Hong Kong s'empare de la couronne mondiale des IPO au T1 2026 : 14 milliards de dollars portés par l'IA
La Bourse de Hong Kong a levé 14 milliards de dollars au premier trimestre 2026, soit une envolée de 489 % sur un an. L'intelligence artificielle et les semi conducteurs représentent 68 % des capitaux mobilisés, propulsant la place hongkongaise devant le Nasdaq et le NYSE.

La Bourse de Hong Kong reprend le trône mondial des introductions en Bourse
Avec près de 110 milliards de dollars hongkongais (environ 14 milliards de dollars américains) levés en seulement 79 jours, le Hong Kong Stock Exchange (HKEX) s'est hissé au premier rang mondial des marchés d'introduction en Bourse pour le premier trimestre 2026. Ce résultat, le plus élevé depuis le deuxième trimestre 2021, représente une progression de 489 % par rapport à la même période de 2025 et relègue le Nasdaq (5,65 milliards de dollars, 18 cotations) et le NYSE (4,95 milliards, 9 cotations) loin derrière.
Au total, 40 entreprises ont fait leur entrée sur le tableau principal de la Bourse hongkongaise, contre seulement 16 un an plus tôt, soit une hausse de 150 % du nombre de nouvelles cotations. En parallèle, 95 sociétés ont déposé un dossier de candidature rien qu'en janvier 2026, un bond de 231 % en glissement annuel.
L'intelligence artificielle et les puces, moteurs de la transformation
Le fait marquant de ce trimestre réside dans la domination écrasante du secteur technologique. Sur les 40 nouvelles cotations, 22 appartiennent à l'univers technologique (56 % du total), captant à elles seules 65,87 milliards de dollars hongkongais, soit 68 % des capitaux levés. Les semi conducteurs, l'intelligence artificielle et la robotique constituent le socle de cette vague.
La tendance reflète une mutation structurelle profonde du marché hongkongais, qui s'éloigne des secteurs traditionnels (immobilier, finance) pour embrasser la « hard tech ». Les entreprises issues de l'ancienne économie qui ont tenté l'aventure boursière affichent, elles, des performances post-cotation nettement inférieures, avec des taux élevés de passage sous le prix d'introduction.
Des parcours boursiers spectaculaires
Deux valeurs incarnent cette euphorie technologique. Zhipu Huazhang (2513.HK), spécialiste des grands modèles de langage et rival chinois d'OpenAI, a vu son cours grimper jusqu'à 938 dollars hongkongais l'action le 1er avril, soit une multiplication par sept depuis son prix d'introduction. De son côté, MiniMax (0100.HK) a atteint un pic à 1 330 dollars hongkongais, devenant momentanément l'action la plus chère de la place hongkongaise.
Dès le premier jour de l'année, le fabricant de processeurs graphiques Shanghai Biren Technology (6082.HK) a donné le ton en s'envolant de 76 % lors de sa séance inaugurale, la meilleure performance pour une IPO de plus de 700 millions de dollars à Hong Kong depuis 2021. Parmi les autres introductions notables figurent OmniVision Technologies (capteurs d'image), GigaDevice (mémoire flash, +55 % depuis sa cotation) et Montage Technology (puces mémoire).
Les investisseurs institutionnels affluent : l'effet « cornerstone »
L'appétit des grands investisseurs institutionnels constitue un signal fort. Les engagements dits « cornerstone » (investisseurs de référence qui s'engagent avant l'introduction) ont bondi de plus de 700 % sur un an pour atteindre 45,67 milliards de dollars hongkongais (environ 5,8 milliards de dollars). Le nombre cumulé de ces investisseurs est passé d'une quarantaine à 318 en un trimestre.
Parmi les noms les plus actifs : Temasek, BlackRock, UBS, Morgan Stanley, l'Abu Dhabi Investment Authority et Tencent Holdings. 14 introductions ont reçu des engagements « cornerstone » supérieurs à un milliard de dollars hongkongais, et 10 ont franchi le seuil des deux milliards.
« 2026 sera une année charnière pour les cotations dans les hautes technologies, consolidant davantage la position de Hong Kong en tant que leader mondial des marchés de capitaux. »
Louis Lau Tai cheong, associé et responsable du groupe marchés de capitaux de Hong Kong, KPMG China
Le phénomène des doubles cotations A+H accélère
Un facteur structurel alimente cette dynamique : les doubles cotations dites « A+H ». Sur les 40 nouvelles entrées du trimestre, 15 sont des entreprises déjà cotées sur les bourses de Shanghai ou Shenzhen qui ont choisi d'ajouter une ligne à Hong Kong. Les deux plus grosses opérations du trimestre, Muyuan Foodstuff (élevage porcin, plus de 10 milliards HKD levés) et Dongpeng Beverage (boissons, plus de 10 milliards HKD), entrent dans cette catégorie.
Ce mécanisme, facilité par une procédure accélérée plafonnée à 30 jours ouvrables pour les entreprises répondant à un seuil de capitalisation minimale de 10 milliards HKD, reflète la volonté de Pékin de renforcer les passerelles entre les marchés continentaux et la place financière hongkongaise. Plus de 90 dossiers A+H sont actuellement en cours d'instruction, selon les données du régulateur.
Les risques que les investisseurs ne doivent pas ignorer
Cette effervescence n'est pas exempte de fragilités. En janvier 2026, la Securities and Futures Commission (SFC) a publié une circulaire alertant sur les « déficiences graves » observées dans les dossiers d'introduction, pointant le manque de diligence des banques accompagnatrices. Dès décembre 2025, la SFC et le HKEX avaient adressé une lettre conjointe à 13 établissements sponsors pour les mettre en garde contre la baisse de qualité des candidatures.
Le risque de concentration géographique constitue un autre point de vigilance. Environ 80 % de la capitalisation du HKEX provient d'émetteurs de Chine continentale, ce qui expose les investisseurs aux évolutions réglementaires de Pékin et aux tensions géopolitiques entre Washington et Pékin. Pour de nombreux gérants de fonds, Hong Kong n'est plus perçu comme une passerelle neutre vers la Chine, mais comme une extension du système financier continental, avec les risques stratégiques et réputationnels que cela implique.
« Les valorisations des IPO risquent de s'ancrer sur les références des actions A, tandis que les investisseurs hongkongais privilégient les modèles d'actualisation des flux de trésorerie, le rendement du dividende et la liquidité. »
Ronald Wan, directeur général de Portwood Capital
Des contre-performances à surveiller
Tous les parcours ne sont pas heureux. Zhuozheng Medical (2677.HK) affiche un recul de 48,6 % par rapport à son prix d'introduction, Hongxing Cold Chain (1641.HK) a cédé 46,7 % et Ulesai Sharing (2649.HK) a perdu 37,1 %. Ces contre-exemples rappellent que la sélectivité reste primordiale.
Des projections ambitieuses pour le reste de l'année
Les grands cabinets d'audit s'accordent sur des prévisions optimistes pour l'ensemble de 2026. PwC table sur environ 150 cotations pour un montant de 320 à 350 milliards HKD (41 à 45 milliards de dollars). KPMG anticipe 180 à 200 dossiers pour un total comparable, soit une progression de 28,7 % par rapport à 2025. Deloitte prévoit 160 introductions et au moins 300 milliards HKD. La China International Capital Corporation (CICC) se montre la plus ambitieuse avec une estimation de 440 milliards HKD (56 milliards de dollars).
Avec 430 entreprises en attente de cotation (dont 17 déjà approuvées) au 31 mars 2026, le réservoir de candidats reste considérable. Les prochaines introductions attendues incluent Kunlunxin (filiale puces IA de Baidu), iQiyi (streaming vidéo) et Huaqin Technology.
Ce que cela signifie pour les épargnants et investisseurs
Pour les investisseurs français, cette renaissance du marché hongkongais ouvre plusieurs pistes de réflexion. L'accès aux valeurs technologiques chinoises via Hong Kong offre une diversification géographique et sectorielle attractive, à un moment où les valorisations des grandes capitalisations technologiques américaines restent élevées. Plusieurs ETF cotés en Europe permettent de s'exposer au HKEX : le iShares MSCI Hong Kong, le Xtrackers Hang Seng Tech ou encore le HSBC Hang Seng Tech.
La prudence reste toutefois de mise. Le risque réglementaire chinois, la volatilité liée au conflit au Moyen Orient et la concentration du marché sur un nombre restreint de méga introductions technologiques imposent une approche sélective. Les investisseurs les plus avertis privilégieront une exposition graduée, en complément d'un portefeuille diversifié, plutôt qu'un pari concentré sur la vague d'IPO.
Ce qu'il faut surveiller dans les semaines à venir
- L'introduction de Kunlunxin (puces IA Baidu), qui pourrait devenir l'une des plus importantes du deuxième trimestre.
- Les données du Stock Connect : les flux d'investisseurs continentaux vers Hong Kong (« southbound ») restent un baromètre clé de la demande.
- Les décisions de la SFC en matière de qualité des dossiers : un durcissement réglementaire pourrait freiner le rythme des cotations.
- L'évolution des tensions géopolitiques (conflit Iran, relations sino américaines) susceptibles d'affecter l'appétit des investisseurs internationaux.