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General Fusion entre en Bourse via un SPAC et devient le premier pur acteur coté de la fusion

Les actionnaires de Spring Valley Acquisition Corp. III ont approuvé le 6 juillet la fusion avec General Fusion, valorisée autour de 1 milliard de dollars. La cotation au Nasdaq, attendue le 10 juillet sous le symbole GFUZ, ouvre au marché un accès inédit à la fusion nucléaire.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite d'un plasma comprimé au coeur d'un réacteur de fusion, énergie lumineuse concentrée sur fond de dégradé bleu et vert

General Fusion s'apprête à devenir la première entreprise de fusion nucléaire pure cotée en Bourse. Les actionnaires de Spring Valley Acquisition Corp. III (Nasdaq : SVAC), la société d'acquisition à vocation spécifique adossée à ce rapprochement, ont approuvé l'opération le 6 juillet 2026. La clôture est attendue le vendredi 10 juillet, date à laquelle l'entité fusionnée prendra le nom de General Fusion Group Ltd et ses titres commenceront à s'échanger au Nasdaq sous les symboles GFUZ pour les actions et GFUZW pour les bons de souscription.

L'opération valorise la société canadienne, installée près de Vancouver, à environ 1 milliard de dollars en valeur d'entreprise pro forma. Elle lui donne accès à un financement combiné destiné à accélérer son programme de démonstration technologique, dans un secteur jusqu'ici réservé aux investisseurs privés et aux grands fonds spécialisés.

Ce que prévoit le rapprochement

Le montage repose sur deux sources de capitaux. Les fonds placés en fiducie par Spring Valley représentent 230 millions de dollars, en supposant l'absence de rachats d'actions par les investisseurs de la coquille cotée. À cela s'ajoute un placement privé d'environ 105 millions de dollars, sursouscrit selon la société, structuré sous forme d'actions privilégiées convertibles et de bons de souscription.

Le produit de l'opération sera affecté au financement de la machine expérimentale de l'entreprise, baptisée Lawson Machine 26 (LM26). General Fusion avait déjà levé plus de 400 millions de dollars depuis sa création, auprès d'un actionnariat qui a compté au fil des ans Jeff Bezos, le fonds singapourien Temasek, la Banque de développement du Canada et Chrysalix Venture Capital.

Spring Valley n'en est pas à sa première opération dans l'énergie. Le véhicule et ses prédécesseurs ont réuni 920 millions de dollars au fil de quatre introductions en Bourse étalées sur cinq ans. Son président et directeur général, Chris Sorrells, a justifié le choix de la cible par ses résultats scientifiques : General Fusion se distingue par un leadership solide, des résultats revus par les pairs, un portefeuille de brevets robuste et sa machine LM26, a-t-il déclaré.

Une technologie distincte des grands rivaux

General Fusion défend une approche baptisée fusion à cible magnétisée (MTF, magnetized target fusion), imaginée dès 2002 par son fondateur, le physicien Michel Laberge, aujourd'hui directeur scientifique. Le principe consiste à comprimer mécaniquement un plasma à l'aide d'une paroi de lithium liquide, sans recourir aux aimants supraconducteurs ni aux lasers de très forte puissance qui caractérisent les concepts concurrents. La société met en avant l'usage de matériaux existants pour bâtir des réacteurs plus durables et moins coûteux.

La LM26, présentée comme la première machine MTF à grande échelle au monde, fonctionne depuis le début de 2025 à la moitié du diamètre visé pour une installation commerciale. Le 22 juin 2026, l'entreprise a annoncé avoir porté la température d'un plasma à environ 8,4 millions de degrés Celsius (0,72 keV) par compression, soit une multiplication par plus de trois de la température électronique mesurée. Ces résultats ont été confirmés par plusieurs diagnostics, dont la diffusion Thomson. La prochaine étape ciblée est le seuil de 1 keV, avant le critère de Lawson, la combinaison de paramètres qui permet de produire une énergie de fusion nette dans le plasma.

La fusion attire les capitaux, portée par la demande électrique

L'entrée en Bourse de General Fusion intervient alors que la fusion nucléaire concentre des montants inédits. Le financement privé mondial du secteur a dépassé 7,1 milliards de dollars. Commonwealth Fusion Systems, le mieux doté, revendique environ 3 milliards de dollars levés et un accord d'achat d'électricité avec Google portant sur 200 mégawatts issus de sa future centrale ARC en Virginie. Helion Energy a bouclé un tour de série F de 425 millions de dollars et signé un contrat de fourniture avec Microsoft visant une livraison sur le réseau en 2028. TAE Technologies a de son côté obtenu un engagement de 200 millions de dollars de Trump Media & Technology.

Cette accélération répond en partie à un moteur nouveau : la consommation électrique des centres de données dédiés à l'intelligence artificielle. Les géants technologiques multiplient les contrats d'achat d'électricité de long terme et les prises de participation directes, cherchant à sécuriser une production décarbonée et abondante pour alimenter leurs infrastructures. Les projections situent les premières centrales commerciales de fusion entre 2030 et 2035.

Perspectives et points de vigilance

Pour l'épargnant, l'arrivée d'un pur acteur de la fusion sur les marchés cotés ouvre une exposition directe à une technologie de rupture, jusqu'ici inaccessible hors des circuits de capital-risque. Le potentiel est considérable si les jalons scientifiques se concrétisent, mais le profil de risque reste élevé. General Fusion vise à démontrer et à sécuriser sa technologie MTF au cours de la prochaine décennie, un horizon encore lointain pour des revenus commerciaux.

Les fragilités récentes du parcours de l'entreprise invitent à la prudence. Au printemps 2025, à court de trésorerie pendant la construction de la LM26, General Fusion avait supprimé un quart de ses effectifs quelques jours après avoir franchi une étape technique majeure. La cotation, en levant des fonds frais, répond à ce besoin de financement, mais la trajectoire vers le critère de Lawson puis vers un réacteur commercial dépendra de nouveaux tours de table et d'une exécution technologique sans faille. La valorisation autour de 1 milliard de dollars repose davantage sur des promesses scientifiques que sur des flux financiers établis.

Ce qu'il faut surveiller

Trois éléments guideront la suite. D'abord, la clôture effective de l'opération le 10 juillet et le comportement du titre GFUZ lors de ses premières séances, dans un contexte où plusieurs introductions récentes ont connu des débuts heurtés. Ensuite, l'atteinte du seuil de 1 keV sur la LM26, prochain juge de paix de la crédibilité scientifique. Enfin, la capacité du secteur à transformer les contrats d'achat signés avec les grands acteurs technologiques en revenus tangibles, condition d'un intérêt durable des marchés pour la fusion.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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