Microéconomie

BTP : 3 452 défaillances au troisième trimestre 2026, dont 1 700 dans le second œuvre

Altares recense 3 452 défaillances dans la construction au troisième trimestre 2026, en recul de 3,1 %. Le second œuvre, dont le carrelage, reste autour de 1 700 procédures. Pour le client d'un artisan liquidé, l'assureur décennal en place à l'ouverture du chantier reste tenu.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Salle de bain à moitié carrelée, cartons de carreaux et seau de colle laissés au sol, chantier de second œuvre interrompu

Altares a recensé 14 652 défaillances d'entreprises en France entre le 1er juillet et le 30 septembre 2026, selon son étude publiée le 13 octobre. Le total progresse de 0,5 % sur un an, la hausse la plus faible depuis la fin de la période Covid. La construction reste le premier secteur en nombre de procédures avec 3 452 défaillances, en recul de 3,1 % par rapport à l'été 2025.

Le reflux profite d'abord au gros œuvre. Le second œuvre, qui regroupe les métiers de finition comme le carrelage, la peinture ou la plâtrerie, se stabilise autour de 1 700 défaillances, en baisse de 1 %. Pour les particuliers qui ont fait poser une douche à l'italienne ou un sol carrelé, la disparition de l'entreprise pose la question des garanties encore mobilisables.

Les chiffres Altares du troisième trimestre 2026

Les liquidations judiciaires directes reculent de 1,2 % à 9 744 jugements et représentent 66,5 % des ouvertures. Les redressements judiciaires progressent de 4,2 % à 4 576 procédures. Les sauvegardes restent marginales avec 332 ouvertures. Les procédures du trimestre menacent 50 510 emplois, soit 1 490 de moins qu'un an plus tôt.

Dans la construction, le gros œuvre affiche l'amélioration la plus rapide avec 880 procédures, en recul de 13,1 %. La construction de maisons individuelles baisse de 18 % et la maçonnerie de 7 %. Les défaillances d'agences immobilières reculent de 12,6 %. La promotion immobilière progresse de 6,5 %.

« Ce 3ème trimestre est encore lourd : proche de 14 700 défaillances dont 7 100 sur le seul mois de septembre qui signe un nouveau record. Pourtant, le rythme de hausse ralentit fortement (+0.5%) et plusieurs activités et territoires basculent déjà dans le vert. »

Thierry Millon, directeur des études d'Altares, communiqué du 13 octobre 2026

Le second œuvre sur neuf mois

Le second œuvre a connu un début d'année difficile. Altares comptait 2 321 défaillances dans le second œuvre au premier trimestre, en hausse de 8 %, avec des progressions marquées dans la peinture et la vitrerie (391 procédures, +25 %) et dans la menuiserie bois et PVC (271 procédures, +17 %). Au deuxième trimestre, le segment est redescendu à 1 922 défaillances, en baisse de 5,5 %, alors que la plâtrerie progressait encore de 13 %.

Avec environ 1 700 procédures au troisième trimestre, le second œuvre totalise près de 6 000 défaillances depuis janvier, selon les trois études trimestrielles du cabinet. Ces publications ne donnent aucun chiffre isolé pour la pose de carrelage.

La trésorerie des artisans selon la Capeb

La Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) décrit la même fragilité financière. Sa note de conjoncture du deuxième trimestre 2026 fait état d'un recul de 1,5 % de l'activité des entreprises artisanales du bâtiment sur un an. L'entretien et l'amélioration des logements baissent de 1,5 %, contre 1 % au trimestre précédent.

Le solde d'opinion sur la trésorerie tombe à moins 32 points, contre une moyenne de long terme de moins 11,8 points. Plus d'un tiers des entreprises interrogées (35 %) constatent une dégradation de leur trésorerie. Seules 3 % font état d'une amélioration.

La garantie décennale après la liquidation d'un carreleur

La liquidation judiciaire d'un artisan laisse subsister l'assurance qui couvre sa responsabilité décennale. L'article 1792 du Code civil rend le constructeur responsable de plein droit des dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Cette responsabilité court pendant dix ans à compter de la réception des travaux, selon l'article 1792-4-1.

L'article L241-1 du Code des assurances impose à tout constructeur soumis à cette présomption de s'assurer. Le contrat est réputé comporter une clause de maintien de la garantie pour toute la durée de la responsabilité décennale. L'assureur tenu est celui dont la police couvrait l'entreprise à la date d'ouverture du chantier, même si le contrat a pris fin depuis ou si l'entreprise a cessé son activité.

Le client lésé peut agir contre cet assureur sans passer par l'entreprise. L'article L124-3 du Code des assurances ouvre au tiers lésé un droit d'action directe contre l'assureur qui garantit la responsabilité civile du responsable. Lorsque les désordres atteignent le seuil de l'article 1792, comme une étanchéité de douche défaillante qui laisse l'eau gagner le plancher, ce recours reste ouvert après la liquidation de l'artisan.

Les garanties hors du champ de l'assurance obligatoire

L'obligation d'assurance vise la seule responsabilité décennale. La garantie de parfait achèvement, prévue par l'article 1792-6 du Code civil, oblige l'entreprise à reprendre pendant un an les désordres signalés à la réception ou au cours de l'année suivante. Elle pèse sur l'entreprise, qui ne peut plus l'exécuter une fois liquidée. Des joints irréguliers ou des carreaux mal alignés relèvent en général de ce régime.

Le client conserve la possibilité de déclarer sa créance auprès du mandataire judiciaire désigné par le tribunal. Le délai est de deux mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (Bodacc). La loi n° 71-584 du 16 juillet 1971 autorise le maître d'ouvrage à retenir au plus 5 % du prix d'un marché de travaux pour garantir la levée des réserves, sauf si l'entreprise fournit une caution. Cette retenue couvre l'année qui suit la réception.

Les vérifications avant la signature d'un devis

Depuis la loi Pinel du 18 juin 2014, l'article 22-2 de la loi n° 96-603 du 5 juillet 1996 oblige les artisans soumis à une assurance professionnelle obligatoire à mentionner sur leurs devis et leurs factures l'assurance souscrite, les coordonnées de l'assureur et la couverture géographique du contrat.

Une attestation décennale couvre une liste d'activités précise. Le client a intérêt à vérifier que chaque prestation du devis, de la chape à l'étanchéité de la douche, figure dans cette liste et que l'attestation est valable à la date prévue d'ouverture du chantier. La fiche consacrée à l'assurance décennale du carreleur présente les activités couvertes et les exclusions courantes.

Le défaut d'assurance décennale constitue un délit. L'article L243-3 du Code des assurances le punit de six mois d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. En l'absence d'assureur, le recours du client vise la seule entreprise, ce qui le laisse sans indemnisation lorsque la liquidation se clôt sans actif.

Les prévisions d'Altares pour la fin d'année

Altares compte 52 700 défaillances depuis le début de l'année et en redoute près de 19 000 au quatrième trimestre. Sur douze mois glissants, près de 72 000 organisations ont fait défaut, un niveau jamais recensé selon le cabinet. Le bilan annuel 2026 permettra de mesurer si le recul du gros œuvre s'étend aux métiers de finition.

« Le pic des défaillances est peut-être derrière mais pas celui de la fragilité financière des entreprises ; la route vers un véritable redressement de l'économie est encore longue ! »

Thierry Millon, directeur des études d'Altares

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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