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Oracle invoque la force majeure sur Project Jupiter, son data center à 165 milliards de dollars

Oracle a adressé une notification de force majeure au promoteur de Project Jupiter, son campus Stargate au Nouveau-Mexique, pour différer ses paiements en cas de retard. L'action recule de 4,5 % et la dette de 18 milliards se traite sous 90 cents.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Campus de centres de données dans le désert du Nouveau-Mexique, grues à l'arrêt et gazoduc inachevé sous un sablier

Oracle a adressé une notification de force majeure (clause contractuelle qui suspend ou décale une obligation lorsqu'un événement échappe au contrôle d'une partie) au promoteur de Project Jupiter, son campus de centres de données de 165 milliards de dollars au Nouveau-Mexique, selon Bloomberg. L'agence a révélé l'information ce jeudi 24 septembre 2026 à 14h25 (heure de Paris), citant des personnes proches du dossier. Le groupe américain cherche à différer ses paiements si le site n'entre pas en service en 2028, comme prévu. Vers 20h (heure de Paris), l'action Oracle cédait 4,50 % à 138,06 dollars.

Le destinataire est une filiale de Blue Owl Capital, le gérant d'actifs alternatifs qui détient le promoteur Stack Infrastructure. Selon Bloomberg, Oracle entend rester le locataire principal du site et faire valoir sa position contractuelle en cas de retard du chantier. L'agence précise qu'il n'est pas certain que cette démarche libère Oracle de ses engagements financiers déjà signés.

Les déclarations d'Oracle et de Blue Owl

Oracle n'a pas commenté la notification elle-même. « Project Jupiter reste conforme à notre calendrier prévu. Nous sommes pleinement engagés au Nouveau-Mexique et confiants dans la suite du projet », a déclaré un porte-parole à Bloomberg et à CNBC (traduction France Épargne).

« Cette notification ne modifie pas les engagements financiers pris pour ce projet pluriannuel. »

Blue Owl Capital, déclaration transmise à CNBC le 24 septembre 2026 (traduction France Épargne)

Le 10 septembre, lors de la présentation des résultats trimestriels, le codirecteur général d'Oracle, Clay Magouyrk, avait assuré aux analystes que Project Jupiter n'affecterait pas les prévisions de chiffre d'affaires et de bénéfice de l'exercice 2027, selon CNBC. Vers 20h (heure de Paris), l'action Blue Owl reculait de 4,38 % à 9,18 dollars. Bloom Energy, dont les piles à combustible alimentées au gaz doivent fournir l'électricité du site, perdait 4,47 % à 262,89 dollars, d'après les cotations de stockanalysis.com relevées à 14h04, heure de New York.

Project Jupiter : 2,45 gigawatts et un gazoduc reporté

Project Jupiter est la vitrine de Stargate, le programme d'infrastructures d'intelligence artificielle que Donald Trump a présenté avec les dirigeants d'Oracle, d'OpenAI et de SoftBank au début de son second mandat. Le campus du sud du Nouveau-Mexique est conçu pour une puissance de 2,45 gigawatts, soit l'équivalent de la consommation instantanée d'environ 1,8 million de foyers, selon Bloomberg. OpenAI a signé l'an dernier un accord de 400 milliards de dollars avec Oracle et SoftBank pour cinq centres de données américains, dont celui du Nouveau-Mexique, rapporte l'agence.

Le chantier accumule les obstacles réglementaires. Bloomberg fait état du refus d'un permis clé pour l'approvisionnement en énergie. Selon Bloomberg, le gazoduc d'Energy Transfer qui devait entrer en service ce mois-ci pour alimenter le site est reporté de près de six mois, au 1er février 2027. Le State Land Office du Nouveau-Mexique, l'administration qui gère les terres publiques de l'État, a refusé à plusieurs reprises le tracé proposé.

Le projet est devenu un sujet politique avant les élections de mi-mandat américaines de novembre. Les riverains n'ont appris le rôle d'Oracle et d'OpenAI qu'après son approbation, d'après des documents que Bloomberg a consultés. Oracle mène une campagne de communication dans l'État pour répondre aux opposants.

Quel prix pour la dette de 18 milliards ?

Une vingtaine de banques ont accordé un prêt de 18 milliards de dollars pour financer la construction. Bloomberg, citant une personne au fait du dossier, indique que cette dette se négocie déjà sous 90 cents par dollar de nominal. Un prix de 90 cents signifie qu'un acheteur paie 90 dollars pour une créance de 100 dollars : le marché intègre un risque de retard ou de perte.

Le Financial Times avait situé ces prêts entre 89 et 91 cents le 18 septembre. Les banques du syndicat, dont l'espagnol Santander et l'américain Jefferies, conservent davantage de dette que prévu, faute d'avoir pu la revendre à d'autres investisseurs, selon le quotidien. La notification de force majeure risque d'inquiéter ces prêteurs, estime Bloomberg, même si Oracle la présente comme une mesure de précaution.

Les clauses de force majeure dans les contrats de data centers

Les clauses de force majeure sont courantes dans l'énergie et les matières premières, lorsqu'une tempête ou un conflit interrompt les livraisons. Le cabinet d'avocats Quinn Emanuel Urquhart & Sullivan constatait en juin qu'elles se multiplient dans les contrats de centres de données, dans une note clients que cite Bloomberg.

« Dans les projets de centres de données pour l'IA, la force majeure n'est plus une clause type reléguée en fin de contrat. C'est un outil central de contentieux et de répartition des risques, qui peut déterminer si un retard reste isolé ou s'il se propage aux contrats de construction, aux clients, à l'énergie, à l'assurance et au financement du projet. »

Quinn Emanuel Urquhart & Sullivan, note clients de juin 2026, d'après Bloomberg (traduction France Épargne)

D'autres locataires se réservent une porte de sortie. Plus tôt cette année, Google (Alphabet) s'est engagé à payer SpaceX pour de la puissance de calcul jusqu'à mi-2029, tout en conservant le droit de résilier si l'accès n'était pas ouvert à une date donnée, rappelle Bloomberg.

Les chiffres du rapport trimestriel d'Oracle

Le rapport trimestriel déposé le 11 septembre auprès de la SEC (Securities and Exchange Commission, le régulateur boursier américain) mesure l'ampleur des engagements d'Oracle. Au trimestre clos le 31 août 2026 :

  • les dépenses d'investissement (capex) ont atteint 28,5 milliards de dollars, contre 8,5 milliards un an plus tôt ;
  • le flux de trésorerie disponible (trésorerie d'exploitation moins investissements) est ressorti à moins 5,4 milliards de dollars ;
  • le chiffre d'affaires a progressé à 19,3 milliards de dollars, contre 14,9 milliards, porté par l'infrastructure cloud (7,4 milliards, contre 3,3 milliards) ;
  • Oracle a levé 19,9 milliards de dollars en émettant des actions nouvelles sur le marché et reçu 11,4 milliards de paiements anticipés de clients ;
  • le carnet de commandes contractualisé (obligations de prestation restant à remplir) s'élève à 664 milliards de dollars, dont 13 % seulement seront facturés dans les douze prochains mois.

Le document mentionne 288 milliards de dollars d'engagements de location supplémentaires, qui concernent en quasi-totalité des centres de données et ne figurent pas encore au bilan. Ces baux doivent démarrer entre le deuxième trimestre de l'exercice 2027 et l'exercice 2029, pour des durées de 15 à 19 ans. Un retard de livraison sur un site comme Project Jupiter décale ces loyers. C'est le cas visé par la notification d'Oracle, selon Bloomberg.

L'exposition des épargnants français

Oracle figure dans le S&P 500 et le MSCI World. Les fonds indiciels qui répliquent ces indices sont logés dans de nombreux contrats d'assurance vie et comptes titres. La dette des centres de données circule par ailleurs dans les fonds de dette privée et d'infrastructures proposés en unités de compte. Le prix de 90 cents sur le prêt de Project Jupiter donne à ces investisseurs une mesure chiffrée du risque de chantier.

Ce jeudi, Bloomberg rapportait par ailleurs que BlackRock et IFM Investors négocient en exclusivité le rachat des centres de données asiatiques de Stack, filiale de Blue Owl. France Épargne avait détaillé en août comment la dette des data centers glisse des banques vers les assureurs.

Les prochaines échéances

Trois dates permettront de suivre le dossier :

  • le 3 novembre 2026, jour des élections de mi-mandat américaines, où les centres de données sont devenus un thème de campagne au Nouveau-Mexique ;
  • le 1er février 2027, nouvelle date de mise en service du gazoduc d'Energy Transfer selon Bloomberg ;
  • l'année 2028, échéance de mise en service du campus, à laquelle la clause de force majeure est rattachée.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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