Portugal : 800 millions d'euros pour un bonus retraite et une cinquième baisse de l'impôt
Le Conseil des ministres portugais a approuvé le 17 septembre un paquet de 800 millions d'euros, soit 918 millions de dollars : un supplément de pension de 100 à 200 euros pour deux millions de retraités et une baisse de l'IRS jusqu'à la sixième tranche.
Le Conseil des ministres portugais, réuni le 17 septembre 2026 à Lisbonne, a approuvé un ensemble de mesures de soutien au revenu des ménages chiffré à 800 millions d'euros, soit environ 918 millions de dollars au taux de référence de la Banque centrale européenne du même jour (1,1481 dollar pour un euro). Le premier ministre Luís Montenegro les a annoncées le soir même depuis le palais de São Bento, dans une déclaration au pays sans questions de la presse.
Ce que le Conseil des ministres a approuvé
Le paquet se partage en deux moitiés égales : 400 millions d'euros pour un supplément exceptionnel de pension et 400 millions d'euros pour une nouvelle baisse de l'impôt sur le revenu des personnes physiques, l'IRS. Le gouvernement y ajoute 38 millions d'euros d'aides aux secteurs exposés au prix des carburants, la prorogation du mécanisme de réduction de la taxe sur les produits pétroliers et l'élargissement du passe ferroviaire vert.
L'exécutif justifie ce calendrier par la hausse des prix des carburants, qu'il attribue principalement à l'instabilité au Moyen Orient. Les deux mesures phares avaient été annoncées le 8 septembre par Luís Montenegro pendant le débat sur la motion de censure déposée par Chega, à laquelle le gouvernement a survécu.
Un chèque de 100 à 200 euros versé une seule fois
Le supplément de pension suit un barème à trois étages. Les retraités percevant une pension inférieure ou égale à 537,13 euros recevront 200 euros. Ceux dont la pension dépasse ce seuil sans excéder 1 074,26 euros toucheront 150 euros. Entre 1 074,26 euros et environ 1 611 euros, le montant tombe à 100 euros. Au delà de ce plafond, aucun versement.
Environ deux millions de pensionnés sont concernés. Le versement sera automatique, sans démarche à effectuer, et interviendra en une fois avec la pension de décembre et la prime de Noël. Le gouvernement précise qu'il ne sera pas pris en compte pour le calcul du Complemento Solidário para Idosos, le minimum vieillesse portugais.
Le point décisif tient à la nature du dispositif : ce supplément est un versement unique, qui ne relève pas les pensions de façon permanente. C'est la troisième année consécutive que Lisbonne procède ainsi, et le budget de l'État pour 2026 prévoyait déjà cette possibilité en fonction de l'exécution budgétaire. Lors de l'examen de ce budget, le Parti socialiste, le Parti communiste et le Bloc de gauche avaient tenté d'imposer des hausses extraordinaires permanentes des plus petites pensions. Leurs propositions ont été rejetées.
Des taux d'IRS abaissés de 0,3 à 0,5 point
La baisse de l'impôt porte sur les six premières tranches du barème. Le taux de la première tranche recule de 0,3 point, ceux des deuxième à cinquième tranches de 0,5 point, celui de la sixième de 0,3 point. Les trois tranches supérieures conservent leurs taux normaux. Les limites des tranches restent inchangées, seuls les taux bougent, précise le ministère des Finances.
La mesure s'applique de façon rétroactive aux revenus de 2026 et se traduira concrètement à partir de novembre, par une baisse des retenues à la source sur le salaire et sur la prime de Noël. Plus de 2,9 millions de foyers fiscaux sont visés. La progressivité de l'impôt fait que les contribuables des tranches supérieures en bénéficient aussi, de façon indirecte.
Les simulations diffusées par le ministère des Finances donnent la mesure des montants en jeu. Un célibataire sans enfant rémunéré 1 000 euros bruts par mois gagne 12,10 euros sur l'année. À 2 000 euros de salaire, le gain atteint 100,44 euros. Un couple avec deux personnes à charge et des salaires de 2 500 et 1 500 euros économise 200,88 euros, contre 343,66 euros pour un couple gagnant 5 000 et 3 000 euros. Un retraité touchant 3 500 euros de pension récupère 171,50 euros.
Il s'agit de la cinquième baisse de l'IRS conduite par les gouvernements de Luís Montenegro. Cumulées, ces réductions représentent selon l'exécutif 2 400 millions d'euros d'allègement fiscal pour les ménages.
Carburants : 38 millions d'euros et une fiscalité pétrolière prorogée
Le volet carburants cible les secteurs les plus exposés. Sur les 38 millions d'euros, 30 millions vont au transport de marchandises et au dépannage, avec des aides comprises entre 118,20 et 457,80 euros par véhicule selon le poids brut. Le transport public routier de voyageurs reçoit 5 millions d'euros, soit 420 euros par autobus. Les 3 millions restants se répartissent entre les taxis (120 euros par véhicule), les pompiers (120 ou 360 euros par véhicule selon le type) et le secteur social (600 euros par entité).
Le gouvernement proposera par ailleurs au Parlement de proroger jusqu'au 31 décembre 2026 le régime temporaire qui autorise l'abaissement des taux planchers de l'ISP, la taxe sur les produits pétroliers et énergétiques. Ce mécanisme se déclenche lorsque la hausse des prix dépasse 10 centimes par litre par rapport aux références de la semaine du 2 au 6 mars, et restitue via l'ISP le surcroît de TVA engendré par la hausse. La prorogation n'emporte aucune nouvelle baisse automatique. Selon Luís Montenegro, les remises d'ISP en vigueur représenteront environ 1,3 milliard d'euros de fiscalité en moins d'ici la fin de l'année.
Le passe ferroviaire vert, à 20 euros par mois, s'étend aux trains urbains de Lisbonne et de Porto ainsi qu'à la Fertagus, l'Alfa Pendular et la première classe des Intercidades restant exclus. Le coût annuel est estimé à 1,5 million d'euros et l'économie peut atteindre 480 euros par an pour les voyageurs qui cumulaient plusieurs abonnements.
Fitch prévient que la marge budgétaire a une limite
Le contexte financier explique pourquoi Lisbonne peut se permettre cette dépense. Fitch a relevé le 4 septembre 2026 la note souveraine du Portugal de A à A+, en ramenant la perspective de positive à stable, au motif du « renforcement des finances publiques du Portugal ». L'agence table sur une croissance de 2,1 % en 2026, un excédent budgétaire de 0,1 % du PIB cette année après 0,7 % en 2025, et une dette publique ramenée à 87 % du PIB en 2026 puis 82,9 % en 2028.
Le jour même de l'annonce, l'agence a posé une limite. Utku Bora Geyikci, directeur adjoint pour la dette souveraine chez Fitch, a déclaré lors d'un échange avec des journalistes que le gouvernement dispose de « plus de flexibilité budgétaire » qu'auparavant, tout en soulignant que cette « marge n'est pas illimitée ». Les nouvelles mesures doivent selon lui rester « compatibles avec la préservation d'une politique budgétaire prudente » et avec la trajectoire de baisse de la dette, qui a fondé les relèvements de note. Son collègue Julien Grandjean, directeur des institutions financières, estime qu'il « pourrait falloir un certain temps » pour monter encore la notation.
Luís Montenegro vise de son côté un solde budgétaire nul en fin d'année et se dit en route vers « le quatrième excédent consécutif ». Le premier ministre a écarté toute surenchère, invoquant la mémoire de la troïka pour refuser ce qu'il a qualifié d'enchères de mesures.
Un arbitrage contesté jusque dans la majorité
Le ministre de l'Économie Manuel Castro Almeida a exposé lui même le coût d'opportunité du paquet. Interrogé par CNN Portugal, il a calculé que les 800 millions d'euros auraient permis d'abaisser l'essence et le gazole de 24 centimes par litre. « Nous leur mettons l'argent dans les mains ou nous les laissons payer moins d'impôts, et les gens choisiront ce qu'ils font de ces 800 millions d'euros », a défendu le ministre.
Le même responsable reconnaît que les mesures « ne vont pas résoudre le problème », mais « l'atténuer ». Il chiffre à environ 2 300 millions d'euros l'ensemble des dispositifs de soutien engagés, dont les 800 millions du paquet approuvé jeudi, et conteste l'idée que la flambée des prix enrichisse l'État : « Ce que les consommateurs paient en plus de TVA, ils le paient en moins d'ISP. »
L'opposition juge le dispositif répétitif et insuffisant. Le Parti socialiste et le Bloc de gauche ont réagi en ce sens dans la soirée du 17 septembre. Un débat parlementaire d'urgence sur le coût de la vie, demandé par le Parti socialiste, se tient le 18 septembre à l'Assemblée de la République.
Ce que l'épargnant français peut en retenir
Le cas portugais éclaire un arbitrage que la France examine aussi. Lisbonne choisit le chèque ponctuel là où une revalorisation permanente engagerait durablement les comptes sociaux. Ce choix préserve la trajectoire de dette et laisse le pouvoir d'achat des retraités dépendre chaque automne de l'exécution budgétaire. À Paris, le débat sur le budget 2027 porte précisément sur l'indexation des pensions et sur l'abattement de 10 % applicable aux retraités.
La différence tient à la situation des comptes publics. Le Portugal distribue 800 millions d'euros en s'appuyant sur une série d'excédents budgétaires et une dette en repli, position que la France n'occupe pas. Pour un épargnant, la leçon porte sur la fiabilité du revenu de remplacement : un supplément décidé chaque année ne se capitalise pas et ne se transmet pas, à la différence d'une pension revalorisée ou d'un complément constitué par l'épargne retraite.
Ce qu'il faut surveiller
Trois échéances méritent attention. La publication des nouvelles tables de retenue à la source, sans lesquelles l'effet exact sur les salaires de novembre et de décembre reste incalculable. Le vote parlementaire sur la prorogation du régime d'ISP, qui conditionne le maintien des remises à la pompe jusqu'au 31 décembre. Enfin la présentation du budget de l'État pour 2027, qui dira si le supplément de pension est reconduit une quatrième fois ou si Lisbonne bascule vers une revalorisation pérenne.
Sources
- Gouvernement portugais, communiqué du Conseil des ministres du 17 septembre 2026
- Gouvernement portugais, nouvelles tranches d'IRS et simulations
- Gouvernement portugais, annonce du 8 septembre 2026
- Reuters, Portugal approves $918 million pension bonus, tax cuts package
- ECO, Do IRS ao Passe Verde, conheça as medidas do Governo
- ECO, Pensionistas vão receber suplemento extraordinário pelo terceiro ano consecutivo
- ECO, simulations du ministère des Finances sur la baisse de l'IRS
- ECO, Castro Almeida sur le coût d'opportunité des 800 millions d'euros
- ECO, Fitch alerte sur la marge budgétaire portugaise
- ECO, Fitch relève la note du Portugal à A+
- Banque centrale européenne, taux de change de référence euro dollar du 17 septembre 2026