ArcelorMittal renonce à relancer Kryvyi Rih en Ukraine et passe une charge d'un milliard de dollars
Après quatre frappes de missiles en cinq semaines, ArcelorMittal renonce à relancer sa filiale ukrainienne de Kryvyi Rih. Le groupe prévoit une dépréciation d'environ un milliard de dollars, sans effet sur sa trésorerie.
ArcelorMittal a informé le gouvernement ukrainien qu'il n'était plus en mesure de relancer ArcelorMittal Kryvyi Rih, sa filiale sidérurgique en Ukraine, « de manière sûre et durable ». Le groupe l'a annoncé vendredi 25 septembre à 8h30 (heure de Paris), dans un communiqué diffusé avant l'ouverture des marchés européens. Il prévoit d'enregistrer une dépréciation d'environ un milliard de dollars, sans effet sur sa trésorerie, qui porte principalement sur les immobilisations corporelles du site.
Quatre frappes de missiles en cinq semaines
Le complexe de Kryvyi Rih a été visé par quatre frappes de missiles au cours des cinq dernières semaines, selon le communiqué. La plus récente remonte au lundi 21 septembre. Au total, ces attaques ont coûté la vie à cinq personnes et blessé 17 salariés, dont l'un se trouve toujours dans un état critique. Les installations de production ont subi des dégâts importants.
La série a commencé en août. Dans un premier communiqué publié le 17 août, le groupe indiquait qu'une frappe avait endommagé les principales installations énergétiques et le haut fourneau du site, tuant deux salariés et blessant 13 salariés et prestataires, d'après une dépêche de l'agence RTTNews. Le samedi 12 septembre, un missile balistique a touché le complexe de fabrication de la fonte n° 1, tuant deux prestataires extérieurs. ArcelorMittal avait alors suspendu sa production d'acier primaire et placé le reste du site à l'arrêt ou au régime minimal, sans pouvoir chiffrer la durée des réparations.
« C'est avec un profond regret que nous avons conclu que nous ne sommes plus en mesure d'exploiter ArcelorMittal Kryvyi Rih en toute sécurité. (…) Nous discutons de l'avenir de l'usine avec le gouvernement ukrainien et nous nous concentrerons sur la préservation des infrastructures, afin que des options de redémarrage de la production restent possibles lorsque la paix reviendra enfin. »
Mauro Longobardo, directeur général d'ArcelorMittal Kryvyi Rih
Que représente cette charge d'un milliard de dollars ?
Une dépréciation d'actifs consiste à réduire la valeur comptable d'usines ou d'équipements lorsque leur capacité à générer des revenus futurs se dégrade. L'opération pèse sur le résultat net publié, mais aucune sortie d'argent ne l'accompagne. ArcelorMittal n'a pas précisé dans son communiqué la période comptable sur laquelle elle sera enregistrée.
Pour mesurer son ampleur, il faut la rapprocher des derniers comptes du groupe. Au deuxième trimestre 2026, ArcelorMittal a dégagé un bénéfice net de 683 millions de dollars pour un chiffre d'affaires de 16,76 milliards, selon les chiffres publiés le 30 juillet et relayés par Dow Jones. La dépréciation annoncée dépasse donc à elle seule le profit d'un trimestre entier. L'excédent brut d'exploitation (Ebitda) du trimestre atteignait 2,06 milliards de dollars, et le groupe avait alors maintenu ses objectifs financiers pour 2026.
Le sidérurgiste rappelle aussi avoir apporté plus de 700 millions de dollars de soutien financier à sa filiale ukrainienne pour assurer la continuité de son activité. ArcelorMittal a réalisé 61,4 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2025 et produit 55,6 millions de tonnes d'acier brut, d'après la présentation du groupe jointe à ses communiqués.
Un site déjà fragilisé avant les frappes
La décision intervient après plusieurs mois de repli. En février 2026, ArcelorMittal Kryvyi Rih avait annoncé l'arrêt de son usine de coulée et de mécanique ainsi que de son atelier de laminage. Le 16 mars, la filiale a ajouté la fermeture de deux laminoirs, selon Reuters. Elle invoquait alors la flambée du prix de l'électricité, provoquée par les frappes russes sur le réseau ukrainien, et l'entrée en vigueur en janvier du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) de l'Union européenne, appliqué sans exemption ni période de transition aux producteurs ukrainiens. La filiale évoquait jusqu'à 3 400 suppressions d'emplois cumulées.
Le communiqué de vendredi ne fournit aucun calendrier et ne dit pas ce qu'il adviendra des salariés du site. Il souligne seulement que la sécurité et la situation économique du personnel ukrainien constituent la priorité du groupe depuis février 2022.
Ce que les actionnaires doivent surveiller
L'action ArcelorMittal, cotée notamment à Paris et à Amsterdam, avait terminé la séance de jeudi à 62 euros sur Euronext Amsterdam, avant la publication du communiqué. Plusieurs éléments restent à préciser :
- la période comptable qui portera la dépréciation et son effet sur le résultat net du groupe ;
- l'issue des discussions avec le gouvernement ukrainien sur l'avenir du site ;
- un éventuel ajustement des volumes de production et des objectifs 2026, que la direction avait maintenus lors des résultats de juillet ;
- l'existence d'une indemnisation par une assurance, sur laquelle le communiqué reste muet.
Pour un épargnant qui détient des actions ArcelorMittal en direct ou via un fonds, l'annonce rappelle le poids du risque géopolitique sur les valeurs industrielles exposées à des zones de conflit. Une dépréciation comptable réduit les bénéfices publiés sans toucher à la trésorerie ; l'attention se portera donc sur la capacité du groupe à compenser la perte des volumes ukrainiens dans le reste de son réseau.
Sources
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