Netflix a publié le 16 avril 2026 des résultats trimestriels supérieurs aux prévisions des analystes. Le géant du streaming affiche un chiffre d'affaires de 12,25 milliards de dollars, en hausse de 16 % sur un an, contre 12,18 milliards anticipés par le consensus. Le bénéfice par action atteint 1,23 dollar, soit 55,7 % au dessus de l'estimation de 0,79 dollar. Pourtant, le titre a reculé de près de 10 % en séance prolongée, victime d'un double choc : des perspectives trimestrielles en deçà des attentes et l'annonce du départ de son cofondateur emblématique, Reed Hastings.
Un trimestre porté par la croissance et les frais de rupture
La performance financière de Netflix au premier trimestre 2026 masque une composante exceptionnelle. Le bénéfice par action, qui a bondi de 86 % sur un an, intègre les 2,8 milliards de dollars de frais de rupture perçus après le retrait de Netflix des négociations pour le rachat de Warner Bros Discovery. Sans cet élément, la dynamique opérationnelle reste néanmoins robuste.
Le nombre d'abonnés payants dépasse désormais 325 millions à travers le monde, et la plateforme approche le cap symbolique du milliard de spectateurs. Au Japon, la diffusion de la Classique mondiale de baseball a attiré 31,4 millions de téléspectateurs, établissant un record historique pour le territoire et générant la plus forte journée d'inscriptions jamais enregistrée dans le pays.
La marge opérationnelle s'établit juste au dessus de 32 %, confirmant la trajectoire de rentabilité engagée par l'entreprise. Le groupe a par ailleurs racheté 13,5 millions de ses propres actions pour 1,3 milliard de dollars au cours du trimestre, à un prix moyen de 96,30 dollars par titre.
Des prévisions qui déçoivent Wall Street
Malgré ces chiffres flatteurs, le marché a sanctionné les perspectives communiquées pour le deuxième trimestre. Netflix anticipe un chiffre d'affaires d'environ 12,5 milliards de dollars, soit une croissance de 13 %, alors que le consensus compilé par Visible Alpha tablait sur 12,65 milliards. La marge opérationnelle prévue pour le T2 affiche un repli de 1,5 point par rapport au premier trimestre.
Sur l'ensemble de l'exercice 2026, le groupe maintient sa prévision de croissance des revenus entre 12 et 14 %, avec une marge opérationnelle cible de 31,5 %. Le point médian de la guidance annuelle, à 51,2 milliards de dollars, reste légèrement inférieur aux 51,4 milliards espérés par les analystes.
Greg Peters, codirecteur général, a reconnu que « la qualité de nos abonnés principaux a atteint un nouveau sommet historique au premier trimestre 2026 », tout en insistant sur le fait que Netflix ne capte encore que 7 % du marché adressable, estimé à 670 milliards de dollars. Cette proportion modeste laisse entrevoir un potentiel de croissance considérable, mais les investisseurs ont préféré se concentrer sur les signaux à court terme.
La publicité, moteur de la prochaine phase de croissance
L'activité publicitaire constitue le relais de croissance le plus prometteur du groupe. Netflix confirme son objectif de doubler ses revenus publicitaires en 2026 pour atteindre 3 milliards de dollars, contre 1,5 milliard en 2025. L'offre avec publicité représente désormais 60 % des nouvelles inscriptions sur les marchés où elle est disponible, un signal encourageant pour la monétisation.
Le nombre d'annonceurs a progressé de 70 % sur un an, dépassant les 4 000 partenaires commerciaux. La part de l'achat programmatique devrait franchir le seuil de 50 % des revenus publicitaires hors événements en direct, grâce au déploiement de la pile technologique propriétaire de Netflix.
Ted Sarandos, l'autre codirecteur général, a souligné que « l'IA générative va contribuer à améliorer les contenus grâce à de meilleurs outils et processus ». Le groupe a d'ailleurs annoncé l'acquisition d'InterPositive, une société spécialisée dans les technologies d'intelligence artificielle appliquées à la production cinématographique.
Reed Hastings tourne la page après 29 ans
L'annonce la plus symbolique de cette publication concerne le départ de Reed Hastings, cofondateur et président du conseil d'administration. Hastings ne se représentera pas lors de l'assemblée générale prévue en juin 2026, mettant fin à 29 années de présence au sein de l'entreprise qu'il a bâtie.
Dans un communiqué, Hastings a déclaré : « Ma véritable contribution chez Netflix n'a pas été une décision unique, mais une attention constante au plaisir des abonnés et la construction d'une culture que d'autres pouvaient hériter et améliorer. » Il détient environ 1 % du capital de Netflix, soit une participation évaluée à plus de 2 milliards de dollars aux cours actuels.
Netflix a précisé dans un dépôt auprès de la SEC que « la décision de Hastings de ne pas se représenter ne résulte d'aucun désaccord avec la société ». L'ancien dirigeant entend désormais se consacrer à ses projets philanthropiques et au développement du complexe hôtelier de Powder Mountain, dans l'Utah, dans lequel il a investi plusieurs centaines de millions de dollars depuis 2023.
« Reed restera toujours le fondateur de Netflix et son plus grand défenseur. Il fait partie de notre ADN. »
Greg Peters, codirecteur général de Netflix
Ce que cela signifie pour les investisseurs
Le consensus des analystes reste majoritairement positif. Sur les 15 analystes suivis par Visible Alpha, 12 recommandent l'achat du titre, trois restent neutres et aucun ne préconise la vente. L'objectif de cours moyen s'établit à 118 dollars, soit un potentiel de hausse d'environ 11 % par rapport au cours de clôture de 107,79 dollars.
MoffettNathanson a relevé son objectif à 120 dollars (contre 115), maintenant sa recommandation d'achat. KeyBanc a porté le sien à 115 dollars, contre 108 précédemment. Guggenheim conserve un objectif de 130 dollars, le plus élevé parmi les analystes couverts.
La valorisation actuelle de Netflix, à 42,6 fois les bénéfices passés et 34,3 fois les bénéfices anticipés, reflète les attentes élevées du marché. La capitalisation boursière s'élève à 457 milliards de dollars, avec un flux de trésorerie disponible de 24,8 milliards sur douze mois glissants.
Une transition stratégique à surveiller
Netflix se trouve à un carrefour. Le groupe ne capte que 5 % du temps d'écran télévisuel mondial et pénètre moins de 45 % des foyers équipés de téléviseurs connectés, soit un marché estimé à 800 millions de ménages. Le segment du jeu vidéo, évalué à 150 milliards de dollars (hors Chine et Russie), offre un levier de diversification supplémentaire avec le lancement de Netflix Playground, une application de jeux dédiée aux enfants.
Le sport en direct constitue un autre axe de développement. Netflix a signé un accord pluriannuel avec la CONCACAF pour les droits de diffusion au Mexique et en Amérique centrale, prolongeant sa stratégie d'événements exclusifs initiée avec la Classique mondiale de baseball.
Pour les épargnants et investisseurs français, Netflix incarne le paradoxe des valeurs de croissance technologiques : des fondamentaux solides, une trajectoire de diversification ambitieuse, mais une sensibilité extrême aux écarts entre les attentes et les prévisions communiquées. Le départ de Reed Hastings marque la fin d'une ère fondatrice, mais le duo Peters et Sarandos dispose désormais des coudées franches pour écrire le prochain chapitre de l'entreprise.
Points clés à retenir
- Chiffre d'affaires T1 2026 : 12,25 milliards de dollars (+16 %), bénéfice par action : 1,23 dollar (+86 %)
- Perspectives T2 inférieures au consensus : environ 12,5 milliards contre 12,65 milliards attendus
- Revenus publicitaires en voie de doubler à 3 milliards de dollars en 2026
- Reed Hastings quitte le conseil d'administration en juin après 29 ans
- 12 analystes sur 15 recommandent l'achat, objectif moyen de 118 dollars