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Silver Lake fusionne Cegid et Silae dans une opération à 10 milliards d'euros

Silver Lake prépare la fusion de ses deux éditeurs français Cegid et Silae dans une opération à 10 milliards d'euros, selon le Financial Times. Le rapprochement réunirait 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires et 8 millions de bulletins de paie mensuels.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de deux architectures logicielles distinctes convergeant en un ensemble unique, symbole du rapprochement de deux éditeurs français

Silver Lake prépare la fusion de Cegid et de Silae, ses deux éditeurs français de logiciels de gestion, dans une opération à 10 milliards d'euros, selon une information publiée par le Financial Times le 9 septembre 2026. Le rapprochement réunirait le spécialiste lyonnais de la comptabilité et de la gestion d'entreprise avec le premier moteur de paie du marché français.

Les deux sociétés relèvent déjà du même propriétaire. Silver Lake contrôle Cegid depuis 2016 et détient Silae en totalité depuis juillet 2020. L'opération constitue donc une réorganisation de portefeuille entre deux participations d'un fonds qui se trouve à l'achat comme à la vente. Ni Silver Lake, ni Cegid, ni Silae n'avaient communiqué sur ce projet au moment de la publication de cet article.

Deux participations réunies sous le même actionnaire

Silver Lake est entré au capital de Cegid le 18 avril 2016, aux côtés d'AltaOne Capital, en rachetant 37,6 % du capital à Groupama SA, à Groupama Gan Vie et à la holding ICMI de Jean-Michel Aulas. Le consortium payait 62,25 euros par action, valorisant l'éditeur lyonnais autour de 580 millions d'euros sur une base pleinement diluée. Une offre publique obligatoire puis un retrait de la cote d'Euronext Paris ont suivi.

Le fonds américain a ensuite acquis 100 % de Silae en juillet 2020, auprès de ses cinq fondateurs Jean-Paul Bagou, Michel Delolme, Didier Fléchet, Philippe Marty et Daniel Mayet. Le montant n'a jamais été communiqué par l'acquéreur. Christian Lucas, alors coresponsable de Silver Lake pour la zone EMEA, remerciait les fondateurs et rattachait l'opération à la vocation du fonds pour les sociétés technologiques de croissance dirigées par leurs créateurs. Il préside aujourd'hui le conseil d'administration de Cegid comme managing partner de Silver Lake.

Trois revalorisations depuis le retrait de la cote

La valeur attribuée à Cegid a été relevée à plusieurs reprises en dix ans. Le 2 juin 2021, KKR est entré au capital sur la base d'une valeur d'entreprise de 5,5 milliards d'euros. En juillet 2022, la fusion avec l'espagnol Grupo Primavera, réalisée intégralement en titres, portait le nouvel ensemble à environ 6,8 milliards d'euros. Oakley Capital rejoignait le tour de table comme actionnaire minoritaire, aux côtés de KKR et d'AltaOne, Silver Lake conservant la majorité.

La gouvernance a également changé. Bruno Vaffier occupe la direction générale de Cegid depuis mai 2025, après Pascal Houillon, aux commandes de 2017 à avril 2025 et désormais administrateur du groupe ainsi que conseiller spécial de Silver Lake. Jean-Michel Aulas, qui a fondé l'entreprise en 1983, en reste président d'honneur. Chez Silae, Pierre Cesarini a pris la direction générale en juin 2025.

Un partenariat signé en 2025 annonçait déjà la manœuvre

Les deux éditeurs collaboraient depuis un an. Le 18 septembre 2025, à l'occasion du 80e Congrès de l'Ordre des experts-comptables, Cegid et Silae dévoilaient un partenariat technologique ouvrant l'accès, à partir du 15 octobre 2025, à Cegid Pulse Cash Pilot, présenté comme un assistant de gestion de trésorerie prédictive. Des passerelles automatisées reliaient les dossiers My Silae aux environnements comptables de Cegid.

« À travers ce partenariat avec Cegid, nous créons un écosystème où la paie et la comptabilité ne sont plus des silos, mais des leviers de performance unifiés »

Pierre Cesarini, directeur général de Silae, le 18 septembre 2025

Bruno Vaffier y voyait alors l'ambition d'« offrir aux experts-comptables ce qu'aucun autre acteur n'est en mesure de proposer aujourd'hui ». Douze mois plus tard, l'actionnaire commun fait passer la relation du niveau technique au niveau capitalistique.

Ce que pèserait le nouvel ensemble

Cegid revendique 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires, dont 89 % de revenus récurrents, plus d'un million de clients répartis dans 130 pays, 16 000 partenaires et 5 000 collaborateurs présents dans 20 pays. Un tiers des effectifs travaille en recherche et développement.

Silae, lancé en 2013, produit 8 millions de bulletins de paie par mois et s'appuie sur 6 000 cabinets et intégrateurs certifiés en France, pour un million d'entreprises accompagnées. Sa suite intègre plus de 900 conventions collectives nationales. En septembre 2025, l'éditeur affichait 7,8 millions de bulletins mensuels et 5 300 partenaires de distribution, ce qui donne la mesure de sa progression sur un an.

Le groupe a par ailleurs annoncé le 1er décembre 2025 l'acquisition de Shine, plateforme financière combinant comptabilité, services bancaires, paie et paiements. La clôture est attendue au premier semestre 2026, sous réserve des autorisations réglementaires. Le montant n'a pas été divulgué. Cette opération place déjà la paie au centre de la stratégie de Cegid, sur le terrain occupé par Silae.

Pourquoi l'opération concerne les épargnants français

Le dossier illustre le poids du capital-investissement dans le tissu productif français. Cegid figurait à la cote d'Euronext Paris jusqu'en 2016 : le passage d'une valorisation de 580 millions à un ensemble estimé à 10 milliards s'est intégralement déroulé hors marché. Un particulier investi sur un indice actions français n'a capté aucune part de cette trajectoire.

L'accès des épargnants à ce type d'actifs passe par les unités de compte de capital-investissement logées dans l'assurance vie et dans le plan d'épargne retraite, avec des durées de blocage longues et des frais de gestion supérieurs à ceux des supports cotés. Sur le plan fiscal, les produits logés dans l'assurance vie conservent des prélèvements sociaux à 17,2 %, tandis que les revenus de capitaux mobiliers détenus en direct supportent 18,6 % depuis le 1er janvier 2026, ce qui porte le prélèvement forfaitaire unique à 31,4 %.

Le secteur du logiciel de gestion attire ces capitaux pour une raison mesurable : la part récurrente de 89 % du chiffre d'affaires de Cegid produit des flux prévisibles, adaptés aux structures de dette des rachats avec effet de levier. La paie ajoute une barrière réglementaire, avec les 900 conventions collectives et la déclaration sociale nominative à maintenir à jour.

Les points à surveiller

  • La confirmation officielle de l'opération par Silver Lake, Cegid et Silae, aucune des trois n'ayant publié de communiqué à ce stade.
  • Le périmètre exact du montant avancé par le Financial Times : valeur d'entreprise du nouvel ensemble ou prix de la transaction.
  • Le traitement réservé aux minoritaires KKR, AltaOne et Oakley Capital, tous représentés au conseil d'administration de Cegid.
  • L'horizon de sortie de Silver Lake, le service Unquote ayant cité une introduction en bourse parmi les options de moyen terme pour Cegid.
  • La réaction du réseau de distribution, alors que 6 000 cabinets et intégrateurs commercialisent Silae en France et que la profession comptable avait obtenu des ajustements tarifaires en 2025.
  • L'examen éventuel du dossier par les autorités de concurrence, les deux éditeurs se croisant déjà sur la gestion sociale des très petites entreprises.

Sources

Tags :

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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