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Eramet : l'État deviendra le premier actionnaire via une augmentation de capital de 500 M€

Eramet confirme une augmentation de capital de 500 millions d'euros au quatrième trimestre. L'APE, à 27,1 % du capital, rachètera des droits de la famille Duval et deviendra premier actionnaire, avec des droits de vote plafonnés à 49 %.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Cristaux métalliques argentés enlacés d'anneaux lumineux, évoquant les métaux critiques au cœur du sauvetage d'Eramet par l'État

L'État français va devenir le premier actionnaire d'Eramet. Le groupe minier a confirmé lundi 12 octobre au soir son augmentation de capital de 500 millions d'euros avec maintien du droit préférentiel de souscription (DPS), prévue au quatrième trimestre 2026, et détaillé la place qu'y prendra l'Agence des participations de l'État (APE), qui détient aujourd'hui 27,1 % du capital. L'Élysée avait annoncé quelques heures plus tôt que l'État deviendrait « très largement le premier actionnaire » du producteur de manganèse, de nickel et de lithium.

Un montage plafonné à 49 % des droits de vote

Selon le communiqué d'Eramet, l'APE souscrira pour sa quote part de 27,1 % et achètera, « en fonction du cours de référence de l'opération », tout ou partie des DPS de Sorame et CEIR, les holdings de la famille Duval. Le plafond porte sur les droits de vote effectifs : ceux de l'APE en assemblée générale ne devront pas dépasser 49 %, un ratio calculé sur la moyenne des assemblées 2024 à 2026. L'Élysée a de son côté indiqué que l'État « ne prendra pas plus de 50 % du capital », selon l'AFP.

Si l'APE ne rachète pas la totalité des droits de la famille Duval, Sorame et CEIR souscriront le solde. Un jeu d'options croisées est alors prévu : la famille disposera d'une option de vente et l'APE d'une option d'achat sur les actions nouvelles ainsi souscrites. Actionnaire depuis 1999, la famille Duval détenait 37,22 % du capital fin 2025, d'après les chiffres repris par l'AFP. Elle deviendra le deuxième actionnaire du groupe.

Pourquoi Eramet a besoin de 500 millions d'euros

Le groupe présente l'opération comme « indispensable au rétablissement de la situation financière du Groupe ». Elle doit renforcer ses fonds propres et lui permettre d'« assurer le respect de ses covenants bancaires », c'est à dire des ratios financiers exigés par ses prêteurs. L'exercice 2025 a été lourd : EBITDA ajusté de 372 millions d'euros, en baisse de 54 % sur un an, résultat net part du groupe hors Société Le Nickel (SLN) de moins 370 millions d'euros et levier ajusté de 5,5 fois l'EBITDA.

Le premier semestre 2026 a montré un rebond partiel. L'EBITDA ajusté a progressé de 45 %, à 276 millions d'euros, porté par le lithium, le manganèse et le programme d'économies ReSolution. Le résultat net part du groupe hors SLN est resté négatif, à moins 146 millions d'euros, après une dépréciation de 112 millions d'euros sur les sables minéralisés du Sénégal, touchés par un incendie en février. Fin juin, le levier ajusté atteignait encore 4,5 fois, le taux d'endettement (gearing) 129 % et la dette nette retraitée de la SLN environ 2 milliards d'euros. La ligne de crédit renouvelable de 935 millions d'euros était entièrement tirée depuis fin janvier.

L'augmentation de capital n'est qu'un des trois volets du plan de financement annoncé en février. Les deux autres restent en cours : l'amélioration de la performance opérationnelle et la cession ou monétisation de certains actifs, à l'issue d'une revue stratégique.

Le discours de souveraineté sur les métaux critiques

Bercy justifie l'investissement par la sécurisation des approvisionnements. « Cette opération illustre l'engagement du Gouvernement pour asseoir l'indépendance de la France dans le domaine des minerais et métaux critiques », déclare Roland Lescure, ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, dans le communiqué.

« Dans un contexte marqué par une compétition internationale accrue et par la nécessité de sécuriser les approvisionnements en métaux critiques, nous prenons un engagement ambitieux faisant de l'État le premier actionnaire de la société. »

Roland Lescure, ministre de l'Économie

Les actifs en jeu sont le manganèse du Gabon, le lithium de Centenario en Argentine, dont l'usine tournait à 90 % de sa capacité nominale en juin, et le nickel de Weda Bay en Indonésie, où le groupe attend une révision à la hausse de son quota d'extraction. La présidente directrice générale Christel Bories parle d'un « jalon majeur pour Eramet ». Pour Jérôme Duval, représentant de Sorame et CEIR, l'engagement de l'État « constituera plus que jamais un atout pour le développement du Groupe ».

Actionnaires individuels : souscrire, céder ses droits ou être dilué

L'opération est de taille au regard de la valeur boursière du groupe. L'action Eramet a clôturé lundi à 43,52 euros, en recul de 3,97 % sur la séance, avant l'annonce de l'Élysée. Elle a évolué entre 40,98 et 88,20 euros sur 52 semaines, pour une capitalisation d'environ 1,24 milliard d'euros, selon StockAnalysis. Les 500 millions d'euros recherchés représentent donc environ 40 % de cette valeur.

Chaque actionnaire recevra des DPS. Il pourra les exercer pour souscrire des actions nouvelles pendant la période de souscription, ou les vendre en Bourse s'il ne souhaite pas remettre d'argent. Celui qui ne fait ni l'un ni l'autre verra mécaniquement sa part du capital diluée. Eramet précise que, pour les actionnaires individuels, la capacité de participer devra être évaluée au cas par cas selon le pays de résidence.

  • Lecture favorable : l'engagement de l'APE et de la famille Duval sécurise l'essentiel du tour de table et éloigne le risque de bris de covenants.
  • Lecture prudente : le prix de souscription et la décote ne sont pas connus, et le groupe reste lourdement endetté tant que les cessions d'actifs ne sont pas réalisées.

Le calendrier à surveiller

Le lancement est attendu au quatrième trimestre 2026, après le visa du prospectus par l'Autorité des marchés financiers (AMF). Le cours de référence fixé à ce moment déterminera la quantité de droits que l'APE rachètera à la famille Duval, donc la part finale de l'État. L'assemblée générale du 27 mai 2026 avait déjà autorisé le conseil d'administration à émettre jusqu'à 500 millions d'euros d'actions nouvelles. Côté opérations, Eramet vise entre 6,4 et 6,8 millions de tonnes de minerai de manganèse transportées en 2026 et un retour à pleine capacité au Sénégal au premier trimestre 2027.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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