Plan de relance agricole : Lecornu annonce 500 à 700 millions d'euros pour 2027
Sébastien Lecornu a annoncé le 15 octobre une enveloppe indicative de 500 à 700 millions d'euros pour la relance agricole en 2027. Le plan cible l'eau, l'élevage et l'assurance récolte, et crée un pacte Genevard pour la transmission des exploitations.
Sébastien Lecornu a annoncé jeudi 15 octobre 2026, à l'issue d'une réunion interministérielle à Matignon, une enveloppe comprise « entre 500 et 700 millions d'euros » pour le plan de relance agricole de 2027. Les crédits proviendront du projet de loi de finances pour 2027, en cours d'examen à l'Assemblée nationale. Le gouvernement les inscrira par amendements au fil du débat parlementaire.
Ce plan prend le relais des mesures d'urgence de 2026, qui ont mobilisé environ 1,2 milliard d'euros par redéploiement de crédits. Il s'adresse à une agriculture frappée cet été par la sécheresse et des canicules répétées. Les exploitations subissent en parallèle la hausse du gazole non routier et des engrais, liée au blocage du détroit d'Ormuz depuis le printemps.
Le montant et son financement
Le Premier ministre a réuni autour de lui Annie Genevard (Agriculture), Monique Barbut (Transition écologique) et Serge Papin (PME et Commerce). Il a présenté le montant comme une fourchette provisoire, dont le niveau final dépendra des concertations avec la profession et des discussions au Parlement.
« Les 500 à 700 millions d'euros évoqués pour financer ce plan de relance sont une somme indicative et on doit terminer à 5 % de déficit à la fin. »
Sébastien Lecornu, Premier ministre
Le Premier ministre précise que toute rallonge devra être couverte par des recettes nouvelles ou des économies sur d'autres postes. Le plan d'urgence de 2026 reposait sur des crédits redéployés en cours d'année. Celui de 2027 mobilise des crédits déjà prévus dans la copie initiale du budget.
« Ce plan de relance, pour qu'il fonctionne, il faut vraiment qu'il vienne du terrain, c'est pour cela que j'ai dit depuis le début qu'on incorporera au fur et à mesure, par amendement, les nouveautés pour s'adapter. »
Sébastien Lecornu, Premier ministre
Engrais, climat et fiscalité : les trois volets du plan
Matignon organise le plan autour de trois axes :
- Autonomie des exploitations face au coût des engrais et du gazole non routier (GNR).
- Adaptation au changement climatique : bâtiments d'élevage, ouvrages de stockage de l'eau, irrigation et assurance.
- Simplification, en particulier fiscale, avec la création d'un « pacte Genevard » consacré à la transmission des exploitations.
La ministre de l'Agriculture a détaillé le volet climatique : le plan concernera « l'adaptation des bâtiments d'élevage, la multiplication des ouvrages de stockage de l'eau, l'irrigation ». Les services de l'État ont recensé 800 projets d'avenir pour la souveraineté alimentaire. Un appel à projets doit être lancé avant la fin de l'année. Annie Genevard a prévenu que l'été prochain « peut être difficile » et que l'objectif est de rendre les exploitants plus résilients dès maintenant.
Le gouvernement annonce une prise en charge par l'État des intérêts sur des prêts bancaires, dans la limite de 2 milliards d'euros d'encours. Cette mesure doit passer par amendement. Monique Barbut a évoqué l'extension des paiements pour services environnementaux (PSE), en lien avec les négociations sur la future politique agricole commune (PAC).
L'assurance récolte dans le volet climatique
Le Premier ministre a placé l'assurance dans le volet climatique du plan, en relevant que le secteur agricole n'est pas toujours bien assuré. Le régime actuel, entré en vigueur en 2023, repose sur trois étages : les petits aléas restent à la charge de l'exploitant, les pertes intermédiaires relèvent de l'assurance multirisque climatique, et la solidarité nationale (ISN, indemnité de solidarité nationale) prend le relais pour les sinistres exceptionnels.
L'État subventionne 70 % de la prime d'un contrat multirisque climatique, avec une franchise de 20 %. Deux paramètres ont déjà évolué cette année :
- l'acompte versé au titre de l'ISN est passé de 70 % à 80 % ;
- la période de référence servant à calculer les pertes passera de cinq à huit ans à partir de la campagne 2027. Sur huit ans, une série de mauvaises années pèse moins dans le rendement de référence.
Le 1er octobre, la commission chargée de reconnaître les pertes a validé 111 demandes couvrant 83 départements. Les guichets de l'ISN peuvent ouvrir dans 90 % des départements. Une partie des maraîchers n'a pas accès à l'assurance récolte, alors que les pertes atteignent jusqu'à 80 % sur certaines cultures légumières cette année.
Le Premier ministre exige par ailleurs la publication avant Noël des décrets d'application de la loi n° 2026-796 du 18 août 2026 d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Ce texte de 55 articles fixe à l'État l'objectif de doubler les volumes de stockage d'eau agricole d'ici 2035 et allège les procédures pour les petites retenues.
Le pacte Genevard et les dispositifs de transmission existants
Le gouvernement veut qu'aucune exploitation ne reste sans repreneur. Le pacte Genevard doit « faciliter la recherche de successeurs et la continuité de l'activité agricole ». Matignon n'a publié ni son mécanisme fiscal ni son calendrier.
Il s'ajoutera à deux dispositifs de transmission existants ou en discussion :
- le pacte Dutreil (article 787 B du code général des impôts) exonère de droits de mutation 75 % de la valeur des titres d'une société transmise, y compris agricole. La loi de finances pour 2026 a durci ses conditions pour les transmissions intervenues à compter du 21 février 2026 : engagement individuel de conservation allongé et exclusion des actifs somptuaires de l'assiette exonérée ;
- le pacte Papin, inscrit au projet de loi de finances pour 2027, cible la reprise d'une TPE ou d'une PME par ses salariés. Il prévoit une baisse des droits d'enregistrement et le doublement, de 500 000 euros à 1 million d'euros, de l'abattement sur la plus-value du dirigeant qui part à la retraite. Le cédant qui accorde un crédit à ses repreneurs pourra étaler le paiement de son impôt.
Pour les familles d'exploitants, l'apport du pacte Genevard par rapport au Dutreil dépendra de son champ d'application. Le gouvernement n'a pas indiqué s'il couvrira les exploitations individuelles, les reprises hors du cadre familial ou le foncier loué.
Les réactions des syndicats agricoles
Les organisations agricoles espéraient une enveloppe comparable à celle du plan d'urgence, soit environ 1,2 milliard d'euros. La FNSEA attend des précisions sur les nouveaux dispositifs. La Coordination rurale qualifie les annonces de « mesurettes » dont on « ne connaît pas le détail ».
Les Jeunes Agriculteurs saluent la prise de conscience du gouvernement et lient le sort du plan au vote du budget :
« Pas d'obstruction ! L'adoption d'un budget est indispensable pour espérer préserver notre modèle agricole familial. »
Jeunes Agriculteurs
Sur le volet commercial, Lecornu a dit ne pas vouloir « faire n'importe quoi » entre le revenu des agriculteurs, les marges de l'industrie agroalimentaire et le pouvoir d'achat des ménages.
Le calendrier des prochaines semaines
- Semaine du 19 octobre : Serge Papin réunit les acteurs des négociations commerciales en vue d'un « pacte de responsabilité ».
- Automne 2026 : dépôt des amendements du plan de relance au projet de loi de finances pour 2027, à l'Assemblée nationale puis au Sénat.
- 9 novembre 2026 : nouvelle session d'examen des demandes de reconnaissance des pertes de récoltes.
- 1er décembre 2026 : ouverture des négociations commerciales annuelles entre fournisseurs et distributeurs.
- Avant Noël : publication des décrets de la loi d'urgence agricole.
- Fin 2026 : lancement de l'appel à projets pour les 800 projets d'avenir.
Sources
- Public Sénat, « Sébastien Lecornu annonce entre 500 et 700 millions d'euros prélevés sur le budget 2027 pour la relance agricole », 15 octobre 2026, publicsenat.fr
- Franceinfo, « Plan de relance agricole : Sébastien Lecornu annonce une enveloppe entre 500 et 700 millions d'euros », 15 octobre 2026, franceinfo.fr
- AFP via Boursorama, « Plan de relance agricole : Lecornu annonce entre 500 et 700 millions d'euros », 15 octobre 2026, boursorama.com
- Agra Presse, « Lecornu dessine les contours du plan de relance », 15 octobre 2026, agra.fr
- Réussir, « Sébastien Lecornu annonce un plan de relance agricole de 500 à 700 millions d'euros », 15 octobre 2026, reussir.fr
- Jeunes Agriculteurs Magazine, « Plan de relance : entre 500 et 700 millions d'euros pour 2027 », 15 octobre 2026, jamag.fr
- Echos Plus, « Agriculture : Lecornu annonce jusqu'à 700 millions d'euros et un pacte Genevard », 15 octobre 2026, echosplus.com
- Terre-net, « Lecornu réunit des ministres jeudi sur le plan de relance agricole », 12 octobre 2026, terre-net.fr
- Ministère de l'Agriculture, « La loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles promulguée par le président de la République », août 2026, agriculture.gouv.fr
- Ministère de l'Agriculture, plan de soutien aux exploitations touchées par la sécheresse, 4 septembre 2026, et décisions de la commission de reconnaissance des pertes du 1er octobre 2026
- Banque des Territoires, « Transmission d'entreprises : le gouvernement veut créer un pacte Papin pour faciliter la reprise des entreprises par les salariés », 9 septembre 2026, banquedesterritoires.fr
- Actu Juridique, « Pacte Dutreil : une réforme a minima », 2026, actu-juridique.fr