Airbus propose des cessions pour obtenir le feu vert de Bruxelles à sa fusion spatiale
Airbus a offert de céder des actifs pour convaincre la Commission européenne d'autoriser Bromo, la fusion de ses activités spatiales avec Leonardo et Thales, selon le Financial Times. Le projet pèse 6,5 milliards d'euros de ventes et 25 000 salariés.
Airbus a proposé de céder des actifs pour lever les objections de la Commission européenne sur le rapprochement de ses activités spatiales avec celles de Leonardo et de Thales, selon le Financial Times, qui a publié l'information le 25 septembre 2026 à 11h25 (heure de Paris). Le quotidien britannique présente ces cessions comme une tentative de répondre par avance aux inquiétudes de Bruxelles en matière de concurrence. Airbus, Leonardo et Thales n'avaient publié aucun communiqué sur ce point au moment de la rédaction de cet article, et le périmètre des actifs proposés n'était pas encore connu.
Un projet à 6,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires
Le projet, baptisé Bromo, remonte au 23 octobre 2025. Ce jour là, les trois groupes ont signé un protocole d'accord pour réunir leurs activités spatiales, lanceurs exclus, dans une nouvelle société. Selon le communiqué commun, l'ensemble emploierait environ 25 000 personnes en Europe pour un chiffre d'affaires annuel d'environ 6,5 milliards d'euros (données pro forma à fin 2024), avec un carnet de commandes supérieur à trois années de ventes.
- Airbus apporterait ses activités Space Systems et Space Digital, issues d'Airbus Defence and Space, et détiendrait 35 % du capital.
- Leonardo apporterait sa division spatiale, dont ses participations dans Telespazio et Thales Alenia Space, pour 32,5 %.
- Thales apporterait principalement ses parts dans Thales Alenia Space, Telespazio et Thales SESO, également pour 32,5 %.
Les partenaires visent des synergies annuelles de plusieurs centaines de millions d'euros sur le résultat opérationnel, cinq ans après la finalisation. La société commune fonctionnerait sous contrôle conjoint et pourrait être opérationnelle en 2027, sous réserve des autorisations réglementaires. Bloomberg indique qu'elle aurait son siège à Toulouse.
Pourquoi Bruxelles exige des contreparties
Le rapprochement réunirait deux des principaux constructeurs européens de satellites, Airbus et Thales Alenia Space, ainsi que l'opérateur de services Telespazio. Les concurrents plus petits craignent de perdre des débouchés. L'allemand OHB a fait savoir en mai qu'il envisagerait une action en justice si la Commission autorisait l'opération, selon Reuters. L'espagnol Indra Space a lui aussi exprimé des réserves, d'après le Financial Times.
La Commission a durci le ton ces derniers jours. Le 22 septembre, sur Bloomberg TV, la commissaire chargée de la concurrence, Teresa Ribera, a assuré que le soutien public d'Ursula von der Leyen au projet « ne signifie pas que nous n'allons pas appliquer et faire respecter nos propres règles ». Le directeur général de la concurrence a, de son côté, promis un examen conduit avec « toute la rigueur » requise, selon la Global Competition Review. Une eurodéputée française a qualifié l'appui de la présidente de la Commission d'« abus de pouvoir », a rapporté Bloomberg.
Le risque de vider l'opération de sa substance
Proposer des cessions en amont est une pratique courante dans les grandes concentrations européennes : elle vise à éviter une enquête approfondie ou un refus. Le calendrier reste long. En juin, les groupes n'avaient pas encore déposé leur dossier formel à Bruxelles, et aucune décision n'était attendue avant le second semestre 2027, selon le Financial Times, repris par Il Sole 24 Ore.
Les dirigeants ont déjà fixé leurs limites. En juillet, le directeur général de Leonardo, Lorenzo Mariani, avait averti que des exigences antitrust trop lourdes « détruiraient » le projet, selon le Financial Times. En juin, il se disait pourtant « optimiste » sur l'issue du dossier, tandis que Guillaume Faury, directeur général d'Airbus, estimait que l'Europe risquait de passer « de la Ligue des champions aux divisions inférieures » faute de taille critique face à SpaceX.
« Nous avons l'expertise, nous avons les capacités, nous avons les technologies, mais il nous manque la taille. »
Guillaume Faury, directeur général d'Airbus, cité par le Financial Times en juin 2026
Ce que les actionnaires doivent surveiller
Pour les investisseurs d'Airbus et de Thales, deux valeurs cotées à Paris, et de Leonardo, cotée à Milan, l'enjeu porte sur l'équilibre entre les actifs cédés et les synergies promises. Des cessions trop larges réduiraient la taille de la future entité et ses économies d'échelle. Des remèdes jugés insuffisants exposeraient la décision finale à un recours d'OHB. L'annonce intervient par ailleurs au moment où l'action Airbus recule pour une autre raison : Reuters a rapporté jeudi soir la découverte d'un défaut de qualité sur l'A321neo, que le constructeur dit sans risque pour la sécurité.
Les prochaines étapes à suivre sont le dépôt formel du dossier auprès de la Commission, puis la publication éventuelle d'un test de marché sur les remèdes. Ce test permettrait de connaître la liste précise des actifs mis en vente et leurs repreneurs potentiels.
Sources
- Financial Times : Airbus offers divestments to secure Brussels backing for space merger (25 septembre 2026)
- Airbus : communiqué commun Airbus, Leonardo et Thales (23 octobre 2025)
- PYMNTS, d'après Bloomberg : déclarations de Teresa Ribera (22 septembre 2026)
- Global Competition Review : examen « full rigour » annoncé par la DG Concurrence
- Reuters : OHB envisage une action en justice (7 mai 2026)
- Il Sole 24 Ore : Leonardo proche du dépôt du dossier Bromo (juin 2026)
- EU Today : l'avertissement de Leonardo sur les remèdes (juillet 2026)
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