Banque de France : l'incertitude des chefs d'entreprise remonte nettement en septembre
L'indicateur d'incertitude de la Banque de France remonte nettement en septembre. Les chefs d'entreprise citent d'abord la hausse des carburants. L'activité progresse encore et le PIB croîtrait de 0,1 % au troisième trimestre.
La Banque de France a publié le 12 octobre 2026 son enquête mensuelle de conjoncture de début octobre. L'indicateur d'incertitude qu'elle tire des commentaires des chefs d'entreprise « remonte nettement en septembre, ce qui interrompt la tendance baissière observée depuis son pic de mars ». Les dirigeants citent d'abord la hausse des prix des carburants, puis le contexte économique général et le pouvoir d'achat. L'institution maintient son estimation d'une croissance du PIB de 0,1 % au troisième trimestre.
Un indicateur bâti sur les commentaires de 8 500 dirigeants
L'enquête couvre environ 8 500 entreprises ou établissements, interrogés entre le 27 septembre et le 5 octobre. L'indicateur d'incertitude repose sur l'analyse textuelle des commentaires libres des répondants. Sa valeur de référence est fixée à 100, le niveau autour duquel il fluctue en période normale.
Sur le graphique de la Banque de France, l'indicateur repasse au dessus de 200 en septembre dans l'industrie, les services marchands et le bâtiment, après un creux en août. Le pic de mars, que ce même graphique associe au conflit au Moyen-Orient, dépassait 300.
Le mouvement tranche avec l'enquête précédente. Début septembre, la Banque de France ne relevait qu'une remontée « légère » de l'indicateur dans les services marchands et le bâtiment. Les chefs d'entreprise se disaient alors préoccupés par le contexte politique.
Les carburants au premier rang des inquiétudes
Les mentions de la hausse des prix des carburants « progressent fortement », écrit la Banque de France. Le fichier officiel des prix à la pompe affichait le 12 octobre au soir un gazole à 2,36 euros le litre en moyenne sur les 9 815 stations recensées, et le sans plomb E10 à 2,17 euros.
Les dirigeants décrivent des comportements attentistes : reports de projets, commandes plus tardives et prudence accrue des ménages dans leurs dépenses. L'activité recule dans les transports, « sur fond de prix élevés des carburants et de demande atone ». L'activité de la restauration baisse sous l'effet de la faiblesse de la consommation.
Industrie, services et bâtiment en septembre
L'activité progresse en septembre dans l'industrie et accélère dans les services marchands. Elle évolue peu dans le bâtiment. La production industrielle augmente moins qu'anticipé et les écarts entre branches restent marqués : l'aéronautique demeure très dynamique, quand le bois, le papier et l'imprimerie restent à la peine, comme le caoutchouc, le plastique et le verre.
Le taux d'utilisation des capacités de production atteint 76,8 % en septembre, contre 76,4 % en août. Pour octobre, les chefs d'entreprise anticipent une accélération de la production industrielle. La production automobile reculerait toutefois nettement en raison d'arrêts temporaires de plusieurs sites, faute d'approvisionnement. Les services progresseraient à un rythme moins soutenu et le bâtiment resterait quasi stable.
Coûts des intrants et marges industrielles
Les prix des matières premières industrielles « repartent nettement à la hausse » en septembre, selon l'enquête. Les entreprises citent l'énergie, les carburants, certains métaux et les emballages. Au total, 13 % des entreprises industrielles ont relevé leurs prix de vente en septembre, contre 10 % en moyenne à cette période de l'année. La Banque de France qualifie cette transmission de partielle et note qu'elle comprime les marges.
Dans les services marchands, 11 % des entreprises ont augmenté leurs prix en septembre, contre 8 % en moyenne à cette période. Les hausses se concentrent dans l'hébergement, les transports et le travail temporaire. La trésorerie se dégrade légèrement dans l'industrie et plus nettement dans les services. Les activités juridiques et comptables et l'ingénierie y signalent un allongement des délais de paiement.
Les difficultés de recrutement touchent 18 % des entreprises, contre 17 % en août. Le bâtiment reste le secteur le plus concerné, à 22 %.
Quelle croissance pour le troisième trimestre ?
La Banque de France estime que le PIB « progresserait de l'ordre de 0,1 % au troisième trimestre ». Le chiffre est identique à celui de l'enquête de début septembre. D'après les comptes de l'Insee repris dans l'enquête, le PIB a stagné au deuxième trimestre (0,0 %) après un recul de 0,2 % au premier.
Le tableau publié avec l'enquête détaille la prévision par branche. La valeur ajoutée des services marchands, qui pèsent 59 % de l'ensemble, progresserait de 0,3 %. Celle de l'industrie manufacturière reculerait de 0,7 % et celle de la construction de 1,2 %.
Repères pour les épargnants
Sur les trois premiers trimestres de 2026, l'économie française afficherait une croissance cumulée proche de zéro, selon les chiffres de l'Insee et la prévision de la Banque de France. La reprise des hausses de prix dans l'industrie et les services concerne les placements indexés sur l'inflation, comme le Livret A, dont le taux est révisé deux fois par an selon une formule qui intègre l'inflation.
L'Insee publiera fin octobre sa première estimation du PIB du troisième trimestre. La prochaine enquête mensuelle de conjoncture de la Banque de France, attendue début novembre, dira si la remontée de l'incertitude se prolonge en octobre.
Sources
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