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TotalEnergies signe un mémorandum avec PDVSA, cinq ans après sa sortie de Petrocedeño

Delcy Rodríguez a présidé samedi la signature d'un mémorandum d'entente entre PDVSA et TotalEnergies au palais de Miraflores. Le groupe français, qui avait cédé sa part de Petrocedeño en 2021 sur une perte de 1,38 milliard de dollars, n'a publié aucun communiqué.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite de flux de brut lourd traversant des colonnes institutionnelles, évoquant un accord pétrolier signé entre un État et un groupe français

La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodríguez, a présidé samedi 19 septembre au palais de Miraflores, à Caracas, la signature d'un mémorandum d'entente entre Petróleos de Venezuela (PDVSA) et TotalEnergies. La présidence vénézuélienne a diffusé l'information en fin de soirée, avant que Reuters ne la relaie. Le groupe français n'a, lui, publié aucun communiqué.

La ministre du Pouvoir populaire pour les Hydrocarbures, Paula Henao, et le président de PDVSA, Héctor Obregón, assistaient à la cérémonie. Caracas présente le texte comme le cadre d'une coopération stratégique dans les hydrocarbures. Aucun montant, aucun gisement et aucun calendrier n'ont été rendus publics.

La portée réelle du document signé

La nature juridique du texte compte autant que son existence. Un mémorandum d'entente formalise une intention de travailler ensemble et ouvre une phase d'études techniques et financières. Il ne porte ni engagement d'investissement, ni objectif de production, ni transfert de participation. Les contrats fermes conclus cette année au Venezuela par d'autres groupes ont presque tous été précédés d'un document de ce type, parfois plusieurs mois à l'avance.

L'asymétrie de communication mérite d'être relevée. La séquence a été racontée par la présidence vénézuélienne, reprise par la presse locale puis par l'agence Reuters. TotalEnergies avait communiqué la veille, le 18 septembre, sur un accord avec le fonds GIP portant sur des actifs d'infrastructures énergétiques africaines. Sur Caracas, la salle de presse du groupe reste muette.

Cinq ans après la cession de Petrocedeño

Le 29 juillet 2021, TotalEnergies avait transféré à la Corporación Venezolana del Petróleo, filiale de PDVSA, sa participation minoritaire non opérée de 30,32 % dans Petrocedeño. Equinor cédait en parallèle ses 9,67 %, portant PDVSA à 100 % du capital. Petrocedeño extrait, transporte et transforme les bruts très lourds de la ceinture de l'Orénoque.

Le prix payé était symbolique, en échange d'une indemnité large couvrant le passé et l'avenir de la participation. L'opération s'était traduite par une perte en capital exceptionnelle de 1,38 milliard de dollars dans les comptes du groupe. Le motif invoqué à l'époque ne laissait guère de place à l'ambiguïté.

« La stratégie de TotalEnergies, approuvée par ses actionnaires en mai 2021, vise à concentrer les nouveaux investissements pétroliers sur des projets à faible intensité carbone, ce qui ne correspond pas aux projets de développement de brut très lourd de la ceinture de l'Orénoque. »

Arnaud Breuillac, alors président Exploration Production de TotalEnergies, communiqué du 29 juillet 2021, traduit de l'anglais

Le groupe n'avait toutefois pas quitté le pays. Il conservait à cette date 69,50 % du gisement gazier de Yucal Placer, opéré par Ypergas, et 49 % non opérés du bloc 4 de la Plataforma Deltana. En 2020, le Venezuela pesait moins de 0,5 % de la production combinée de pétrole et de gaz de TotalEnergies.

Les chiffres opposés par Patrick Pouyanné en janvier

Huit mois avant cette signature, le directeur général de TotalEnergies chiffrait publiquement le coût d'un retour. Interrogé le 13 janvier 2026 lors d'une conférence à Abou Dabi, Patrick Pouyanné écartait tout effet rapide sur les marchés.

« Si vous pensez à un million de barils par jour, cela exigera 100 milliards de dollars. » Et d'ajouter : « On pourrait peut être ajouter facilement 100 000 à 200 000 barils par jour », avant de conclure : « Je ne suis pas convaincu que cela ait un impact direct sur le marché en 2026. »

Patrick Pouyanné, directeur général de TotalEnergies, 13 janvier 2026, traduit de l'anglais

Deux arguments se répondent donc. Les partisans du retour font valoir que le Venezuela détient les premières réserves prouvées de brut au monde, que le baril se traite depuis l'été au dessus de 100 dollars et que le coût d'entrée d'un mémorandum reste dérisoire au regard du gisement d'options qu'il ouvre. Les sceptiques opposent l'arithmétique du dirigeant lui même : 100 milliards de dollars pour un million de barils quotidiens, sur des bruts parmi les plus émetteurs de la planète, alors que l'intensité carbone est précisément le critère qui avait justifié la sortie de 2021.

Caracas enchaîne les signatures avec les majors

Le contexte vénézuélien a changé de nature en dix mois. La réforme de la Ley Orgánica de Hidrocarburos a été publiée au journal officiel vénézuélien, la Gaceta Oficial Extraordinaria numéro 6.978, le 29 janvier 2026. Elle redéfinit la place des capitaux privés, les redevances et les schémas contractuels. Son règlement d'application est paru en juillet, et le Tribunal suprême de justice a rejeté mi septembre le recours en nullité déposé contre elle.

Le 29 août 2026, Delcy Rodríguez a présenté à la télévision publique VTV un accord énergétique bilatéral avec Washington. Elle en a détaillé l'architecture dans les termes suivants, traduits de l'anglais : « Ce projet bilatéral de 25 ans prévoit le développement de 17 gisements pétroliers stratégiques, avec un objectif de production de plus de 1,5 million de barils par jour. » La production vénézuélienne tournait alors autour de 1,25 million de barils par jour, et le gouvernement chiffrait à environ 209 milliards de dollars les recettes attendues pour l'État sur la durée, sur la base d'un baril de référence à 65 dollars.

Depuis, les signatures s'enchaînent. Chevron a annoncé un programme de 7 milliards de dollars, Eni a relancé un projet de brut lourd, bp a pris une exploration gazière offshore, Shell a signé sur le champ gazier de Loran, SLB accompagne la remise à niveau technique de PDVSA et GE Vernova reconstruit le réseau électrique. Le 16 septembre encore, Continental Resources et un groupe turc paraphaient leurs propres accords. ExxonMobil, exproprié en 2007, prépare son retour.

Ce que les épargnants français peuvent en retenir

TotalEnergies compte parmi les premières capitalisations du CAC 40 et figure à ce titre dans une large part des plans d'épargne en actions et des unités de compte des contrats d'assurance vie. L'action a clôturé vendredi 18 septembre à 79,32 euros, en repli de 0,39 %, pour une capitalisation de 176,3 milliards d'euros, un ratio cours sur bénéfices de 11,29 et un rendement du dividende de 4,54 %. Le détachement du prochain coupon est prévu le 30 septembre.

Le marché n'a pas encore réagi : la nouvelle est tombée après la clôture d'une séance de vendredi, et la cotation ne reprendra que lundi. Le baril de Brent se traitait à 103,87 dollars vendredi, en baisse de 0,95 dollar, le WTI à 100,30 dollars. Ce niveau de prix est la variable qui rend l'équation vénézuélienne défendable, et sa fragilité est le premier risque du dossier.

Trois points méritent d'être suivis dans les prochaines semaines : une confirmation publique par TotalEnergies, seule à pouvoir préciser le périmètre visé ; la conversion éventuelle du mémorandum en contrat ferme, avec un montant et un gisement identifiés ; et la solidité du cadre juridique vénézuélien, qui a déjà été réécrit une fois en 2026 et dont la stabilité conditionne tout investissement à quinze ou vingt ans. Pour un actionnaire, un document non contraignant signé à Caracas ne modifie ni les flux de trésorerie, ni la politique de distribution du groupe.

Rappel utile : les dividendes perçus hors plan d'épargne en actions supportent le prélèvement forfaitaire unique, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, un total de 31,4 %. Loger le titre dans un plan d'épargne en actions ou dans une unité de compte modifie sensiblement le rendement net d'un tel dossier.

Sources

Tags :

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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