Violences du week-end : l'OAT à dix ans frôle 5 % et le CAC 40 perd plus de 1 %
Le CAC 40 a clôturé à 7 868,05 points lundi, en baisse de 1,11 %, après les violences du 17 octobre. Le taux français à dix ans approche 4,95 % et l'écart avec l'Allemagne dépasse 1,44 point, quatre jours avant la revue de Moody's.
La Bourse de Paris a clôturé lundi 19 octobre 2026 en baisse de 1,11 %, à 7 868,05 points, au premier jour de cotation après les violences urbaines du samedi 17 octobre. Le rendement de l'OAT (obligation assimilable du Trésor, le titre de dette de l'État français) à dix ans montait vers 4,95 % en soirée, contre 4,78 % à la clôture de vendredi. Les investisseurs vendent à la fois les actions et la dette françaises, quatre jours avant la revue de la note de la France par Moody's.
Le CAC 40 à 7 868 points et les banques en tête des baisses
L'indice parisien a perdu 88,65 points sur la séance. Les autres places européennes ont suivi : Francfort a cédé 1,18 %, Milan 1,55 %, Madrid 1,49 % et Londres 1,08 %. L'indice européen Stoxx 600 (les 600 premières capitalisations du continent) a reculé de 0,80 %.
Les banques françaises ont subi les plus fortes baisses du CAC 40. Société Générale a terminé en repli de 3,41 %, Crédit Agricole SA de 2,64 % et BNP Paribas de 2,48 %. Stellantis a perdu 3,33 %.
Le samedi 17 octobre, la journée nationale de mobilisation pour le pouvoir d'achat et les revendications lycéennes a débouché sur des pillages et des incendies dans plusieurs villes. À Limoges, l'hôtel de ville a pris feu. Les forces de l'ordre ont procédé à plus de 2 000 interpellations. Le ministre du Commerce, Serge Papin, a recensé « au moins 3 000 commerces » dégradés ou pillés. Sébastien Lecornu a annoncé lundi des couvre-feux « localisés » et « partiels », du chômage partiel pour les commerces touchés dès mardi et un fonds de soutien spécifique. Emmanuel Macron a refusé la démission du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez.
Près de 5 % pour l'emprunt d'État à dix ans
Le taux à dix ans français s'établissait à 4,95 % vers 19h00, heure de Paris, soit environ 15 points de base de plus que vendredi soir (un point de base vaut 0,01 point de pourcentage). Il se rapproche de son plus haut de l'année, 4,99 %, touché le 2 octobre. En moyenne mensuelle, le rendement français à dix ans n'a plus atteint ce niveau depuis juillet 2002 (4,96 %).
La hausse touche les autres échéances. Le taux à deux ans valait 3,65 % et le taux à trente ans 5,50 % en fin de journée. Le Trésor italien emprunte à dix ans à 4,59 %, soit environ 36 points de base de moins que l'État français.
L'euro a reculé face au dollar. Le cours de référence de la Banque centrale européenne (BCE) est passé de 1,1253 dollar vendredi à 1,1225 dollar lundi.
Quel écart avec l'Allemagne depuis 2011 ?
Le spread (l'écart entre le taux d'emprunt français et le taux allemand de même échéance) mesure la prime de risque que les investisseurs réclament à la France. Il était de 1,37 point vendredi. Lundi soir, les fournisseurs de cotations l'affichaient entre 1,44 et 1,49 point. Le Bund allemand à dix ans rapportait 3,47 %.
En moyenne mensuelle, l'écart franco-allemand a culminé à 154 points de base en novembre 2011, au plus fort de la crise des dettes de la zone euro. Il est resté sous 142 points tous les autres mois depuis. En septembre 2026, la moyenne mensuelle atteignait 96 points de base.
Les réactions des économistes et des gérants
Charlotte de Montpellier, économiste chez ING, résume la séance : « Ces violences mettent de l'huile sur le feu d'une situation déjà tendue pour la France, entre finances publiques dégradées, difficultés à adopter un budget et perspectives de croissance très faibles. » Pour Neil Wilson, stratège chez Saxo, les émeutes soulignent « à quel point il sera difficile pour un gouvernement de mettre en œuvre » les réductions de dépenses nécessaires pour réduire le déficit.
Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM, estime qu'à ce niveau d'écart avec l'Allemagne, « la dette française se négocie à un niveau comparable à celui d'un émetteur noté BB+ », soit la catégorie spéculative. Mike Bell, responsable de la stratégie de marché chez RBC BlueBay Asset Management, a déclaré lundi : « Si vous êtes un investisseur international qui se demande s'il veut acheter des obligations françaises, cela n'aide pas » (traduction France Épargne).
Goldman Sachs nuance le parallèle avec la crise de 2011. La banque américaine écrit que les risques d'emballement désordonné des marchés et de contagion à l'économie réelle « semblent nettement plus faibles ». Elle estime en revanche les défis budgétaires de la France plus difficiles qu'entre 2011 et 2015 (traduction France Épargne). Côté actions, les entreprises du CAC 40 réalisent environ 15 % de leur chiffre d'affaires en France.
Vendredi 23 octobre, la revue de Moody's
L'agence de notation Moody's doit publier vendredi 23 octobre sa revue de la dette française. Elle note la France Aa3 (le quatrième cran de son échelle) avec une perspective négative, ce qui signale un risque de dégradation. Le 2 octobre, l'agence a qualifié de « très incertain » un compromis sur le budget 2027.
Le gouvernement vise un déficit public de 5 % du produit intérieur brut en 2027, après 5,4 % prévus en 2026. L'Agence France Trésor (AFT), qui gère la dette de l'État, prévoit d'émettre 340 milliards d'euros d'emprunts à moyen et long terme en 2027, un record. Chaque hausse durable des taux renchérit le coût de ces nouvelles émissions.
Des gilets jaunes ont annoncé un « acte II » pour samedi 24 octobre. D'autres mobilisations sont prévues le 31 octobre et le 5 novembre. Sébastien Lecornu doit recevoir les syndicats mercredi matin à Matignon.
Fonds obligataires, fonds euros et PEA face à la hausse des taux
La hausse des taux fait baisser la valeur des obligations déjà émises. Une obligation à dix ans dont la duration (la sensibilité de son prix aux taux) avoisine 8 perd environ 1,2 % de sa valeur de marché pour une hausse de 15 points de base. Les fonds obligataires et les ETF (fonds indiciels cotés en Bourse) d'emprunts d'État français cotés en continu enregistrent cette baisse au jour le jour.
Le fonds euros de l'assurance vie (le support à capital garanti investi surtout en obligations) absorbe la hausse plus lentement. L'assureur comptabilise ses obligations détenues jusqu'à l'échéance au coût d'achat amorti. Le capital des épargnants reste garanti. Les primes nouvelles et les obligations arrivées à échéance se réinvestissent aux taux du moment, plus élevés. Les actions françaises détenues dans un PEA (Plan d'Épargne en Actions) ou en unités de compte (les supports non garantis de l'assurance vie) subissent en revanche la baisse de la séance. Les valeurs bancaires ont reculé deux à trois fois plus que l'indice.
Sources
- AFP via Boursorama, « Les Bourses européennes secouées par les violences en France, Wall Street en rebond », 19 octobre 2026. Lire l'article
- BFM Bourse, « Dans la foulée du week-end de violences en France, le CAC 40 perd plus de 1% », 19 octobre 2026. Lire l'article
- AFP via Boursorama, « Violences du week-end : le gouvernement reconnaît des failles, Lecornu annonce des couvre-feux localisés », 19 octobre 2026. Lire l'article
- CNBC, « French unrest compounds debt crisis fears. Paris-listed stocks, bonds and the euro fall », 19 octobre 2026. Lire l'article
- The Guardian, « France hit by debt sell-off as violent protests unnerve investors », 19 octobre 2026. Lire l'article
- La Tribune, « Note de la France : Moody's met le budget 2027 sous surveillance avant le 23 octobre », 2 octobre 2026. Lire l'article
- Investir, « Les résultats d'entreprises et la note de Moody's sur la France occuperont les marchés cette semaine », 16 octobre 2026. Lire l'article
- CNBC, cotations FR10Y, DE10Y, IT10Y, FR2Y, FR30Y, CAC 40, DAX et Stoxx 600, relevées le 19 octobre 2026 vers 19h00. Consulter la cotation
- Stock Analysis, cours de clôture de Société Générale, BNP Paribas, Crédit Agricole SA et Stellantis, 19 octobre 2026. Consulter la cotation
- Banque centrale européenne, série IRS des taux à long terme des États membres (France et Allemagne, moyennes mensuelles), consultée le 19 octobre 2026. Consulter la série
- Banque centrale européenne, cours de référence euro dollar, 16 et 19 octobre 2026. Consulter la série
Vous exposer aux marchés actions
Sur un même marché, un ETF indiciel prélève entre 0,05 et 0,50 % de frais par an. Un OPCVM géré activement en prélève 1,5 à 2,5 %. Le simulateur situe l’enveloppe adaptée à votre projet.
Ouvrir le simulateurOrientation en 1 minute
Approfondir le sujet
Retrouvez nos guides experts sur Investissement en Actions
SCPI : hausse des rendements et reprise de la collecte
Bilan SCPI : taux de distribution moyen à 4,91 %, collecte nette de 4,6 milliards d'euros et reprise…
Élections fédérales allemandes : l'impact sur l'épargne française
Les élections fédérales allemandes ont rebattu les cartes des marchés européens. Bilan des conséquen…
Top 15 des Meilleures Actions à Acheter en 2025 (CAC 40 & International)
Découvrez les 15 meilleures actions à acheter au CAC 40 et à l'international. Analyse complète : cou…
Approfondir le sujet
Retrouvez nos guides experts sur Investissement en Actions
SCPI : hausse des rendements et reprise de la collecte
Bilan SCPI : taux de distribution moyen à 4,91 %, collecte nette de 4,6 milliards d'euros et reprise…
Élections fédérales allemandes : l'impact sur l'épargne française
Les élections fédérales allemandes ont rebattu les cartes des marchés européens. Bilan des conséquen…
Top 15 des Meilleures Actions à Acheter en 2025 (CAC 40 & International)
Découvrez les 15 meilleures actions à acheter au CAC 40 et à l'international. Analyse complète : cou…