Géopolitique

Raffinerie Aramco de Riyad : la NASA relève 18 heures d'incendie, les Houthis revendiquent

Le système FIRMS de la NASA a suivi un incendie sur la raffinerie d'Aramco à Riyad du 3 octobre à 7h40 au 4 octobre à 2h22. Les Houthis revendiquent une attaque de missiles et de drones, que la coalition qualifie de trompeuse. Le Brent a clôturé vendredi à 102,25 dollars.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite d'une raffinerie dans le désert sous des orbites de satellites, avec des braises orangées au sommet des tours

Les relevés satellitaires publiés par la NASA font apparaître un foyer d'incendie actif sur l'emprise de la raffinerie d'Aramco à Riyad pendant au moins 18 heures, du samedi 3 octobre 2026 à 7h40 (heure de Paris) au dimanche 4 octobre à 2h22. Samedi soir, le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, a revendiqué une attaque de missiles balistiques et de drones contre Aramco dans la capitale saoudienne. Le porte-parole de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite, Turki al-Maliki, qualifie cette revendication de « trompeuse ». Dimanche matin, la salle de presse d'Aramco ne mentionnait pas l'incendie.

France Épargne a analysé les relevés bruts du système FIRMS (Fire Information for Resource Management System), le service de la NASA qui recense les anomalies thermiques captées par les instruments MODIS et VIIRS de cinq satellites d'observation. Les points chauds se concentrent autour de 24,52° de latitude nord et 46,87° de longitude est. Ces détections se situent à moins d'un kilomètre du centre de la raffinerie, que la base cartographique OpenStreetMap place à 24,518° nord et 46,871° est.

Les relevés FIRMS, passage par passage

La mesure retenue est la puissance radiative du feu (FRP, fire radiative power) : exprimée en mégawatts, elle estime l'énergie dégagée par le foyer au moment du passage du satellite. Du 28 septembre au 1er octobre, l'instrument VIIRS du satellite NOAA-20 ne relevait sur le site que de petits points chauds de 1 à 2,6 mégawatts. Ces points se trouvaient tous dans l'angle sud-ouest de l'emprise. Les quatre passages VIIRS de la nuit du 2 octobre n'enregistrent aucune détection sur la raffinerie.

  • 3 octobre, 7h40 : le satellite Terra (instrument MODIS) détecte un foyer de 158,7 mégawatts ; FIRMS lui attribue un indice de confiance de 94 sur 100.
  • 3 octobre, 11h37 : Suomi NPP (instrument VIIRS) enregistre cinq pixels chauds, jusqu'à 17,4 mégawatts.
  • 3 octobre, 18h35 : Terra relève quatre foyers compris entre 49,9 et 95,6 mégawatts.
  • 4 octobre, 1h05 : NOAA-21 mesure un pic de 71,2 mégawatts.
  • 4 octobre, 1h44 : Suomi NPP compte neuf pixels chauds, jusqu'à 33,6 mégawatts.
  • 4 octobre, 2h22 : Aqua (instrument MODIS) détecte encore quatre foyers, jusqu'à 54,1 mégawatts.

La première détection précède de plusieurs heures la revendication houthie. Un relevé satellitaire établit l'existence d'un foyer chaud. Il ne permet pas d'en déterminer la cause. Samedi après-midi, un journaliste de l'AFP a vu des flammes et de la fumée s'élever du site. Il a constaté la présence de pompiers, d'ambulances et de véhicules de police près de la raffinerie.

Revendication houthie et réponse de la coalition

Dans une déclaration télévisée, Yahya Saree présente l'opération comme une riposte aux frappes saoudiennes sur Sanaa et les provinces tenues par son mouvement. Il en compte 60 sur les dernières 24 heures et plus de 1 400 depuis le début de l'escalade. « L'opération a atteint son objectif avec succès, les frappes ont été précises et directes et ont provoqué des incendies sur les sites visés », affirme-t-il, selon le texte arabe diffusé par le quotidien d'Aden Al-Ayyam. Il promet d'imposer « l'équation du blocus contre le blocus et de l'escalade contre l'escalade » jusqu'à « l'arrêt de l'agression » saoudienne et la fin du blocus du Yémen.

Interrogé par le quotidien saoudien Asharq Al-Awsat, Turki al-Maliki estime que le mouvement cherche à détourner l'attention de l'ampleur de ses pertes à Taëz. Il évoque « la colère populaire croissante » contre le comportement de la milice. Les extraits de ses propos rapportés par les quotidiens Al-Bilad et Al-Ayyam ne mentionnent pas l'incendie de la raffinerie. Samedi, le porte-parole des forces armées yéménites loyalistes, Majed al-Nazili, a annoncé 257 frappes aériennes sur des renforts houthis et au moins 700 combattants « neutralisés ». Ce bilan n'a pas été confirmé de source indépendante.

Les frappes se sont poursuivies dans la nuit. La chaîne houthie Al-Masirah a fait état de 26 frappes saoudiennes sur Sanaa samedi. Tôt dimanche, les forces gouvernementales yéménites ont annoncé des frappes contre des « cibles vitales » à Sanaa et dans le fief houthi de Saada. Selon la coalition, un drone a mis hors service le 29 septembre un transformateur de la station électrique de Taibah, qui alimente la mosquée du Prophète à Médine. La coalition attribue l'attaque aux Houthis, qui la démentent.

Pourquoi Riyad prépare-t-il une contre-offensive sur la côte yéménite ?

La trêve conclue en 2022 a volé en éclats en juillet 2026, après l'atterrissage à Sanaa d'un avion iranien transportant une délégation houthie sans l'autorisation saoudienne exigée depuis une décennie. Riyad a frappé l'aéroport de Sanaa. Les Houthis ont répliqué en visant le territoire saoudien, pour la première fois depuis 2022, puis ont décrété un blocus naval contre la navigation saoudienne en mer Rouge. En septembre, ils ont pris le contrôle de la côte yéménite de la mer Rouge et des rives du détroit de Bab al-Mandab. Ce détroit relie la mer Rouge au golfe d'Aden.

Selon le site américain Axios, qui cite deux responsables américains le 2 octobre, l'Arabie saoudite et les forces gouvernementales yéménites préparent une contre-offensive majeure « dans les prochains jours » pour repousser les Houthis de cette côte. Les dirigeants saoudiens ont approuvé le plan plusieurs jours auparavant. Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, a renouvelé jeudi auprès de Pete Hegseth, secrétaire américain à la Défense, sa demande de frappes américaines. Washington s'y refuse : les États-Unis « ne mèneront pas d'action militaire directe pour l'instant », a indiqué un responsable américain au média. Un responsable américain précise que l'armée américaine a fourni aux Saoudiens plus de 200 cibles houthies en deux semaines.

Le port de Yanbu, relié aux champs du golfe Persique par l'oléoduc Est-Ouest, est le principal terminal d'exportation de brut saoudien sur la mer Rouge. Emmanuel Macron a annoncé fin septembre l'envoi de soldats, de radars et de systèmes de défense français pour protéger Yanbu, selon une dépêche de l'AFP du 24 septembre.

Le Brent à 102,25 dollars avant la réouverture des marchés

L'incendie a éclaté pendant la fermeture des marchés du week-end. Vendredi 2 octobre, le contrat de décembre sur le Brent, référence du pétrole de la mer du Nord, a clôturé à 102,25 dollars le baril, contre 102,31 dollars la veille. La réaction des opérateurs à l'incendie de Riyad sera visible à la reprise des échanges sur les contrats à terme, dans la nuit de dimanche à lundi.

Pour les ménages français, le prix du baril pèse déjà sur l'indice des prix. Selon l'estimation provisoire de l'Insee publiée fin septembre, l'inflation a atteint 3,0 % sur un an en septembre 2026, après 2,4 % en août. Les prix de l'énergie ont progressé de 21,2 % sur un an. L'Insee attribue cette accélération aux produits pétroliers et au gaz.

Les échéances de la semaine

  • La réouverture des contrats à terme sur le Brent, dans la nuit de dimanche à lundi, donnera la première mesure de la prime de risque après l'incendie.
  • Un communiqué d'Aramco ou du ministère saoudien de l'Énergie préciserait l'origine du feu et l'état des unités de la raffinerie.
  • La contre-offensive saoudienne et gouvernementale annoncée par Axios vise la côte yéménite de la mer Rouge.
  • Les prochains passages des satellites MODIS et VIIRS, publiés en quasi temps réel sur FIRMS, indiqueront si le foyer s'éteint.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.