Contexte et enjeux
Le 1er janvier 2026, la Chine a officiellement mis en vigueur son nouveau calendrier tarifaire, marquant une inflexion notable dans sa politique commerciale. La Commission des tarifs douaniers du Conseil des affaires d'État a annoncé la réduction des droits provisoires à l'importation sur 935 catégories de produits, passant sous les taux de la nation la plus favorisée (NPF).
Cette décision intervient dans un contexte de tensions commerciales persistantes avec les États-Unis et l'Union européenne, et quelques semaines après le sommet Trump-Xi de Busan en octobre 2025, qui avait établi une « stabilisation fragile » des relations bilatérales sino-américaines.
Les faits clés
Un calendrier tarifaire élargi
Le calendrier tarifaire chinois pour 2026 couvre désormais 8 972 catégories de produits, soit 12 de plus qu'en 2025. Parmi les réductions les plus significatives :
- Fibre de carbone préimprégnée pour l'aéronautique : droits réduits de 17 % à 5 %
- Coussins hydrauliques à commande numérique : de 12 % à 6 %
- Poudre noire recyclée pour batteries lithium-ion : de 6,5 % à 3 %
- Vaisseaux sanguins artificiels : de 4 % à 2 %
- Kits de diagnostic pour maladies infectieuses : de 3 % à 0 %
Trois piliers stratégiques
Les ajustements tarifaires ciblent trois domaines prioritaires définis par le 15e Plan quinquennal :
- Autonomie technologique : semi-conducteurs, matériaux avancés, robotique intelligente
- Transition verte : énergies renouvelables, batteries, économie circulaire
- Santé publique : équipements médicaux, diagnostics, produits pharmaceutiques
Analyse approfondie
Une ouverture sélective, pas une libéralisation
Les analystes soulignent que ces réductions ne constituent pas une libéralisation commerciale généralisée. Il s'agit plutôt d'une « ouverture stratégique » visant à sécuriser les intrants critiques pour l'industrie chinoise tout en maintenant des protections sur d'autres secteurs.
« Ces ajustements accompagnent la croissance économique et commerciale nationale dans le contexte de la nouvelle révolution technologique », a déclaré Chen Fengying, chercheur à l'Institut chinois des relations internationales contemporaines.
La Chine rétablit parallèlement les taux NPF sur certains produits (micromoteurs, machines d'impression, acide sulfurique) afin de stimuler la montée en gamme de son industrie nationale.
Implications pour les chaînes d'approvisionnement mondiales
La réduction des tarifs sur les matériaux recyclés pour batteries lithium-ion est particulièrement significative. En devenant une destination privilégiée pour ces matériaux, la Chine pourrait fragiliser les efforts occidentaux de relocalisation du recyclage des batteries.
« Les coûts de recherche et développement pour les équipements haut de gamme devraient diminuer », estime Wan Zhe, professeur à l'Université normale de Pékin.
Impact sur les relations commerciales internationales
États-Unis : une trêve fragile
Le sommet Trump-Xi d'octobre 2025 a permis une désescalade partielle. Les États-Unis ont abaissé leurs droits de douane sur les produits chinois de 57 % à 47 %, tandis que Pékin s'est engagé à lever ses restrictions sur les exportations de terres rares et à ouvrir son marché agricole.
Toutefois, la suspension des tarifs « réciproques » américains n'est valable que jusqu'au 10 novembre 2026, laissant planer une incertitude sur la suite des relations commerciales.
Union européenne : prise en étau
L'Europe se trouve dans une position délicate, coincée entre les deux superpuissances économiques. L'UE a imposé des droits compensateurs de 17 % à 35,3 % sur les véhicules électriques chinois, mais fait face à des mesures de rétorsion de Pékin sur le porc et les produits laitiers européens.
« Nous avons développé des instruments très étroits, très techniques et qui prennent beaucoup de temps à déployer », a reconnu un diplomate européen de haut rang cité par l'Atlantic Council.
Partenariats commerciaux maintenus
La Chine maintient ses engagements envers ses partenaires commerciaux existants :
- 34 partenaires continuent de bénéficier de tarifs préférentiels via 24 accords de libre-échange
- 43 pays les moins avancés conservent un accès en franchise de droits sur 100 % des lignes tarifaires
Implications pour les investisseurs français
Pour les entreprises et investisseurs français, ces évolutions présentent des opportunités et des risques :
- Secteur aéronautique : la réduction des droits sur la fibre de carbone pourrait bénéficier aux fournisseurs européens d'Airbus
- Technologies vertes : les entreprises françaises positionnées sur les batteries et les énergies renouvelables pourraient voir une demande accrue
- Équipements médicaux : des opportunités d'exportation s'ouvrent avec la baisse des barrières tarifaires
- Vigilance nécessaire : la dépendance aux chaînes d'approvisionnement chinoises reste un facteur de risque géopolitique
Ce qu'il faut surveiller
- L'échéance du 10 novembre 2026 pour la suspension des tarifs réciproques américains
- Les négociations UE-Chine sur les véhicules électriques et les représailles potentielles
- L'évolution des restrictions sur les exportations chinoises de terres rares et minéraux critiques
- Le sommet Trump-Xi prévu en avril 2026 en Chine
Conclusion
La réduction tarifaire chinoise sur 935 produits illustre une stratégie commerciale sophistiquée : Pékin choisit précisément quelles portes ouvrir pour rester un maillon indispensable des chaînes d'approvisionnement mondiales, tout en préparant son économie aux défis technologiques et démographiques à venir.
Pour les investisseurs, cette évolution confirme l'importance d'une analyse fine des dynamiques commerciales internationales et d'une diversification géographique des portefeuilles face aux incertitudes géopolitiques persistantes.