Fed et Banque d'Angleterre campent sur leurs taux face au choc pétrolier
La Réserve fédérale (3,5 à 3,75 %) et la Banque d'Angleterre (3,75 %) ont laissé leurs taux inchangés en avril. Le choc pétrolier lié à la guerre en Iran ravive l'inflation et fige les deux banques centrales entre soutien à la croissance et lutte contre la hausse des prix.

Deux banques centrales à l'arrêt
La Réserve fédérale américaine et la Banque d'Angleterre ont choisi l'immobilisme. Lors de leurs réunions de fin avril 2026, les deux institutions ont maintenu leurs taux directeurs et signalé qu'aucune inflexion rapide n'était à l'ordre du jour. La Fed conserve une fourchette de 3,5 à 3,75 % pour le taux des fonds fédéraux, inchangée depuis le début de l'année. La Banque d'Angleterre laisse son taux directeur (Bank Rate) à 3,75 %, un niveau gelé pour le troisième conseil consécutif.
Ce parallélisme n'a rien d'un hasard. Les deux banques affrontent le même dilemme : une inflation ravivée par la flambée des prix de l'énergie, conséquence directe de la guerre en Iran, alors même que la croissance faiblit. Relever les taux freinerait une économie déjà fragile. Les baisser reviendrait à alimenter une inflation importée. Résultat : l'attentisme prévaut des deux côtés de l'Atlantique.
Une Fed divisée comme jamais depuis 1992
Le statu quo américain masque de fortes tensions internes. Le 29 avril, le Comité de politique monétaire (FOMC) a voté le maintien par huit voix contre quatre. Quatre dissidences sur une même décision : du jamais vu depuis octobre 1992. Stephen Miran plaidait pour une baisse d'un quart de point, tandis que Beth Hammack, Neel Kashkari et Lorie Logan soutenaient le maintien mais refusaient toute formulation laissant entrevoir un assouplissement futur.
Les minutes de la réunion, publiées le 20 mai, confirment ce durcissement de ton. Une majorité de participants a estimé qu'un resserrement de la politique monétaire deviendrait probablement approprié si l'inflation continuait de dépasser durablement la cible de 2 %. Le communiqué officiel reconnaît que « l'inflation est élevée, en partie du fait de la récente hausse des prix mondiaux de l'énergie » et que « les développements au Moyen-Orient contribuent à un niveau élevé d'incertitude ».
« Ma préoccupation première reste l'inflation, qui est trop forte et trop longtemps restée au-dessus de la cible. Le moment n'est pas venu de baisser la garde. »
Jeffrey Schmid, président de la Réserve fédérale de Kansas City, le 29 mai 2026
Lors d'une intervention en Islande, Jeffrey Schmid a refusé de considérer la poussée des prix pétroliers comme transitoire. Il a même évoqué une nouvelle mobilisation du bilan de la Fed comme outil de restriction : « Nous ne sommes pas très restrictifs à ce stade, et je pense qu'il faut commencer à réfléchir aux outils dont nous disposons. » Une rhétorique aux antipodes des baisses de taux anticipées en début d'année.
Londres tiraillée entre inflation et ralentissement
Outre-Manche, le Comité de politique monétaire (MPC) a voté par huit voix contre une le maintien à 3,75 %, un seul membre réclamant une hausse à 4 %. Le comité a justifié sa prudence par une inflation qui atteignait 3,3 % sur un an en mars, avec un risque d'accélération en fin d'année à mesure que la hausse des prix de l'énergie se diffuse dans l'économie.
Les chiffres d'avril ont apporté un répit. Selon l'Office national des statistiques (ONS), l'indice des prix à la consommation est retombé à 2,8 % sur un an, contre 3,3 % en mars. Ce reflux tient principalement au nouveau plafond tarifaire sur l'énergie domestique entré en vigueur le 1er avril : les prix de l'électricité ont reculé de 8,4 % sur le mois. Un soulagement de court terme qui ne lève pas la menace de fond.
La Banque d'Angleterre a par ailleurs revu sa prévision de croissance pour 2026, abaissée de 0,4 point à 0,6 %. Le gouverneur Andrew Bailey a prévenu qu'un choc énergétique prolongé pourrait contraindre l'institution à agir sur les taux. Le Fonds monétaire international a, lui, adopté une position inverse, estimant à la mi-mai que la Banque n'avait pas besoin de relever ses taux et pourrait même envisager une baisse.
Le pétrole, variable décisive
Au cœur de ces hésitations se trouve le baril. Le brut a franchi les 100 dollars depuis le déclenchement du conflit et devrait rester élevé dans les semaines à venir. Cette envolée fausse tous les calculs : elle pousse l'inflation à la hausse tout en pesant sur l'activité, un cocktail rare qui place les banquiers centraux face à un arbitrage inconfortable.
La Banque centrale européenne n'échappe pas à ce dilemme. Elle a maintenu le 30 avril son taux de dépôt à 2,00 % et son taux de refinancement à 2,15 %, tout en relevant ses prévisions d'inflation pour 2026. Trois grandes banques centrales adoptent ainsi la même posture défensive : ne rien bouger tant que la trajectoire du pétrole reste illisible.
Ce que cela change pour les épargnants français
Pour l'épargnant français, ce gel coordonné des taux a des effets concrets. Des taux directeurs maintenus à un niveau relativement élevé soutiennent les rendements des placements sécurisés. Les fonds euros de l'assurance vie, dont la rémunération suit avec retard l'évolution des taux obligataires, profitent de cet environnement. Un assouplissement rapide, en revanche, aurait comprimé leurs perspectives de rendement.
Le Livret A, dont le taux est fixé à 1,5 % depuis le 1er février 2026, reste pour sa part déconnecté des décisions de la Fed et de la Banque d'Angleterre : sa formule dépend de l'inflation française et des taux de marché à court terme en zone euro. La comparaison entre placements réglementés et contrats d'assurance vie mérite donc un examen au cas par cas.
Pour les détenteurs d'unités de compte exposées aux marchés actions, la prudence des banques centrales a aussi son revers : le S&P 500 a reculé d'environ 9 % par rapport à son sommet de janvier avant d'effacer ses pertes, illustrant la nervosité des marchés face à l'incertitude monétaire et géopolitique.
Ce qu'il faut surveiller
Trois rendez-vous structureront les prochaines semaines. Du côté américain, le ton des prochaines interventions des membres du FOMC dira si le camp favorable à un resserrement gagne du terrain. À Londres, la réunion de juin du MPC précisera si le reflux de l'inflation d'avril suffit à écarter durablement le risque d'une hausse. Enfin, la trajectoire du baril reste le facteur déterminant : une accalmie sur le front iranien rouvrirait la voie à des baisses de taux, une escalade les refermerait pour de bon.
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