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Radiopharmaceutique : Telix s'offre l'allemand ITM pour 1,65 milliard de dollars

Telix Pharmaceuticals absorbe l'allemand ITM Isotope Technologies Munich pour 1,65 milliard de dollars, réglés en actions. L'australien met la main sur le premier producteur mondial de lutétium 177 et sur un candidat de phase 3 contre les tumeurs neuroendocrines.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite de structures cristallines rayonnantes évoquant la production d'isotopes médicaux et la chaîne d'approvisionnement radiopharmaceutique

Telix Pharmaceuticals a annoncé dans la nuit de dimanche à lundi la signature d'un accord en vue d'absorber ITM Isotope Technologies Munich SE, pour une contrepartie initiale de 1,65 milliard de dollars. L'opération rapproche un producteur bavarois d'isotopes médicaux et un groupe australien coté à Sydney et au Nasdaq, déjà présent sur le marché de l'imagerie du cancer de la prostate.

Le communiqué commun porte la date du 21 septembre 2026 et trois villes : Melbourne, Indianapolis et Munich. Il est parvenu aux investisseurs avant l'ouverture de la Bourse australienne, où Telix détient sa cotation principale, et une conférence téléphonique était convoquée le même matin à 9h30 heure de Melbourne.

L'accord a reçu l'aval du conseil d'administration de Telix et, au jour de la signature, celui d'actionnaires représentant plus de 90 % du capital d'ITM. Il reste suspendu au vote des actionnaires de Telix, attendu lors d'une assemblée générale extraordinaire prévue en novembre 2026, ainsi qu'aux autorisations réglementaires.

Une facture réglée en titres Telix

La structure financière mérite attention, car le chiffre de 1,65 milliard de dollars ne correspond pas à la somme que percevront les vendeurs. Ce montant s'entend sur une base sans dette et sans trésorerie, et se décompose en trois blocs selon le communiqué de Telix : 1,25 milliard versé aux actionnaires d'ITM en actions Telix, 302 millions de dette nette reprise à la clôture, et 96 millions couvrant le réinvestissement des dirigeants et les frais de transaction supportés par les vendeurs.

Les 1,25 milliard de dollars prendront la forme de 105,8 millions d'actions nouvelles, valorisées à 11,84 dollars pièce. Ce prix correspond à la moyenne pondérée par les volumes sur trente jours constatée à Sydney avant la signature, soit 16,65 dollars australiens, convertie au taux de 0,71. Les titres seront remis sous forme d'American Depositary Receipts cotés au Nasdaq, au terme de périodes de blocage pouvant atteindre quinze mois.

L'émission dilue mécaniquement l'actionnariat existant : après clôture, les porteurs actuels de Telix conserveront environ 76,3 % du capital et ceux d'ITM en détiendront 23,7 %. À titre de comparaison, l'action Telix cotait 12,59 dollars à la clôture du Nasdaq le 18 septembre, pour une capitalisation d'environ 4,3 milliards de dollars selon les données de place. Le papier créé pour financer l'opération représente donc près du tiers de la valeur boursière préexistante du groupe.

S'y ajoute un complément de prix conditionnel plafonné à 700 millions de dollars, payable en numéraire ou en actions au choix de Telix. Jusqu'à 250 millions seront libérés au rythme des homologations américaines d'ITM-11 : 100 millions pour une première indication d'ici au 31 décembre 2027, 100 millions pour une indication élargie d'ici au 31 décembre 2030, 50 millions pour une indication pulmonaire d'ici au 31 décembre 2031. Le solde, jusqu'à 450 millions, dépendra des ventes mondiales du produit en 2030 au delà d'un seuil de 150 millions de dollars.

Ce que l'acquéreur met dans sa balance

Fondée en 2004 et restée privée, ITM occupe une position singulière. L'entreprise développe des médicaments, mais elle produit surtout les matières premières radioactives dont dépendent ses concurrents. Son réseau de distribution couvre plus de 65 pays et son usine de Neufahrn, près de Munich, est présentée comme le plus grand site mondial de production de lutétium 177 sans entraîneur isotopique.

Telix décrit ITM comme le premier fournisseur mondial d'isotopes thérapeutiques et comme le seul producteur de lutétium 177 de qualité commerciale à l'échelle globale, une formulation qui émane de l'acquéreur et engage donc son appréciation. Le portefeuille couvre également l'actinium 225 et le terbium 161, deux radionucléides très recherchés par l'industrie oncologique.

Le volet industriel affiche des résultats tangibles. Selon les comptes audités d'ITM cités par Telix, le chiffre d'affaires a atteint 273 millions de dollars en 2025, au terme d'une progression annuelle moyenne de 40 % depuis 2021. Cette activité est bénéficiaire et génératrice de trésorerie, ce qui distingue nettement l'opération des rachats de biotechnologies déficitaires habituels dans le secteur. La direction de Telix anticipe un ensemble combiné dépassant 1,3 milliard de revenus et produits en 2026 sur une base pro forma non auditée, puis une contribution positive à l'excédent brut d'exploitation en 2027.

Un essai de phase 3 dont le premier auteur exerce à Lyon

Le second actif convoité est ITM-11, également désigné lutétium 177 edotreotide, un traitement ciblant les récepteurs de la somatostatine dans les tumeurs neuroendocrines gastro-entéro-pancréatiques. Ses résultats pivots ont été publiés dans The Lancet le 2 juillet 2026, et le premier auteur de l'article est Thomas Walter, professeur de gastroentérologie aux Hospices civils de Lyon.

L'essai COMPETE a réparti 309 patients sur 49 centres dans le monde, selon un tirage au sort de deux pour un, entre ITM-11 et l'évérolimus, une thérapie orale qui fait office de référence. La survie sans progression médiane s'est établie à 23,9 mois dans le bras radiopharmaceutique contre 14,1 mois sous évérolimus, avec un rapport de risque de 0,67 et un intervalle de confiance à 95 % compris entre 0,48 et 0,95. Le taux de réponse objective en relecture centralisée a atteint 22 % contre 4 %.

La tolérance plaide dans le même sens : les effets indésirables graves liés au traitement ont concerné 18 % des patients sous ITM-11, contre 40 % sous évérolimus. Un second essai, COMPOSE, a achevé ses inclusions et livrera ses résultats au premier semestre 2027. Le produit demeure en cours d'examen par l'agence américaine du médicament et n'a reçu à ce jour aucune homologation, ce qui explique le recours au complément de prix conditionnel.

Pourquoi les grands laboratoires se ruent sur les isotopes

La transaction s'inscrit dans une série d'opérations engagée voici plusieurs années. Novartis avait ouvert le mouvement en s'emparant d'Advanced Accelerator Applications pour 3,9 milliards de dollars, puis d'Endocyte, deux acquisitions qui lui ont donné Lutathera et Pluvicto. Eli Lilly a repris Point Biopharma pour 1,4 milliard en octobre 2023, Bristol Myers Squibb a déboursé 4,1 milliards pour RayzeBio deux mois plus tard, et AstraZeneca a acquis Fusion Pharmaceuticals pour un montant pouvant atteindre 2,4 milliards de dollars.

Le marché mondial de la médecine nucléaire est estimé à 41 milliards de dollars à l'horizon 2034 par le cabinet MEDraysintell, chiffre repris par Telix dans son communiqué. La rareté du facteur de production explique l'intensité de cette compétition : un radiopharmaceutique ne se stocke pas, sa demi-vie impose une logistique tendue, et le nombre de sites capables de fournir du lutétium 177 de qualité pharmaceutique reste limité.

Un maillon européen passe sous pavillon australien

L'opération déplace le contrôle d'une infrastructure industrielle européenne sensible. ITM comptait parmi les rares champions allemands de la biotechnologie, financé par un tour de table international : le fonds souverain singapourien Temasek, BlackRock Alternatives et la Qatar Investment Authority figuraient parmi les investisseurs de ses dernières levées, dont 188 millions d'euros en 2024.

La dimension concurrentielle interpelle également. ITM-11 vise la même cible biologique et emploie le même isotope que le Lutathera de Novartis, tandis qu'ITM approvisionne par ailleurs l'industrie en lutétium 177. Telix devient ainsi à la fois le fournisseur et le rival de laboratoires qui dépendent de cette chaîne. Les autorités de concurrence saisies du dossier examineront vraisemblablement ce point, que le communiqué n'aborde pas. Telix exploite de son côté un site de production à Bruxelles, dans le pôle belge spécialisé, ce qui maintient une empreinte industrielle européenne au sein du nouvel ensemble.

Ce que les épargnants français peuvent en retenir

L'exposition directe à cette histoire reste malaisée depuis la France. Telix est cotée à Sydney et au Nasdaq : ses titres ne sont pas éligibles au plan d'épargne en actions, réservé aux sociétés ayant leur siège dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen. Un achat en direct suppose donc un compte titres ordinaire, dont les gains supportent une imposition forfaitaire de 31,4 % en 2026, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux.

La voie la plus courante passe par les unités de compte d'un contrat d'assurance vie, à travers des fonds thématiques consacrés à la santé ou à l'innovation médicale. Cette exposition demeure indirecte et diluée, et elle concerne une valeur dont le parcours boursier a été heurté : l'action a évolué entre 6,28 et 13,11 dollars sur les douze derniers mois. Les analystes suivant le dossier affichaient un objectif de cours moyen de 19,93 dollars avant l'annonce, niveau qui reflète des hypothèses de croissance que l'opération vient modifier.

ITM restant une société non cotée, aucun véhicule accessible au public français ne permettait d'y investir. Sa valorisation était portée par des fonds souverains et des gérants institutionnels, configuration désormais courante pour les actifs biotechnologiques européens parvenus à maturité.

Les échéances à surveiller

  • L'assemblée générale extraordinaire de Telix, prévue en novembre 2026, qui doit autoriser l'émission des actions au titre des règles de cotation australiennes.
  • Les avis des autorités de concurrence, compte tenu de la position d'ITM sur l'approvisionnement en lutétium 177.
  • La décision de l'agence américaine du médicament sur ITM-11, premier jalon du complément de prix, attendue au plus tard le 31 décembre 2027.
  • La lecture des résultats de l'essai COMPOSE au premier semestre 2027.
  • La trajectoire de l'excédent brut d'exploitation combiné en 2027, que la direction conditionne à la réalisation des synergies visées.

La clôture est espérée d'ici la fin de l'exercice 2026. Une notice de convocation détaillée sera adressée aux actionnaires de Telix, et une présentation investisseurs a été déposée auprès de la Bourse australienne en accompagnement de l'annonce.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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