Le dollar vise une deuxième semaine de hausse, porté par le bond des taux américains
L'indice dollar a gagné plus de 1 % cette semaine, porté par un taux américain à dix ans à 5,18 %, au plus haut depuis 2007, et par les paris sur de nouvelles hausses de la Fed. L'euro est tombé à 1,1370 dollar, son plus bas depuis deux mois.
Le dollar se dirige vers sa deuxième hausse hebdomadaire consécutive, une première depuis plus de trois mois, porté par l'envolée des rendements du Trésor américain et par les paris croissants sur de nouveaux relèvements de taux de la Réserve fédérale. Selon une dépêche Reuters publiée vendredi 25 septembre depuis Hong Kong, l'indice dollar, qui mesure le billet vert face à un panier de six grandes devises, a gagné plus de 1 % sur la semaine pour atteindre un sommet de deux mois, avant de reculer légèrement à 101,2.
Pour les épargnants français, le mouvement se lit d'abord sur l'euro. La monnaie unique est tombée à 1,1370 dollar, son plus bas niveau depuis deux mois, et s'achemine vers une troisième baisse hebdomadaire d'affilée, sa plus longue série de repli depuis la fin de 2025. Le cours de référence de la Banque centrale européenne (BCE) confirme la tendance : 1,1367 dollar pour un euro jeudi 24 septembre, contre 1,1490 lundi 21 septembre, soit un recul d'environ 1,1 % en quatre séances.
Le Trésor américain au plus haut depuis 2007
Le moteur principal reste le marché obligataire américain. D'après les données publiées par le Trésor américain, le rendement à dix ans a clôturé jeudi à 5,18 %, contre 4,96 % lundi, soit une hausse de 22 points de base en trois séances. Il s'agit de son niveau le plus élevé depuis 2007, selon NBC News. Le taux à 30 ans a atteint 5,47 %, un sommet inédit depuis 22 ans, et le 20 ans s'établit à 5,53 %.
La partie courte de la courbe suit le même chemin : le rendement à deux ans, plus sensible aux anticipations de politique monétaire, est passé de 4,76 % à 4,87 % sur la même période. Un rachat d'environ 4 milliards de dollars d'obligations à 20 et 30 ans mené jeudi par le Trésor n'a pas enrayé le mouvement, relève NBC News.
Une Fed qui a repris le chemin des hausses
Les marchés ont réajusté leurs anticipations depuis la réunion des 15 et 16 septembre. Le Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) a alors relevé ses taux directeurs d'un quart de point, à une fourchette comprise entre 3,75 % et 4 %, par 12 voix contre 0. Son communiqué indique que « l'inflation reste élevée » et que cette décision doit favoriser « un retour plus rapide » vers l'objectif de 2 %. Selon CNBC, 16 des 18 responsables de la Fed ont projeté au moins une hausse supplémentaire d'ici la fin de l'année.
Deux présidents de Fed régionales ont conforté ce scénario jeudi. Anna Paulson, présidente de la Fed de Philadelphie, a estimé qu'« un léger resserrement supplémentaire pourrait se justifier », jugeant l'inflation sous jacente « obstinément élevée ». John Williams, président de la Fed de New York, s'exprimant à Londres lors d'une conférence du National Institute of Economic and Social Research, a déclaré qu'« une nouvelle hausse des taux pourrait être appropriée d'ici la fin de l'année », une lecture qu'il a qualifiée de « raisonnable ».
Pétrole et risques géopolitiques en toile de fond
Le pétrole ajoute une pression inflationniste. Jeudi, l'Arabie saoudite a intercepté six missiles balistiques tirés par les Houthis du Yémen vers la province de Taëf et la zone de Yanbu, son terminal d'exportation sur la mer Rouge, selon Reuters. Le Brent a terminé la séance en hausse de 3,4 %, à 106,60 dollars le baril, après avoir brièvement dépassé 107 dollars. Le WTI américain a clôturé à 94,61 dollars.
Un baril plus cher pèse doublement sur la zone euro, importatrice nette d'énergie : l'or noir se paie en dollars, et un euro plus faible renchérit encore la facture. Ce mécanisme alimente l'inflation importée que surveille la BCE.
Le rallye du dollar montre des signes d'essoufflement
Certains analystes voient des limites à ce mouvement. Khoon Goh, responsable de la recherche Asie chez ANZ, cité par Reuters, observe que la devise américaine devrait profiter de rendements plus élevés, mais que « des inquiétudes persistent autour de la situation budgétaire américaine et de l'imprévisibilité des décisions politiques ». Selon lui, c'est ce qui explique que le dollar ait « vraiment eu du mal » à prolonger sa hausse alors que les taux continuent de grimper.
La livre sterling reste proche d'un plus bas de trois mois, à 1,3220 dollar, et se dirige vers sa pire semaine depuis quatre mois. Le yen japonais évolue autour de 158,8 pour un dollar, près d'un creux de trois semaines, malgré la hausse de taux décidée le 18 septembre par la Banque du Japon (BoJ). L'institution a porté son taux directeur à 1,25 %, son plus haut niveau depuis 1995, par sept voix contre deux, mais les marchés ont jugé ses indications insuffisamment restrictives.
- Goldman Sachs a abaissé sa prévision à douze mois pour le dollar face au yen, à 150 contre 165, estimant que des hausses de taux plus rapides réduisent l'effet inflationniste de la politique budgétaire japonaise, selon Reuters.
- Le dollar australien se traite à 0,7015 dollar américain. La Banque de réserve d'Australie devrait relever ses taux de 25 points de base, à 4,60 %, la semaine prochaine.
- Le yuan offshore reste stable à 6,715 pour un dollar, alors que le sommet entre Donald Trump et Xi Jinping à Washington n'a débouché sur aucune avancée notable.
Quelles conséquences pour un épargnant en euros ?
Un dollar fort modifie la performance des placements internationaux. Un investisseur français détenant des ETF actions monde ou américains non couverts contre le risque de change bénéficie mécaniquement de la hausse du billet vert lorsqu'il convertit ses gains en euros. À l'inverse, une remontée de l'euro effacerait une partie de ces gains.
La tension sur les taux américains se transmet aussi aux marchés obligataires européens, avec un effet sur le prix des obligations déjà détenues dans les unités de compte obligataires. Les rendements offerts sur les nouvelles émissions deviennent en revanche plus élevés.
Les rendez vous à surveiller
Plusieurs éléments détermineront la suite : les prochaines prises de parole des responsables de la Fed, l'évolution du Brent après les attaques contre les infrastructures saoudiennes, et le risque d'intervention des autorités japonaises, qui ont renouvelé leurs mises en garde verbales. La décision de la Banque de réserve d'Australie la semaine prochaine donnera également une indication sur le rythme du resserrement monétaire ailleurs que chez les grandes banques centrales occidentales.
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