Gazole à 2,37 euros : les pêcheurs bloquent les ports avant le budget 2027
Les pêcheurs bloquent le port de Nice et le dépôt de Frontignan malgré le relèvement de l'aide au gazole à 35 centimes. Le gazole dépasse 2,37 euros, l'inflation est remontée à 2,4 % et le Livret A reste à 1,7 %, à quinze jours du budget 2027.
Des bateaux de pêche ont bloqué jeudi 17 septembre l'entrée du port de Nice, tandis que d'autres professionnels empêchaient l'accès au dépôt pétrolier de Frontignan, dans l'Hérault. Le port de Sète est également touché depuis le milieu de semaine. L'Agence France Presse décrit des actions « symboliques » destinées à alerter sur la hausse du prix du carburant.
Une délégation a été reçue à partir de 11 heures à Paris par Catherine Chabaud, ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche. La rencontre intervient au lendemain d'une annonce du Premier ministre Sébastien Lecornu, qui a relevé mercredi soir l'aide au gazole de pêche de 25 à 35 centimes par litre et prolongé les dispositifs sectoriels jusqu'au 31 décembre.
Deux ports et un dépôt pétrolier bloqués
Le contexte de prix explique la tension. Jeudi matin, le prix moyen du gazole, carburant le plus consommé en France, a dépassé 2,37 euros le litre, proche de son record d'un peu plus de 2,38 euros, selon une analyse de l'AFP réalisée à partir des données gouvernementales. Le carburant représente une part déterminante des charges d'une entreprise de pêche, ce qui rend la profession très sensible à chaque mouvement du baril.
Le relèvement de l'aide n'a pas convaincu la filière. « Notre demande principale auprès de la ministre c'est un blocage des prix à la pompe », a déclaré à l'AFP Ange Natoli, pêcheur à Martigues, avant d'entrer en réunion.
« Les 35 centimes d'aide, ce n'est pas un geste du gouvernement, cela avait été voté il y a six mois. Et ce n'est pas suffisant du tout, ça ne correspond pas à la réalité. »
Ange Natoli, pêcheur à Martigues
Pourquoi 35 centimes ne calment pas la colère
Les services du Premier ministre justifient le montant en rappelant que l'aide retrouve « son niveau maximal autorisé par la Commission européenne pour permettre aux navires de continuer à sortir en mer », après un ajustement à la baisse cet été motivé par le reflux des prix. Bruxelles plafonne ces soutiens sectoriels, ce qui borne la marge de manœuvre de Paris quelle que soit l'intensité de la mobilisation.
La revendication dépasse d'ailleurs le seul carburant. Vincent Scotto, président de la coopérative des pêcheurs Sathoan, réclame un blocage du prix à la pompe à 60 centimes et le versement des aides « qui n'ont toujours pas été payées » depuis avril. Pierre Palumbo, marin et patron pêcheur membre de la prud'homie de Sète, met en avant « la répartition de quotas de thon rouge, la restructuration de l'anguille dans les lagunes, les surcharges administratives et sécuritaires imposés depuis des années et qui ont un surcoût sur nos entreprises ». Perrine Cuvilliers, membre de l'Organisation des producteurs du Sud, rappelle que les pêcheurs de Méditerranée paient souvent un gazole marin plus cher que leurs collègues des autres façades.
400 millions d'aides face à 37,2 milliards de recettes
La prolongation des aides ciblées jusqu'au 31 décembre représente environ 400 millions d'euros, selon le Journal de l'économie. Le dispositif reste différencié par secteur : 35 centimes par litre pour la pêche, 20 centimes pour le gazole non routier du bâtiment et 15 centimes pour l'agriculture.
Ce montant se compare à une recette fiscale d'un tout autre ordre de grandeur. L'État a encaissé 37,2 milliards d'euros de prélèvements sur les carburants en 2025, dont 24,8 milliards au titre de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) et 12,4 milliards de TVA. La flambée des prix gonfle mécaniquement la composante TVA, qui s'applique à un prix hors taxe plus élevé. Le président du Medef Patrick Martin a estimé jeudi que la prolongation restait « dans la limite des capacités budgétaires » du gouvernement.
L'énergie tire l'inflation et laisse le Livret A au rouge
Pour les épargnants, l'essentiel se joue loin des quais. L'INSEE a confirmé une hausse des prix à la consommation de 2,4 % sur un an en août, après 2,1 % en juillet. L'accélération vient presque entièrement de l'énergie, en progression de 16,7 % sur un an après 12,6 % le mois précédent. L'alimentation avance de 1,1 % et les services de 1,9 %, tandis que les produits manufacturés reculent de 0,4 %.
Le taux du Livret A reste fixé à 1,7 %. L'écart avec la hausse des prix atteint donc 0,7 point. Concrètement, 10 000 euros laissés sur un Livret A perdent environ 70 euros de pouvoir d'achat sur un an au rythme actuel des prix. Le taux ne sera pas réexaminé avant la prochaine échéance de révision, au début de 2027.
La Banque centrale européenne a durci sa position. Son taux de facilité de dépôt s'établit à 2,50 % et son taux de refinancement à 2,65 %, niveaux en vigueur depuis le 16 septembre selon les séries publiées par la BCE. Le choc énergétique alimente directement cette trajectoire, et plusieurs membres du conseil des gouverneurs ont lié leur vote à la persistance d'un pétrole élevé.
Une facture qui tombe au pire moment pour le budget 2027
Le pétrole demeure le moteur du dossier. Le Brent s'échangeait autour de 103 dollars le baril jeudi, en repli de 2,5 % sur la séance mais en hausse d'environ 53 % depuis le début de l'année, selon Trading Economics. La guerre en Iran, ouverte en février, a désorganisé le trafic dans le détroit d'Ormuz. Le gouvernement insiste depuis sur les causes externes de la flambée, à la différence de 2018 où la hausse de la taxe carbone avait nourri le mouvement des gilets jaunes.
Le calendrier rend l'équation plus serrée. Le projet de loi de finances pour 2027 doit être présenté en conseil des ministres à la fin du mois de septembre ou au début du mois d'octobre. Le déficit public est attendu autour de 5 % du produit intérieur brut en 2026, et la Commission européenne a prévenu qu'il pourrait atteindre 5,7 % en 2027 en l'absence de mesures nouvelles, alors que la France s'est engagée à repasser sous 3 % en 2029.
« Nous n'abandonnerons personne dans le soutien à l'activité. Tout ça va avoir un coût. »
Sébastien Lecornu, Premier ministre
Le ministre de l'Économie Roland Lescure a résumé l'exercice sans détour : « On aura un budget à préparer pour l'année prochaine et je peux vous dire que ce ne sera pas facile. » À neuf mois de l'élection présidentielle, l'exécutif ne dispose pas de majorité stable et la perspective d'un recours à l'article 49.3 reste ouverte.
Les investisseurs ont déjà intégré une partie de ce risque. Le rendement de l'OAT française à dix ans évoluait autour de 4,5 % jeudi, en hausse de près de 0,94 point sur un an selon Trading Economics. Chaque dixième de point supplémentaire renchérit la charge de la dette et réduit la marge disponible pour financer des soutiens sectoriels.
Ce qu'il faut surveiller
- La réunion convoquée vendredi à l'Élysée, consacrée à la « dégradation rapide » de la situation internationale et à ses « conséquences en France sur la sécurité et l'énergie ».
- Le sort du dispositif destiné aux grands rouleurs, versé à plus de 1,1 million de personnes et qui court jusqu'au 30 septembre. Environ 1,5 million de bénéficiaires potentiels ne l'ont pas encore demandé.
- Le volet énergie du projet de loi de finances et le sort des aides sectorielles après le 31 décembre.
- La trajectoire du baril, qui commande à la fois l'inflation, la réaction de la BCE et la facture budgétaire.
Un baromètre publié jeudi évalue à 17 millions le nombre de Français de plus de 18 ans en situation de « précarité mobilité », soit 37 % de la population majeure. Dix pour cent des personnes interrogées déclarent avoir renoncé à un emploi ou à une formation au cours des cinq dernières années, faute de pouvoir s'y rendre ou en raison du coût du transport.
Conclusion
Les blocages portuaires resteront vraisemblablement limités dans leur ampleur comme dans leur durée. Leur portée se situe ailleurs : ils fixent un prix politique au carburant à l'instant précis où le gouvernement doit présenter un budget d'économies. Pour les épargnants, la conséquence est plus immédiate encore, avec une inflation réancrée à 2,4 % par l'énergie et un rendement réel négatif sur l'épargne réglementée.
Sources
- AFP, Carburants : la colère des pêcheurs enfle, ports bloqués et réunion au ministère
- INSEE, Informations Rapides n° 218, prix à la consommation d'août 2026
- Service Public, taux de rémunération du Livret A
- Banque centrale européenne, taux directeurs
- Journal de l'économie, aides aux carburants et recettes fiscales
- L'Énergeek, prolongation des aides jusqu'au 31 décembre
- LCP, budget 2027 et calendrier parlementaire
- Trading Economics, cours du Brent
- Trading Economics, rendement de l'OAT française à dix ans
- Public Sénat, effort supplémentaire demandé sur les dépenses de l'État
Approfondir le sujet
Retrouvez nos guides experts sur Livret A
Comment Optimiser son Livret A : Règle des Quinzaines et Stratégies
Maîtrisez la règle des quinzaines du Livret A pour maximiser vos intérêts. Dates optimales, erreurs…
Livret A : Le Guide Complet pour Optimiser Votre Épargne
Livret A à 1,70 % en 2026 : fonctionnement, plafond, calcul des intérêts, alternatives et stratégie…
Approfondir le sujet
Retrouvez nos guides experts sur Livret A
Comment Optimiser son Livret A : Règle des Quinzaines et Stratégies
Maîtrisez la règle des quinzaines du Livret A pour maximiser vos intérêts. Dates optimales, erreurs…
Livret A : Le Guide Complet pour Optimiser Votre Épargne
Livret A à 1,70 % en 2026 : fonctionnement, plafond, calcul des intérêts, alternatives et stratégie…