Le Slip Français entre en Bourse sur Euronext Growth le 14 juillet à 14,80 euros
La marque de sous-vêtements fabriqués en France ouvre son capital aux particuliers. L'offre de 12 millions d'euros valorise le groupe autour de 19 millions à l'introduction, avec une éligibilité au PEA PME et une cotation prévue le 14 juillet 2026.

La marque de sous-vêtements Le Slip Français a lancé le 24 juin 2026 son introduction en Bourse sur Euronext Growth Paris, le compartiment dédié aux petites et moyennes entreprises. Fondée en 2011 par Guillaume Gibault, la société propose aux épargnants de devenir actionnaires d'une entreprise industrielle rentable au positionnement fabriqué en France. La période de souscription court du 25 juin au 8 juillet, pour une première cotation attendue le 14 juillet, jour de la Fête nationale.
L'opération intervient dans un marché des petites capitalisations qui peine à retrouver des couleurs. Alors que les grandes introductions technologiques et de défense monopolisent l'attention des investisseurs, Le Slip Français mise sur une notoriété grand public et un actionnariat populaire pour réussir son pari boursier.
Une offre à 14,80 euros pour lever jusqu'à 15,8 millions
Le prix de l'action a été fixé à 14,80 euros, sous le code ISIN FR0014018Y10 et le mnémonique ALLSF. L'offre initiale porte sur un montant total d'environ 12 millions d'euros. Elle se compose de deux volets distincts : une augmentation de capital d'environ 5 millions d'euros, seule fraction dont le produit revient à l'entreprise, et une cession d'actions existantes de près de 7 millions d'euros par des actionnaires en place.
La taille de l'offre peut être portée à 13,8 millions d'euros en cas d'exercice intégral de la clause d'extension, puis à 15,8 millions d'euros si l'option de surallocation est activée. Sur la base du prix retenu, la valorisation attribuée à la société avant l'argent levé ressort autour de 14 millions d'euros, pour une capitalisation visée proche de 19 millions à l'introduction. La valeur d'entreprise s'établit environ à 22,5 millions d'euros.
Les titres sont accessibles via un compte titres ordinaire ou un PEA PME, ce qui ouvre aux souscripteurs de long terme un cadre fiscal avantageux au-delà de cinq ans de détention. Les particuliers peuvent passer leurs ordres auprès de leur intermédiaire financier habituel pendant toute la période de souscription.
Des investisseurs institutionnels engagés à hauteur de 7 millions
L'opération s'appuie sur des engagements de souscription d'environ 7 millions d'euros de la part d'investisseurs institutionnels. Eiffel Investment Group s'est engagé à hauteur de 4,8 millions d'euros et Vatel Capital pour 1,5 million d'euros, ce dernier montant correspondant à une conversion de dette en actions. Des acteurs du textile figurent également parmi les soutiens annoncés.
Au capital historique, on retrouve 360 Capital Partners, présent depuis 2015, et Experienced Capital Partners, entré en 2016. Une partie de l'offre correspond précisément à la sortie partielle de ces actionnaires financiers, un élément que les analystes invitent à surveiller de près.
L'ambition affichée par la direction est de permettre aux Français de devenir actionnaires d'un projet industriel rentable porteur de valeurs partagées.
Un chiffre d'affaires de 21 millions et un retour à la rentabilité
Le Slip Français a réalisé un chiffre d'affaires de 21,1 millions d'euros en 2025, en progression par rapport à l'exercice précédent, mais encore inférieur au pic de 24,4 millions atteint en 2020. La société a produit près de 1,5 million de pièces sur l'année, soit une hausse des volumes de 24 % sur un an.
Le groupe affiche un excédent brut d'exploitation d'environ 2,1 millions d'euros et un résultat opérationnel de 1,3 million, pour une marge opérationnelle proche de 6,5 %. Le résultat net ressort légèrement positif, à environ 0,7 million d'euros, tandis que la dette nette atteint 3,5 millions. Cette rentabilité retrouvée fait suite à une réorganisation stratégique menée après 2023.
La marque revendique 850 000 clients depuis sa création, une notoriété de 60 % auprès des consommateurs français et un taux de réachat de 42 %. Elle détient toutefois une part de marché estimée à 4 % du marché français du sous-vêtement masculin, évalué à environ 500 millions d'euros. Cet écart entre notoriété et parts de marché constitue le principal levier de croissance identifié par la direction.
Les arguments des partisans de l'opération
Pour ses défenseurs, le dossier présente plusieurs atouts. La forte reconnaissance de la marque offre un potentiel de conversion commerciale important, à condition de transformer les intentions en achats récurrents. Le passage d'un produit perçu comme cadeau vers un bien de consommation courante ouvre une perspective de revenus réguliers.
L'entreprise contrôle par ailleurs plusieurs sites de production intégrés : l'atelier Bonne Nouvelle à Aubervilliers pour les sous-vêtements, Fier(T) pour les tee shirts et La Belle Paire à Limoges pour les chaussettes. Le retour à la rentabilité, confirmé sur le dernier exercice, ajoute à la crédibilité du redressement. La feuille de route prévoit un doublement du chiffre d'affaires d'ici 2030 et une marge opérationnelle supérieure à 10 % à un horizon de trois à cinq ans, avec des diversifications vers le jean, la maroquinerie et le linge de maison.
Les réserves des investisseurs prudents
Les analystes appellent néanmoins à la prudence. La taille reste modeste : un chiffre d'affaires de 21 millions d'euros demeure fragile face aux pressions du secteur textile, marqué par une forte sensibilité aux marges et une intensité concurrentielle élevée. La rentabilité, retrouvée sur un seul exercice, ne suffit pas encore à établir une tendance durable.
La structure de l'offre appelle aussi à la vigilance, une part significative correspondant à la cession de titres par des actionnaires historiques plutôt qu'au financement de la croissance. Enfin, la liquidité sur Euronext Growth se révèle parfois réduite : une introduction bien couverte peut connaître une trajectoire compliquée après la cotation. Sur la base du prix de 14,80 euros, la valorisation représente environ une fois le chiffre d'affaires 2025 et près de 27 fois le résultat net, un multiple qui intègre déjà une bonne part de la croissance future.
Ce qu'il faut surveiller
Les épargnants tentés par l'opération peuvent la traiter comme une ligne spéculative de diversification autour du thème du fabriqué en France, plutôt que comme un pilier de portefeuille. Le suivi des premiers résultats publiés après la cotation sera déterminant pour confirmer la trajectoire de croissance et de rentabilité.
Trois indicateurs mériteront une attention particulière : la capacité de la marque à convertir sa notoriété en ventes récurrentes, la tenue de la marge opérationnelle dans un environnement textile tendu, et le comportement du titre en matière de liquidité une fois passé l'effet d'annonce. La cotation du 14 juillet donnera un premier verdict sur l'appétit des particuliers pour ce type de valeur.