York, que les investisseurs se trouvaient « presque certainement » au cœur d'une bulle de l'IA. Il soulignait que les grandes entreprises peinent encore à tirer de la valeur de leurs modèles.

« Dans l'ensemble, je ne crois pas que nous vivions dans une bulle sur le point d'éclater. »

Christian Sewing, président du directoire de Deutsche Bank, sur Bloomberg Television, le 21 octobre 2026

« La crainte d'être face à une bulle n'est pas justifiée », a insisté Christian Sewing. Il admet que des revers restent possibles, « y compris pour certaines entreprises ». Il qualifie l'usage industriel de l'IA de « chance du siècle » pour l'Allemagne, à condition que le cadre réglementaire soit bien conçu. La banque emploie aussi ces outils pour gagner en efficacité et renforcer ses contrôles internes, précise son dirigeant.

Ken Griffin ne prédisait pas pour autant un effondrement. « Toute transformation radicale de notre économie est en général liée à une bulle », avait déclaré l'investisseur, en ajoutant que les entreprises qui survivent à ces phases deviennent les leaders de leur marché pour des décennies. Les deux hommes divergent donc surtout sur le mot, beaucoup moins sur l'idée que des pertes ponctuelles restent possibles.

Volatilité durable et taux plus élevés

Le patron de Deutsche Bank distingue la question d'une bulle de celle de la volatilité, qu'il juge appelée à durer en raison des tensions géopolitiques. Il estime que les investisseurs doivent s'attendre à des marchés plus agités et à des taux d'intérêt plus élevés. Ce scénario rejoint la remontée des rendements longs observée en Europe ces dernières semaines.

Côté allemand, Christian Sewing a qualifié la réforme des retraites voulue par la coalition de Friedrich Merz de « mère de toutes les réformes ». Il dit avoir entendu des signaux très confiants de la part du chancelier et de son partenaire de coalition, et voit dans son adoption l'une des principales tâches des trois derniers mois de l'année.

Le titre Deutsche Bank progressait de 1,1 % à 28,575 euros mercredi vers 15h à Francfort. La banque publiera ses résultats du troisième trimestre le 28 octobre, une occasion de mesurer l'effet de la hausse des taux sur ses revenus d'intérêts et sur la valeur de ses portefeuilles obligataires.

Ce que cela change pour les épargnants

Un dirigeant bancaire qui anticipe des taux durablement plus hauts confirme une tendance déjà visible dans les prix. Pour l'épargnant français, une OAT proche de 5 % offre des rendements d'entrée plus élevés sur les obligations et les fonds obligataires achetés aujourd'hui, tandis que les titres déjà détenus perdent de la valeur lorsque les taux montent. Les fonds en euros de l'assurance vie, investis surtout en obligations, ne répercutent cette hausse que progressivement.

Le débat sur l'IA concerne de son côté les unités de compte exposées aux grandes valeurs technologiques. Qu'il y ait bulle ou non, les deux banquiers admettent que des revers sur certaines entreprises restent possibles, ce qui plaide pour vérifier la concentration de son allocation sur quelques titres.

À surveiller

  • La revue de la note souveraine française par Moody's, vendredi 23 octobre.
  • La reprise du débat sur les recettes du budget 2027 à l'Assemblée nationale, le 27 octobre.
  • Les résultats trimestriels de Deutsche Bank, le 28 octobre.
  • Le niveau de l'OAT à dix ans par rapport au seuil de 5 %.

Sources

  • Bloomberg, « Deutsche Bank Chief Sewing Says French Situation Is ‘Concerning’ », 21 octobre 2026, lien
  • Bloomberg, « Deutsche Bank Chief Sewing Plays Down Griffin’s AI Bubble Fears », 21 octobre 2026, lien
  • Bloomberg, « Sewing Sees German Pension Overhaul as ‘Mother of All Reforms’ », 21 octobre 2026, lien
  • Bloomberg, « Deutsche Bank’s Sewing Plays Down AI Risk as French Bond Yields Rise », 21 octobre 2026, lien
  • Bloomberg, « Ken Griffin Says AI ‘Almost Certainly’ in a Bubble Right Now », 20 octobre 2026, lien
  • cash.ch, « Deutsche-Bank-Chef Sewing relativiert Griffins Sorge über KI-Blase », 21 octobre 2026, lien
  • MarketScreener (MT Newswires), « Deutsche-Bank-Chef erwartet anhaltende Volatilität und höhere Zinsen », 21 octobre 2026, lien
  • 24/7 Wall St., « Ken Griffin: There Are “Almost Certainly Bubbles” in AI Right Now », 21 octobre 2026, lien
  • Deutsche Bank, « Financial Calendar 2026 », 21 octobre 2026, lien
  • CNBC, « Cotations FR10Y, DE10Y et IT10Y », 21 octobre 2026, lien
  • Stock Analysis, « Deutsche Bank (ETR:DBK) cours de bourse », 21 octobre 2026, lien
  • TF1 Info, « L'agence Moody's devrait dégrader la note de la France vendredi, en plein débats budgétaires à l'Assemblée », 21 octobre 2026, lien
  • Capital, « Le vote du volet impôts du budget 2027 est repoussé et l'examen ne reprendra que le 27 octobre », 19 octobre 2026, lien

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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