Kering chute de 11 % en Bourse, Gucci recule encore de 6 % au troisième trimestre
Le titre Kering perd plus de 11 % à Paris après un trimestre où Gucci recule de 6 % en comparable, plus qu'attendu. Le groupe prévient que la marge du second semestre ne dépassera pas les 12,8 % du premier, et les courtiers abaissent leurs objectifs.
L'action Kering a perdu plus de 11 % dans les premiers échanges à la Bourse de Paris ce vendredi 23 octobre 2026, au lendemain de la publication d'un chiffre d'affaires trimestriel où Gucci, sa principale marque, a de nouveau reculé. Vers 9h30, le titre s'échangeait à 189,16 euros, en baisse de 11,40 %, contre une clôture de 213,50 euros jeudi. Le CAC 40 cédait au même moment 0,70 %, à 7 756,49 points, tandis que LVMH et Hermès reculaient plus modestement, de 1,68 % et 1,28 %.
Un trimestre stable en apparence, une marque phare en repli
Kering annonce un chiffre d'affaires de 3 345 millions d'euros au troisième trimestre 2026, stable en données publiées et en baisse de 1 % en données comparables. L'effet de change a apporté un point de croissance, sans effet de périmètre. Sur neuf mois, les ventes atteignent 10 565 millions d'euros, en repli de 2 % en données publiées et stables en comparable.
Le chiffre global masque une dégradation chez Gucci, qui pèse environ la moitié du résultat du groupe. La marque florentine a réalisé 1 291 millions d'euros de ventes, en baisse de 4 % en publié et de 6 % en comparable. Le consensus compilé par Kering tablait sur un repli de 5,4 %, et d'autres estimations de marché sur une baisse limitée à 3,3 %.
Le détail par canal inquiète davantage. Les ventes des boutiques Gucci en propre chutent de 9 % en comparable, alors que les ventes en gros bondissent de 45 %, à 120 millions d'euros, soit 9 % du chiffre d'affaires de la marque. Kering attribue cette hausse à une base de comparaison faible et à des effets de carnet de commandes liés aux nouvelles collections.
Le trafic en boutique, premier frein du groupe
La fréquentation des magasins reste la principale contrainte, reconnaît le groupe, en particulier en Chine continentale et au Japon pour Gucci. En revanche, le taux de conversion, le prix moyen et le panier moyen progressent dans la plupart des maisons. Les ventes du réseau en propre du groupe reculent de 3 % en comparable, tandis que le canal de gros et les autres revenus progressent de 3 %.
Lors de la conférence téléphonique de jeudi soir, la direction financière a détaillé les ventes en propre par région :
- Amérique du Nord : hausse de 1 %, un net ralentissement par rapport au deuxième trimestre ;
- Europe de l'Ouest : stabilité ;
- Japon : hausse de 4 % ;
- Asie et Pacifique : baisse de 8 %, la Chine continentale restant le principal point faible ;
- Reste du monde : baisse de 5 %.
La clientèle chinoise comme la clientèle américaine ont ralenti d'environ cinq points par rapport au deuxième trimestre. Interrogée sur la tendance d'octobre, la directrice financière Armelle Poulou a indiqué qu'elle restait globalement conforme à celle du trimestre écoulé dans la plupart des régions.
La marge du second semestre ne progressera pas
Le marché a aussi sanctionné un changement de ton sur la rentabilité. Kering confirme son objectif d'une marge opérationnelle courante 2026 supérieure à celle de 2025, qui s'établissait à 11,1 %. Mais la direction a prévenu que la marge du second semestre ne dépasserait pas les 12,8 % dégagés au premier semestre.
« Nous n'améliorerons pas la marge du second semestre par rapport à celle du premier, compte tenu d'un environnement difficile. »
Armelle Poulou, directrice financière de Kering
Questionnée sur l'ambition d'un retour à la croissance dès cette année, Armelle Poulou a refusé de se prononcer et renvoyé à la publication des résultats annuels. Elle a également prévenu que les ventes en gros de Gucci progresseraient moins vite au quatrième trimestre, voire reculeraient légèrement.
Des relais de croissance hors de Gucci
Le reste du portefeuille résiste. Kering Jewelry (Boucheron, Pomellato, DoDo, Qeelin) affiche 239 millions d'euros de ventes, en hausse de 11 % en comparable. Kering Eyewear progresse de 4 %, à 373 millions d'euros. Hors Gucci, les ventes en propre de la division mode et maroquinerie gagnent 2 %, portées par Saint Laurent, Bottega Veneta et Brioni.
« Le redressement de Gucci demeure notre priorité absolue. Nous renforçons progressivement sa désirabilité et accélérons le développement de son offre produit. »
Luca de Meo, directeur général de Kering
Le groupe poursuit par ailleurs la réduction de son réseau. Après 75 fermetures nettes en 2025, Kering a fermé 105 magasins en net sur neuf mois (128 fermetures et 23 ouvertures) et vise désormais au moins 125 fermetures nettes sur l'année, contre un objectif initial de 100.
Les courtiers abaissent leurs objectifs de cours
Plusieurs maisons de recherche ont révisé leurs objectifs dans la foulée. Jefferies ramène le sien de 220 à 200 euros et maintient sa recommandation de conservation, Bernstein passe de 270 à 210 euros, Barclays de 300 à 230 euros, UBS de 285 à 224 euros et Citi de 282 à 243 euros. Jefferies réduit en outre ses prévisions de bénéfice par action de 4,3 % pour 2026 et de 9,5 % pour 2027.
Les analystes de Bernstein s'interrogent sur le bond des ventes en gros de Gucci, qui pourrait traduire une pression commerciale accrue sur ce canal, un signal qu'ils jugent négatif. Les ventes en gros consistent à livrer des distributeurs : elles ne mesurent pas directement la demande des clients finaux.
Ce que cela change pour les actionnaires particuliers
Avant la séance de vendredi, l'action avait déjà perdu 29,1 % depuis le 1er janvier. Le repli de vendredi s'ajoute à cette baisse. Pour les épargnants qui détiennent le titre en direct, dans un plan d'épargne en actions (PEA) ou un compte titres, la séance rappelle le poids du risque spécifique : une seule marque concentre ici l'essentiel de la rentabilité d'un groupe.
Le plan de Luca de Meo, arrivé l'an dernier, vise à doubler la marge opérationnelle courante d'ici la fin de la décennie, par des économies de coûts, des fermetures de magasins et une refonte de la chaîne d'approvisionnement. Le groupe traverse aussi une période de renouvellement créatif : Anthony Vaccarello (Saint Laurent) et Sean McGirr (Alexander McQueen) ont quitté leurs fonctions en octobre, ce qui accroît la pression sur Demna, directeur artistique de Gucci depuis bientôt un an.
Les prochaines échéances
- L'arrivée en boutique de la ligne GucciCore à partir de novembre ;
- Une journée consacrée à la joaillerie le 2 décembre ;
- La publication des résultats annuels 2026, où Kering précisera sa trajectoire de croissance.
Sources
- Kering, « Chiffre d'affaires du 3e trimestre 2026 », 22 octobre 2026 : www.kering.com
- Kering, « Revenue for the 3rd quarter of 2026 », 22 octobre 2026 : www.kering.com
- Reuters, « Kering shares drop 11% as Gucci sales slide », 23 octobre 2026 : www.reuters.com
- Reuters, « Gucci sales slip again in latest blow to Kering recovery plan », 22 octobre 2026 : live.euronext.com
- Zonebourse / Boursorama, « Gucci recule encore et Kering renonce à sa marge du second semestre », 23 octobre 2026 : www.boursorama.com
- Investing.com, « Earnings call transcript: Kering Q3 2026 », 22 octobre 2026 : www.investing.com
- Investing.com, « Kering slides as Gucci sales fall 6% despite in line Q3 revenue », 22 octobre 2026 : www.investing.com
- Briefs Finance, « Gucci Q3 Miss as China Demand Drags », 23 octobre 2026 : www.briefs.co
- Boursorama, « Cours Kering, LVMH, Hermès et CAC 40, 23 octobre 2026 vers 9h30 », 23 octobre 2026 : www.boursorama.com
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