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Signalisation ferroviaire : l'Autriche attribue 2,6 milliards d'euros à Siemens et Hitachi

ÖBB Infrastruktur a attribué 2,6 milliards d'euros de postes d'aiguillage numériques à Siemens Mobility et Hitachi Rail, dont environ 1,3 milliard pour Siemens. Le premier pilote n'entrera en service qu'au quatrième trimestre 2030, repoussant loin les premières recettes.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite d'un réseau ferroviaire numérisé, voies convergentes et flux de données lumineux sur dégradé bleu et vert

Siemens Mobility a décroché un contrat d'environ 1,3 milliard d'euros auprès de ÖBB Infrastruktur AG, le gestionnaire du réseau ferré autrichien, pour numériser les postes d'aiguillage du pays. L'annonce a été faite mardi 22 septembre 2026 depuis Berlin, où se tient le salon InnoTrans du 22 au 25 septembre.

Le communiqué de l'industriel allemand précise un point que les dépêches d'agence ont laissé de côté : ce contrat s'inscrit dans une convention cadre de long terme d'un volume total de 2,6 milliards d'euros. Siemens Mobility en capte donc environ la moitié.

Un cadre de 2,6 milliards d'euros partagé entre deux industriels

Le communiqué publié le même jour par les ÖBB livre l'information décisive : la convention cadre a été attribuée à deux entreprises, Siemens Mobility et Hitachi Rail. Le gestionnaire d'infrastructure autrichien parle d'un « montant cumulé d'environ 2,6 milliards d'euros » couvrant les deux attributaires, au terme d'une procédure d'appel d'offres pluriannuelle fondée sur le principe de l'offre la mieux disante.

Les ÖBB ne détaillent pas la répartition entre les deux groupes et ne publient pas la liste des candidats évincés. Seul Siemens a chiffré sa propre part, à environ 1,3 milliard d'euros. Les titres des agences, qui présentent l'opération comme un contrat autrichien remporté par Siemens, écrasent cette nuance : le périmètre réellement sécurisé par le groupe de Munich correspond à une fraction d'un marché partagé.

Hannes Boyer, vice président Europe du Nord, centrale et orientale chez Hitachi Rail, a confirmé la participation de son groupe : « Hitachi Rail participe de manière déterminante, aux côtés des ÖBB, à la numérisation du réseau ferroviaire autrichien. » Le japonais souligne une présence de plus de six décennies en Autriche et trente ans de développement logiciel sur son site viennois.

Alstom ne figure pas parmi les deux entreprises retenues. Le groupe français, principal concurrent européen de Siemens sur la signalisation ferroviaire, cotait 15,13 € à la Bourse de Paris mardi à 16h25, en hausse de 1,14 % selon les données de stockanalysis.com. L'action Siemens AG s'échangeait au même moment à 276,35 € sur Xetra, en progression de 1,04 %.

Ce que recouvre la plateforme Signaling X

La technologie vendue aux ÖBB s'appelle Signaling X. Il s'agit d'une architecture logicielle qui rassemble sur une base technologique commune des fonctions jusqu'ici séparées : la logique d'enclenchement des postes d'aiguillage, le système européen de contrôle des trains ETCS, les systèmes de diagnostic et les applications de cybersécurité.

Le principe technique tient en une phrase : découpler le logiciel du matériel. La logique de sécurité cesse de résider dans des équipements propriétaires installés le long des voies pour migrer vers des serveurs informatiques standard du marché, hébergés dans des centres de données centralisés. Siemens revendique un modèle de sécurité à confiance zéro intégré à l'ensemble.

« Elle déplace intelligemment la logique d'enclenchement vers des centres de données centralisés, numérisant ainsi les opérations ferroviaires depuis leur fondation », a déclaré Michael Peter, directeur général de Siemens Mobility.

Le marché couvre l'intégralité du spectre : les installations intérieures, où s'exécute la logique critique pour la sécurité, et les installations extérieures, avec des contrôleurs d'objets pilotant signaux, aiguillages et autres éléments d'infrastructure.

Un calendrier qui repousse les recettes après 2030

La chronologie mérite l'attention des investisseurs. La mise en service du premier projet pilote est prévue pour le quatrième trimestre 2030. D'autres phases pilotes suivront, et le déploiement à l'échelle nationale ne commencera qu'une fois cette étape validée. L'objectif de long terme consiste à remplacer la totalité des postes d'aiguillage existants du réseau autrichien.

La convention cadre court sur une durée minimale de dix ans. Un contrat de services l'accompagne, couvrant le support technique, la maintenance et la disponibilité des systèmes sur un cycle de vie de vingt cinq ans. Cette structure produit un flux de revenus récurrents très longs, une caractéristique appréciée pour la visibilité qu'elle offre.

Elle présente aussi une contrepartie : une convention cadre fixe un plafond de commandes, non un engagement ferme de dépense. Les montants annoncés se matérialisent au rythme des appels de commandes successifs. Avec un premier pilote fin 2030, l'impact sur le compte de résultat de Siemens Mobility avant la fin de la décennie restera marginal. La division a réalisé un chiffre d'affaires de 12,4 milliards d'euros sur l'exercice clos le 30 septembre 2025, avec environ 43 400 salariés.

Pourquoi ce dossier concerne l'épargnant français

Les ÖBB investissent environ quatre milliards d'euros par an dans leur infrastructure et leur flotte au titre de leur plan cadre 2027 à 2032. Le groupe a transporté 559 millions de voyageurs et près de 79 millions de tonnes de marchandises en 2025, avec une ponctualité de 94,1 % en trafic voyageurs. Le déploiement d'ETCS niveau 2 sur l'ensemble du réseau autrichien, également confié à Siemens, doit s'achever en 2038.

Ce volume situe l'enjeu pour les équipementiers européens. Reuters rapportait le matin même du 22 septembre les conclusions d'une étude selon laquelle les fournisseurs ferroviaires de l'Union européenne se privent de 97 milliards d'euros par an en raison de marchés fermés. La répartition des grands appels d'offres nationaux de signalisation devient un indicateur suivi de près par les gérants exposés aux valeurs industrielles européennes.

Pour un épargnant français détenant des actions européennes en PEA ou via des fonds sectoriels, la leçon porte moins sur ce contrat isolé que sur la mécanique du secteur. Les convictions se construisent sur le carnet de commandes cumulé et la capacité d'exécution sur des cycles de vingt ans, deux variables que l'annonce d'un contrat unique ne suffit pas à trancher.

Ce qu'il faut surveiller

  • La ventilation exacte du volume de 2,6 milliards d'euros entre Siemens Mobility et Hitachi Rail, que les ÖBB n'ont pas publiée.
  • Le rythme des appels de commandes fermes sous la convention cadre, seul élément qui convertira le plafond annoncé en chiffre d'affaires.
  • La tenue du calendrier du pilote au quatrième trimestre 2030, puis la décision de généralisation.
  • Les prochaines attributions nationales de postes d'aiguillage numériques en Europe, qui diront si le modèle logiciel centralisé s'impose comme le standard du continent.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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